L’Imam Rouhani, chef de la communauté musulmane chiite (310589)
"Seule une visite du pape peut arrêter la guerre
Paris, 31mai(APIC/CIP) Après l’appel adressé par Jean Paul II à Perez de
Cuellar, secrétaire général de l’ONU et aux chefs d’Etats "pour que s’accomplissent avec urgence les démarches indispensables pour prévenir la
destruction qui menace le Liban", c’est au tour de l’imam Mehdi Rouhani,
chef spirituel de la communauté musulmane chiite en Europe, de lancer un
cri d’alarme. Il le fait dans une lettre ouverte au pape, qu’il invite à se
rendre au Liban, en se disant prêt à l’y accompagner avec d’autres personnalités musulmanes.
Parent de l’ayatollah Khomeini, dont il ne partage pas entièrement les
vues politiques, l’imam Rouhani est un partisan résolu du dialogue islamochrétien. Au moment du concile, il est intervenu pour attirer l’attention
des évêques réunis à Rome sur les valeurs de l’islam. En 1966, il avait été
reçu en audience par Paul VI.
Dans sa lettre ouverte au pape, l’imam Rouhani écrit notamment: "L’indifférence coupable des nations, ou leur impuissance calculée, malgré quelques timides essais de solutions politiques ou humanitaires, soulignent
l’urgence d’une intervention d’un autre ordre, relevant des droits moraux
dont votre personne et le Saint-Siège sont les prestigieux témoins et symboles".
"Notre vif souhait, poursuit l’imam Rouhani, est donc qu’une visite soit
entreprise par le chef de l’Eglise catholique au Liban, où il serait rejoint par de hautes autorités de l’islam chiite et sunnite. Un tel événement ne manquerait pas de polariser l’intérêt du monde sur ce pays, en même
temps qu’il serait l’occasion providentielle d’apporter solennellement, à
partir du Liban multiconfessionnel, la caution spirituelle à toute volonté
de coexistence islamo-chrétienne fraternelle".
Le spectre des guerres de religions
Dans une interview publiée par "La Croix" dans son édition du 31 mai,
l’imam Rouhani estime qu’une démarche sollennelle du pape et de leaders musulmans est la seule solution pour ramener la paix au Liban; il en appelle
en outre à "un pacte sacré des religions momothéistes" pour sauver ce pays.
Le conflit libanais est complexe, souligne-t-il, puisqu’il oppose des
clans, les grandes puissances, Israël et le monde arabe, la Syrie et la Palestine, l’Occident aux Arabes... "Mais peu à peu, ajoute-t-il, on découvre
qu’il s’agit d’une guerre qui n’est pas comme les autres, car elle se
transforme en guerre de religion. Pour moi, c’est effrayant, car on sait
que les guerres les plus dures, les plus meurtrières et les plus longues de
l’histoire ont été les guerres de religions. Je suis donc persuadé que les
responsables religieux chrétiens et musulmans doivent intervenir au Liban
pour arrêter le massacre", écrit l’imam Rouhani.
Pourquoi Jean Paul II ? Parce que, répond l’imam Rouhani, "les grandes
puissances ne font rien, les pays arabes ne sont pas en mesure d’amener la
paix et les Libanais n’arrivent pas à s’en sortir eux-mêmes". Selon le chef
de la communauté musulmane chiite en Europe, "ne peut donc intervenir
qu’une personnalité dont le prestige est tel qu’elle est au-dessus de la
mêlée". Tel lui apparaît Jean Paul II, "un homme qui parcourt le monde pour
apporter le message de la paix sur la terre" et qui, en outre, "représente
les valeurs de rédemption du christianisme, valeurs que nous retrouvons
dans la religion chiite sous une autre forme".
L’imam Rouhani explique ce côté rédempteur du chiisme, peu connu en Europe. Les chiites considèrent que leur troisième imam, Husayn, tombé à la
bataille de Kerbela (Irak) après s’être révolté contre les Omeyyades, a
donné sa vie afin de pouvoir, le jour de la résurrection des morts, servir
d’intermédiaire entre les hommes qui ont commis des péchés de Dieu. Husayn,
dont l’anniversaire de la mort est célébré avec ferveur par les Chiites,
"s’est donc sacrifié pour que nos péchés soient pardonnés", explique l’imam.
A propos de l’appel à la "guerre sainte" lancé par les ayatollahs,
l’imam Rouhani précise que le Coran ne recommande pas la guerre, qu’il y
est seulement question de la légitime défense. "Si les chiites parlent
quelquefois de guerre sainte, ajoute-t-il, c’est parce qu’ils ont souvent
fait partie des minorités opprimées. Ils étaient donc amenés à se défendre,
et parfois avec violence, mais cela ne signifie pas que cette violence est
recommandée par notre religion".
Le responsable de la communauté chiite en Europe se dit convaincu qu’une
cohabitation pacifique des diverses communautés religieuses est possible au
Liban : "Ils ont vécu longtemps ensemble et c’est encore possible. Les valeurs religieuses et spirituelles sont un patrimoine commun de l’humanité.
Les hommes religieux n’ont pas un pays limité par des frontières physiques,
ils doivent être chez eux partout. Notre mission est d’aller dans le monde
pour prêcher la paix. Les hommes en ont un besoin urgent et c’est la mission que remplit Jean Paul II." C’est pourquoi aussi les minorités ont
droit de cité dans la société musulmane : "Il y a environ 50.000 juifs en
Iran, et pourtant le pays est gouverné par des chiites extrémistes. Or, ces
juifs n’ont pas envie de quitter l’Iran. En effet, selon les lois de l’islam, les minorités ont des droits reconnus dans les pays musulmans. Elles
sont respectées et la coexistence fait partie de nos valeurs religieuses."
(apic/cip/mg/pr)