L’islam en France aujourd’hui: une contribution au débat (160793)
Paris, 16juillet(APIC) Oui, l’islam s’affirme de plus en plus en France
aujourd’hui, malgré de nombreuses difficultés. Cette affirmation émane
d’Alain Boyer qui, au ministère de l’Intérieur, travaille au Service des
cultes. Particulièrement intéressé à l’Islam et aux musulmans en France, il
était l’invité de la Commission "Eglise-islam" de la Fédération protestante
de France (FPF).
Alain Boyer, qui se déclare convaincu que l’islam est une contribution
au dialogue, a d’abord dressé le paysage actuel de l’islam en France, avant
d’évoquer l’action des pouvoirs publics dans ce domaine et d’esquisser
l’action possible des Français.
La France compte actuellement 1’800 mosquées et salles de prière, ainsi
que de très nombreuses associations islamiques, déclarées selon les statuts
de la loi de 1901 (associations sans but lucratif). Il existe même des mosquées dans des villes de 2’000 à 3’000 habitants. En Ardèche, on constate
un nombre d’imams comparable à celui des pasteurs en fonction.
Selon Alain Boyer, l’islam souffre en France de plusieurs handicaps.
Ceux-ci proviennent surtout de ce que les musulmans ne peuvent ou ne savent
pas profiter pleinement des avantages des lois: ils ont de la peine à séparer le culturel et le culturel du social - d’autant plus que l’islam en
France reste la religion des classes populaires.
Les musulmans qui vivent dans l’hexagone sont par ailleurs très divisés,
entre les nombreux Maghrébins, les Turcs, les musulmans d’Afrique noire et
les Français convertis (30’000 environ). Ces divisions sont accentuées par
l’influence, voire la volonté de tutelle, de pays islamiques étrangers. En
France, 95% des imams sont étrangers. Ils ne connaissent ni bien le pays,
ni même les coreligionnaires auxquels ils s’adressent. Autre difficulté:
l’islam en France ne possède aucune organisation, aucune structure au plan
national acceptée par tous et susceptible de parler au nom de tous les musulmans du pays. Les Sunnites, de loin les plus nombreux sur sol français n’ont ni clergé, ni hiérarchie.
Les pouvoirs publics
Durant les années 60 et 70, a poursuivi Alain Boyer, les pouvoirs publics se sont sentis surtout responsables des Hankis ou Français musulmans,
laissant en général les pays islamiques étrangers prendre soin de leurs
ressortissants en France. Depuis 1980, des efforts ont été consentis pour
desserrer l’islam en France des tutelles étrangères. Mais les pays d’origine ont voulu conserver un contact étroit avec les musulmans de France et
superviser les grands organismes islamiques contre les activités des musulmans en général. En 1990 enfin, Pierre Joxe, alors ministre de l’Intérieur,
créait le Conseil de réflexion sur l’islam en France (CORIF).
Les pouvoirs publics savaient que le groupe désigné ne serait jamais représentatif des musulmans en France. Il espérait cependant en faire un lieu
d’échange et de réflexion appelé à donner des conseils sur des problèmes
concrets. Des questions importantes ont ainsi pu être débattues: carrés musulmans dans les cimetières et exigences rituelles; nourriture hallal
(abattage rituel des animaux); aumônerie musulmane dans les prisons, à
l’armée, dans les hôpitaux...
Le problème de l’organisation des musulmans en France demeure, certe,
mais la représentativité d’un organisme musulman ne pourra être donnée que
par les intéressés eux-mêmes.
Quelle action possible?
Pour Alain Boyer, les actions possibles et la réponse de la population
aux problèmes rencontrés par les musulmans dans le pays peuvent principalement se résumer en une aide en faveur des musulmans à ériger des lieux de
culte, par opposition aux pressions de la population exercées sur les maires pour empêcher de telles constructions; aider aussi à la formation des
enfants musulmans - publication de livres bilingues arabe-français - et à
celle des imams.
Selon A. Boyer, il serait bon de créer un Institut islamique pour la
formation des imams. Des Universités de Strasbourg et d’Aix se sont
intéressées à cette possibilité, mais n’ont pas encore abouti. "Peut-être
pourrait-on favoriser la création d’un Institut musulman comme l’Institut
catholique ou l’Institut protestant de théologie recevant des subventions
publiques". Mais il faudrait auparavant régler le problème des statuts de
la Mosquée de Paris en la libérant de la tutelle algérienne.
Les chrétiens doivent saisir toutes les occasions de dialogue avec les
musulmans, a-t-il souligné, en particulier sur le plan régional. Il faudrait également renoncer à choisir des interlocuteurs sur mesure, c’est-àdire ceux que nous estimons être les "bons musulmans". Une des grandes associations musulmanes de France, l’Union des organisations islamiques de
France (UOIF), vient de créer "le Département des relations avec le christianisme". "Comment répondrons-nous entre autres à cette invitation au
dialogue?"
Au cours de l’entretien qui a suivi son exposé, Alain Boyer a estimé que
l’islam peut fort bien s’insérer dans le contexte de la laïcité si celle-ci
signifie pluralisme et tolérance. (apic/bip/pr)