L’Eglise sur la route du tourisme en Europe: accueil et rencontre (260489)
Wiesbaden/RFA, 26avril(APIC/de Markus Vogler) A l’invitation du Conseil
des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), cinquante évêques, responsables nationaux et experts de la pastorale du tourisme de treize pays
d’Europe de l’Ouest se sont réunis à Wiesbaden (RFA) du 20 au 23 avril
1989. Quatre représentants suisses ont pris part à ce colloque: Mgr Wolfgang Haas, responsable au sein de la Conférence des évêques suisses du dicastère "Tourisme et Migrants", le Père Roland Stuber, président de la commission catholique "Eglise et Tourisme" (KAKIT), Max Hofer, vicaire épiscopale du diocèse de Bâle, et Markus Vogler, assistant en théologie pastorale
de l’Université de Fribourg. L’assemblée a regretté l’absence de délégués
des Eglises de l’Est. Mgr Giovanni Cheli, président du Conseil pontifical,
a pris part à la totalité des travaux de l’assemblée présidée par Mgr Robert Sarrabère, évêque d’Aire et Dax.
Après avoir dressé le cadre général de la situation du tourisme en Europe et de la présence des Eglises locales à cette réalité, les participants
ont partagé des expériences pastorales dans divers domaines: les décideurs,
les hauts lieux spirituels et les pèlerinages, les communautés chrétiennes
d’accueil, les stations de cure, sans oublier les situations de pauvreté
par rapport au tourisme. Ils se sont en outre mis d’accord sur quelques
lignes directrices susceptibles de mobiliser l’ensemble des diocèses d’Europe.
Etat du tourisme en Europe
Malgré la crise mondiale et en dépit que plus de 50% d’Européens ne
"partent" pas en vacances, la demande de loisirs et la pratique du tourisme
- tant domestique qu’international - poursuit son expansion, au moins dans
les pays industrialisés. L’Europe représente environ les deux tiers du tourisme international. Au départ conséquence de la croissance économique, le
tourisme devient source de croissance. Il devient ainsi un moteur économique majeur. Avec prudence, on peut avancer que les touristes ou vacanciers
partent plus souvent, moins longtemps et parfois plus loin.
Autres constatations: les jeunes se déplacent de plus en plus et de plus
en plus jeunes sans leurs parents, y compris dans le cadre de pèlerinage.
Progression aussi du "tourisme religieux" et du tourisme du 3ème âge. Et si
une plus grande ouverture à la réalitée culturelle de l’Europe est constatée, il n’en demeure pas moins vrai que les exclus du tourisme pour cause
de pauvreté (chômage endémique) face au gaspillage injustifiable de certains sont nombreux. D’une manière générale, le tourisme est ainsi devenu
un fait social majeur en Europe. Il concerne des populations très diverses,
aux besoins multiples mais représente un temps de liberté dans lequel peut
émerger la recherche du sens de l’existence, habituellement occulté par
l’accélération de la vie.
Eglise et tourisme
Tout autant que d’autres secteurs de l’activité humaine - comme le travail - ce fait social qu’est le tourisme et les loisirs concerne l’Eglise,
solidaire qu’elle se sent du genre humain et de son histoire, mais aussi
appelée à répondre aux défis nouveaux. Dans ce sens, l’assemblée a souligné, en particulier, les points suivants: la chance considérable du tourisme, même de son ampleur, pour l’évangélisation de l’Europe; la conscience des nouvelles situations de pauvreté, qui accompagnent souvent les
industries du tourisme et du loisir; les chances offertes par le tourisme
pour le développement de la personne et des communautés humaines; la redécouverte des racines chrétiennes de l’Europe; les possibilités de rencontre
et de compréhension entre les peuples.
Théologie et pédagogie
Pour être capable de discerner judicieusement le meilleur et le pire
dans l’univers du tourisme, une recherche théologique et sociologique à
propos du loisir et du bonheur est indispensable. Un autre thème de recherche devrait porter sur une pédagogie de la présentation du mystère
chrétien, qui tienne compte du caractère souvent éphémère ou passager des
rencontres occasionelles (haltes spirituelles, lieux et temps d’écoute...)
Dans la ligne de la Déclaration commune de la Congrégation pour l’Education catholique et du Conseil pontifical pour les migrants et personnes en
déplacement, l’Assemblée a noté l’importance d’une initiation systématique
(sociologie, anthropologie, théologique) des séminaristes aux pastorales
des mobilités, du travail et du loisir; et aux mobilités à causes sociales
et politiques (réfugiés). Une telle initiation devrait comporter une approche psychologique et linguistique.
Actions sur le terrain
Les participants font en outre observer qu’il est souhaitable d’aider
les communautés à accueillir les touristes et à leur offrir une place fraternelle dans les liturgies, la vie sacramentale. Dans cette optique, ils
relevent que la solidarité et la communion entre les Eglises en vue d’un
réel accueil des touristes devrait se traduire par des aides en personnel
formé (prêtres, laïcs, religieux et religieuses) ainsi que par le partage
pecuménique des édifices.
La même communion ecclésiale devrait jouer dans le cas de groupes de
"tourisme religieux" visitant des pays ou les Eglises sont en situation
difficile, font-ils observer, en relevant que la fréquentation accrue des
sites et édifices religieux, humbles ou prestigieux, nécessite un "ministère de l’accueil" impliquant un certain nombre de conditions qui vont
de la simple propreté des lieux jusqu’au témoignage de la communauté qui
s’y rassemble habituellement pour le culte.
L’Assemblée s’est de plus réjouie des initiatives visant à tenir ouvertes, en saison d’été, les chapelles et églises habituellement fermées. Elle
constate que de plus en plus de visiteurs ne sont pas catholiques voire de
religions non-chrétiennes. Tenir compte de leur sensibilité, apprécier
leurs valeurs propres, est un premier pas oecuménique. Après avoir dit sa
conviction de l’utilité d’une relation habituelle avec les acteurs du tourisme sur le terrain et les instances publiques et professionnelles du tourisme (organismes d’Etat, syndicats, bureau d’accueil, écoles de tourisme
et hôtelières), l’Assemblée a souhaité que puissent être dégagés des acteurs pastoraux en nombre suffisant pour cette mission spécifique de la
pastorale du tourisme.
Enfin, dernier point, un certain nombre d’initiatives de type opérationnel ont été suggérées au terme de cette rencontre européenne: favoriser les
échanges des idées et des instruments concernant la pastorale du tourisme
(fiches, logos, etc; se préparer à utiliser, de manière harmonisée au plan
européen, les nouvelles techniques électroniques d’information pour le service de la pastorale du tourisme; créer, soutenir et favoriser les initiatives des structures sociales ou ecclésiales permettant l’aide au départ en
vacances et l’accueil des plus défavorisés (pauvres et handicapés).
Pour avancer dans ces directives, une "plate-forme" européenne serait
utile. Reste à voir les moyens et les modalités pour y pourvoir.(apic/pr)