L’Eglise orthodoxe russe : le plus grand adversaire de la (011087)
La Haye, 01octobre(APIC/CIP) La réhabilitation de l’Eglise catholique
ukrainienne fournira la preuve d’une volonté de réforme effective de la
part des dirigeants soviétiques dans le domaine social et politique, estime
le dissident catholique ukrainien Josyp Terelja, récemment autorisé à quitter l’Union Soviétique. Pour lui, l’obstacle principal à cette réhabilitation vient de l’Eglise orthodoxe russe, qui craint ainsi de perdre une bonne partie de ses fidèles et de ses ressources.
Qualifiant l’Eglise orthodoxe russe d’ "agent non officiel de la russification soviétique", le dissident catholique ukrainien voit en elle le
principal obstacle à la réhabilitation de l’Eglise catholique ukrainienne,
"annexée" par les orthodoxes à la fin de la dernière guerre mondiale. S’appuyant sur des statistiques officielles, il affirme que 85% des citoyens
soviétiques déclarant appartenir à l’Eglise orthodoxe vivent en Ukraine et
que ce sont eux qui fournissent l’essentiel de ses ressources. La perte des
paroisses ukrainiennes au profit de l’Eglise catholique ukrainienne en ferait ainsi une Eglise pauvre.
Terelja a ainsi indiqué qu’au cours de ses conversations avec des représentants des autorités soviétiques, il avait acquis la conviction que celles-ci étaient pretes à faire des compromis, mais qu’elles craignaient des
démelés avec l’Eglise orthodoxe. Néanmoins, a-t-il ajouté, Gorbatchev a besoin de la légalisation de l’Eglise catholique uniate pour prouver au monde
entier la crédibilité de ses tentatives de réformes.
Une Eglise orthodoxe liée au pouvoir?
Terelja, qui est président du Comité central des catholiques ukrainiens,
a souligné que les catholiques uniates ne souhaitaient pas de conflits avec
les orthodoxes. Mais ils ne peuvent pas non plus accepter que les uns
soient persécutés tandis que les autres jouissent de privilèges et du soutien des autorités. Il a précisé que les activités de l’Eglise orthodoxe
étaient étroitement liées à la politique du Comité central du parti communiste d’Union Soviétique. "Ce sont des fidèles serviteurs du gouvernement,
a-t-il ajouté. Ils ne font rien sans avoir reçu des instructions du KGB et
du Comité central".
La question nationale joue un role important dans cette affaire. Si
l’Eglise uniate s’est toujours montrée favorable à une "dérussification" de
l’Ukraine, l’Eglise orthodoxe est accusée par contre d’avoir été un "agent
non officiel de la russification". Elle exerce aussi des pressions sur le
Vatican, affirme Terelja, et un soutien du Vatican aux revendications des
uniates pourrait mettre en péril les relations oecuméniques entre Rome et
le patriarcat de Moscou. "Si l’Eglise orthodoxe russe est vraiment intéressée par des contacts oecuméniques... pourquoi persécute-t-elle si malicieusement son Eglise-soeur, les catholiques ukrainiens? En toute logique,
ce sont eux qui devraient nous tendre la main en premier!", s’est-il exclamé. Et d’ajouter que "si les représentants officiels de l’orthodoxie
croyaient vraiment que le Christ n’a créé qu’une Eglise et non différentes
Eglises séparées, les gens en Union soviétique retourneraient à l’église".
Terelja, qui est agé de 43 ans, a l’intention de se rendre au Canada
avec sa famille, mais n’a pas encore de projets précis. Après avoir passé
23 ans dans les prisons, les camps, les asiles psychiatriques, il désire
d’abord se refaire une santé. Il a précisé clairement que ce sont les autorités soviétiques qui l’ont contraint à partir en Occident pour donner un
exemple de leur changement d’attitude par rapport à l’Eglise catholique
ukrainienne. Mais il n’abandonnera jamais l’Ukraine et ne souhaite pas non
plus perdre sa citoyenneté soviétique. Il espère retourner un jour dans son
pays, aux cotés du chef des catholiques ukrainiens, le cardinal Myroslav
Ivan Lubachivsky. (apic/bo/be)