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    L’inlassable combat de l’abbé Pierre en faveur des pauvres (211091)

    "La misère a déclaré la guerre au monde"

    Fribourg, 21octobre(APIC) Bientôt 80 ans. Les années n’ont pas ou peu de

    prise sur lui. L’abbé Pierre a un jour décidé d’engager un combat contre la

    pauvreté. Il continue aujourd’hui sa lutte pour tenter de vaincre la misère

    "qui a déclaré la guerre au monde". Le fondateur des communautés d’Emmaüs

    était le week-end dernier à Fribourg pour l’inauguration des nouveaux locaux de la communauté locale.

    On connaît bien sa silhouette: une cape noire, un béret basque, un visage émacié et une longue barbe blanche. On connaît peut-être encore mieux

    son charisme, ses messages d’amour et de solidarité... ses activités au

    service des pauvres, des marginalisés, des cabossés de la vie, et ses quelques centaines de communautés de chiffonniers d’Emmaüs à travers le monde.

    Témoin et prophète, l’abbé Pierre interpelle les nantis et la société, dérange, crie et fustige pour rappeler au monde que la misère est en train de

    la gagner, cette sale guerre.

    "Nous sommes en guerre avec un agresseur avec lequel il ne faut avoir ni

    scrupules ni hésitations: il est à écraser, à exterminer". Cet agresseur se

    nomme misère, a dit l’abbé Pierre au cours d’une brève conférence de presse

    donnée pour marquer son passage à Fribourg. Pour lui, l’unique moyen de

    combattre l’ennemi est d’avoir une stratégie efficace.

    La Suisse ne peut se soustraire à cette guerre

    L’abbé Pierre a un jour fondé la Communauté d’Emmaüs parce qu’il s’insurgait contre la misère vécue par les laissés-pour-compte de la société.

    Plus de 40 ans après, il s’insurge encore et toujours. D’autant plus que la

    planète entière est maintenant touchée: "La misère a déclaré la guerre au

    monde entier". Et puis, il y a son autre combat, celui mené contre l’indifférence: "Nous sommes pourtant condamnés à savoir... Nous ne pouvons plus

    dire que nous ne savions pas". Ceux qui ont les moyens, les hommes de pouvoir, relève-t-il, vont être acculés au partage. Il est temps que les hommes réalisent que le partage est devenu une nécessité.

    Le combat contre la pauvreté concerne tout le monde. Et la Suisse ne

    peut s’y soustraire. D’autant moins qu’elle connaît aussi sa misère. L’abbé

    Pierre en est convaincu. Comme il est convaincu que le chômage est la plus

    terrible des misères. "Et qu’on ne nous dise pas qu’il n’y a pas de travail

    et qu’il n’y a pas d’argent! Pour la guerre du Golfe, dont on connaissaît

    quotidiennement les coùts, les Etats ont trouvé le fric en quelques jours.

    On n’a jamais entendu un Etat dire à la veille d’une guerre: il faut arrêter, il n’y a plus d’argent", s’insurge le fondateur d’Emmaüs.

    L’appui de l’abbé Pierre à Jean Ziegler

    Interrogé sur le soutien public qu’il a accordé au conseiller national

    Jean Ziegler, l’abbé Pierre explique avoir connu le politicien genevois durant ses études: "Il a été l’un des fondateurs de la première communauté

    d’Emmaüs en Suisse. Récemment encore, il a participé à Verone à l’Assemblée

    mondiale de la communauté où il a beaucoup apporté. Je sais qu’il est en

    procès avec des gens extrêmement puissants qui cherchent à le ruiner. J’ai

    accepté de le soutenir, en l’avertissant que je me contenterais de dire

    quelques paroles du Magnificat... ’Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides...’".

    Humaniser le monde, s’orienter vers une société condamnée au partage de

    l’emploi comme première richesse et du partage du temps libre sous peine de

    décadence de la société, est un autre sujet de préoccupation pour l’abbé

    Pierre. "Ce n’est pas que les gens soient des monstres d’égoïsme. Ils sont

    aveugles. Nous vivons en fait une époque complètement nouvelle par l’universalité des moyens de communications, par la possibilité et la contrainte

    de tout connaître, expliquait-il dans une interview accordée à l’agence

    APIC lors de son dernier séjour à Fribourg. Cette société, disait-il alors,

    ne me fait peur que si on ne se mobilise pas. Et cela tous ensemble pour

    faire face aux défis, aux interpellations: on tombera tous malades psychologiquement si on ne recrée pas des joies de vivre autres que celles de la

    feuille de paie. (apic/pierre rottet)

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