va s’installer prochainement en Suisse romande
Mise en garde épiscopale
Zurich, 14mars(APIC) "World Vision International", une "oeuvre d’entraide
chrétienne" d’origine américaine présente en Suisse alémanique depuis cinq
ans va installer un bureau à Lausanne "qui devrait être opérationnel ce
printemps déjà", a révélé à l’agence APIC l’un des responsable de cette importante organisation dont le siège suisse est à Zurich. "World Vision International" vient de faire l’objet d’une mise en garde de l’épiscopat
catholique allemand pour son manque de transparence financière et ses
étroites relations avec des sectes américaines.
Cette nouvelle organisation d’entraide ne fait pas non plus l’unanimité
dans notre pays, et soulève des réserves de la part des oeuvres d’entraide
suisses, qui lui reprochent ses méthodes publicitaires agressives, sa politique d’aide au développement inadaptée, son manque de transparence financière et son refus de collaboration avec les autres organisations internationales d’aide au développement.
Dans une lettre aux vicaires généraux des diocèses de République fédérale allemande, le secrétariat de la Conférence épiscopale allemande vient de
mettre en garde les fidèles catholiques contre cette organisation "en contact étroit avec des sectes américaines" à l’occasion de l’action organisée
mardi 15 mars par "World Vision International" sur le thème "Jeûner contre
la faim dans le monde". Une telle journée - organisée traditionnellement le
15 mars de chaque année - sera également mise sur pied en Suisse dès l’année prochaine.
La plus grande oeuvre d’entraide du monde
Du point de vue du chiffre d’affaire, précise Hans Ott, secrétaire central de l’organisation protestante Pain pour le Prochain, "World Vision International" doit être la plus importante oeuvre d’entraide du monde. Elle
est d’origine américaine et trouve sa source dans le fondamentalisme protestant américain. Le siège de "World Vision" se trouve à Liberia, en Californie, et cette organisation bénéficie d’un important soutien matériel
(surplus alimentaires, couverture des frais de transport) octroyé par le
gouvernement américain. Cela crée d’ailleurs des difficultés, souligne Hans
Ott, car cette organisation n’a pas de dialogue critique avec le gouvernement américain sur sa politique dans le tiers-monde, notamment en matière
d’utilisation des surplus alimentaires américains.
Les autres reproches émis par le secrétaire central de Pain pour le Prochain sont le refus de "World Vision" de collaborer au niveau national et
international avec les autres oeuvres d’entraide actives dans les tiersmonde. La conception de l’aide "à l’américaine" de "World Vision", sans tenir compte des aspects culturels et sociaux, - il a pu le vérifier lui-même
sur le terrain en Ethiopie - a parfois des conséquences très négatives du
point de vue du développement à long terme. Hans Ott déplore aussi les
méthodes publicitaires (images de pauvres enfants affamés - qui ne sont
plus utilisées par les autres oeuvres d’entraide) agressives de cette organisation, les illusions qu’elle donne en faisant croire que l’on résoudra
les problèmes de la faim dans le monde avec quelques dizaines de francs
pour un parrainage d’enfant. Le secrétaire central de Pain pour le Prochain
met également en doute la transparence financière de cette organisation. Il
souligne que les fonds récoltés - 3,5 millions de francs l’année dernière
selon "World Vision" - le sont majoritairement auprès d’entreprises
privées. Cela n’aurait pas un grand impact sur les oeuvres d’entraide
traditionnelles.
Une organisation supraconfessionnelle
Au siège de l’organisation à Zurich, on relève que "l’on ne fait pas de
politique" et que tous les projets dans le tiers-monde ont une dimension
missionnaire chrétienne. Mais on ne saurait préciser à quelle confession
appartient Bob Pierce, le fondateur dans les années 50 de "World Vision International". "Nous sommes une organisation supra-confessionnelle, préciset-on, à Zurich, et nous travaillons avec les Eglises locales". L’argent
récolté - 29 % reste en Suisse pour les frais et 71 % va au Crédit Suisse à
Singapour, pour des raisons de taux d’intérêt - est ensuite acheminé dans
les différents pays aidés. "World Vision" relève encore qu’elle ne reçoit
pas d’aide de la Confédération et qu’elle ne collabore pas avec les autres
oeuvres d’entraide. (apic/be)