L’Eglise et la Révolution (170789)
Paris, 17juillet(APIC) "Est-ce qu’il existe, pour l’Eglise, du célébrable
dans la Révolution ?" C’est la question que l’historien François Furet pose
au cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, au cours d’un
entretien publié dans la revue "Le Débat" du mois d’août 1989.
Réconcilier les Français à l’occasion d’un grand effort de mémoire collective ? Oui, à condition de ne pas occulter, nier ou défigurer tout un
pan de l’histoire, dit en substance le cardinal Lustiger. La Révolution
française a bien été un temps de persécution violente pour l’Eglise. "Il y
a bien eu entreprise de déchristianisation délibérée". Le souvenir de cette
persécution "a été reactivé par les luttes religieuses au long de ces deux
derniers siècles, avec des lois anti-cléricales que les catholiques ont
subies comme une violence totalitaire. Dans ces conditions, dire qu’on accepte la République, c’est dire aussi que l’on entend être accepté par la
République".
Le statut de la religion (de toutes les religions même) dans une société
démocratique et tolérante évolue aujourd’hui vers "une démocratie plus
vraie et plus réaliste". Cette évolution devrait entraîner la "reconnaissance non seulement des syndicats ou d’autres institutions et autorités indépendantes, mais aussi des religions ou des Eglises". Reconnaissance qui
pourrait se manifester en ces temps de commémoration en n’oubliant pas les
épreuves infligées aux chrétiens.
Pour Mgr Lustiger, l’Abbé Grégoire est un bon exemple. "Le peuple des
fidèles ne peut accepter de reconnaître dans l’Abbé Grégoire une grande figure que si le clergé et les catholiques auxquels l’évêque constitutionnel
s’est heurté son également reconnus dans leur part de vérité humaine,
catholique et française. Il faut que la démarche soit à double sens".
"Aujourd’hui ’la guerre est finie’. Il est donc légitime de rappeler la
mémoire de ceux qui furent victimes de la persécution sans les regarder
comme des traîtes à la cause commune qu’est devenue la République. Parmi
ces victimes et ces martyrs, il y eut de grands hommes. La République
s’honorerait en admettant qu’on peut honorer le souvenir de ces quelques
figures religieuses et humaines sans, pour autant, attenter au principe
républicain". (apic/pnd/bd)