L’information et la communication dans l’Eglise (111287)
Pétropolis, 11 décembre 1987 (APIC/CIP) Le Conseil Episcopal Latino- Américain (CELAM), qui a un département propre pour les moyens de communication
sociale, a prévu de mettre en place en Amérique latine un système informatisé de télécommunication entre archidiocèses ainsi qu’un programme d’émissions religieuses relayées par satellite. Ces projets, toutefois, suscitent
des réserves, notamment au sein de l’Union Catholique Latino-Américaine de
Presse (UCLAP).
Le président de l’UCLAP, le Père Clarencio Neotti, était déjà intervenu
à ce sujet lors du dernier congrès national de l’Union Chrétienne Brésilienne de Communication sociale (UCBC), qui s’est tenu fin octobre à Sao
Bernardo do Campo. Il continue aujourd’hui de s’interroger sur "la politique de communication" sous-jacente aux projets du CELAM.
Les intérêts du groupe Cisneros
Le premier projet du CELAM prévoit de relier les principaux archidiocèses du sous-continent grâce à un système informatisé de télécommunication,
alliant les possibilités ouvertes par l’ordinateur à celles de la télévision, des lignes téléphoniques et des satellites. A partir de trois centrales - Buenos Aires en Argentine, Sao Paulo au Brésil et Bogota en Colombie
-, le réseau de télématique, une fois opérationnel, devrait permettre
d’acheminer l’information jusqu’aux postes terminaux dont seraient équipés
les archidiocèses en question. Efficacité de la communication, économie de
ressources financières et de personnel, réduction des distances et accroissement de la communication dans l’Eglise : si les efforts entrepris aboutissent effectivement à ces résultats, on ne pourra que s’en réjouir, estime le Père Neotti.
Mais il y a un hic. Le président de l’UCLAP s’interroge sur les intérêts
du groupe Cisneros du Venezuela. Ce groupe, qui finance le projet d’informatisation conçu par le CELAM, est en effet un groupe commercial, analogue
aux importantes sociétés de presse et de télévision "Rede Globo" au Brésil
ou "Televisa" au Mexique. Le groupe Cisneros entretient d’ailleurs avec ces
sociétés des "liens qui ne sont pas que commerciaux", observe le Père
Neotti. Sous-entendu : derrière les stratégies de communication, il y a
aussi des visions du monde, des conceptions de l’homme et de la société qui
ne sont pas forcément empreintes de l’esprit de fraternité et de solidarité
que l’Eglise voudrait répandre.
Les émissions religieuses : de quel type?
Quant au projet d’émissions religieuses qui seraient relayées par satellite et diffusées 24h sur 24, il est actuellement pris en charge et financé
par un groupe charismatique hollandais, "Lumen 2000". Ce groupe, révèle le
Père Neotti, a des liens étroits avec un autre groupe charismatique nordaméricain, dirigé par le Père Forrest et qui édite la revue "Evangelisation
2000". Ce groupe a, par ailleurs, un de ses bureaux à l’interieur du Vatican, au Palais du Belvédère, et aurait participé au financement de la retransmission de l’ouverture de l’Année mariale en mondovision.
Pour le Père Neotti, des émissions religieuses peuvent certes apporter
une "contribution historique" à l’évangélisation de l’Amérique latine. Mais
il se demande pourquoi ne pas discuter davantage d’un tel projet, quand on
sait que le groupe qui le porte "privilégie la prière et relègue l’action
sociale au second plan" et qu’il "accentue fortement la séparation entre
les choses de Dieu et les choses du monde". On ne peut tout de même pas
oublier, ajoute le président de l’UCLAP, que des évêques, des théologiens
et des dirigeants de communautés chrétiennes ont, surtout ces vingt dernières années, payé de leur vie l’engagement de l’Eglise dans l’histoire du
peuple.(apic/cip/bd)