L’Eglise d’Afrique à l’approche de son synode (170393)
Louvain-la-Neuve, 18mars(APIC) Que vit l’Eglise d’Afrique à l’approche du
synode pour l’Afrique planifié à Rome au printemps 1994? Tel a été le thème
du colloque organisé la semaine dernière à Louvain-la-Neuve, en Belgique.
Une centaine de personnes ont participé à cette rencontre organisée par le
séminaire interdisciplinaire des chercheurs africains et le Centre Vincent
Lebbe de la Faculté de théologie.
Le ghanéen Claude Akpokavie analyse les rapports entre l’Eglise et
l’Etat dans l’Afrique sud-saharienne. L’Etat africain post-colonial, ditil, pratique une stratégie d’assimilation des élites, y compris les élites
religieuses. Face à cela on peut distinguer quatre types de réactions dans
l’Eglise. La spritualisation: "l’Eglise n’est pas du monde"; la collaboration: "l’autorité doit être respectée"; le réalisme: "assurer son influence
tantôt en se montrant proche de l’Etat, tantôt en entrant en conflit avec
lui"; l’attitude prophétique: "l’option pour les pauvres" mais qui reste
marginalisée.
L’Eglise se contentera-t-elle d’encourager une démocratie formelle ou
continuera-t-elle à soutenir une lutte sociale pour que tous les citoyens
profitent des biens du pays, interroge Claude Akpokavie. On attend d’elle
un engagement clair envers les pauvres. Engagement qui implique trois conditions: accentuer l’effort de formation des prêtres et des laïcs, favoriser une meilleure participation des laics dans les structures de l’Eglise
et encourager une spiritualité "moins sacramentaliste".
Développement et justice
Pour Pierre Cibambo, prêtre du diocèse de Bukavu au Zaïre, aucune évangélisation n’est crédible de la part de l’Eglise si elle néglige la promotion de la justice, du développement et de la paix. Beaucoup d’évêques au
Zaïre ont joué le jeu du pouvoir. Dans sa hiérarchie, l’Eglise ne se montre
pas assez engagée et a peur d’analyser ses propres problèmes. Sa dépendance
à l’égard de l’étranger l’empêche d’être elle-même libérée. Se référant à
l’expérience des "communautés ecclésiales vivantes", l’abbé Cibambo relève
qu’elles constituent des lieux importants d’engagement. On y a dépassé le
rapport assistants-assistés dans le dialogue et la coresponsabilité des décisions.
Arthur Yenga, également Zaïrois se penche sur la communication de
l’Eglise en Afrique. Pour faire passer le message évangélique par les médias, l’Eglise doit relever quatre défis. Il faut "naturaliser le message
évangélique" c’est-à-dire le traduire en termes proprement africains; former de vrais professionnels, valables, motivés et engagés; rendre compte de
l’espérance du salut à l’époque du "village planétaire" et enfin arriver à
une certaine autonomie financière et matérielle. Arthur Yenga note au passage la tendance de l’Eglise en Afrique à se laisser piéger par l’argent,
le pouvoir et l’aisance matérielle.
L’Eglise d’Afrique dans sa dynamique interne
Pour Robert Sebisaho, docteur en philosophie, la mission spécifique du
baptisé en Afrique connaît deux formes principales: l’inculturation vécue
et la conversion du monde par la conversion de soi. L’inculturation restera
une visée théorique si elle ne s’accompagne pas d’un discernement quotidien, où chacun "se laisse instruire par le pauvre, dans un cheminement de
foi silencieux et discret".
Dans sa réflexion sur "la conversion du monde par la conversion de soi",
l’orateur souhaite qu l’on revoie le regard sévère porté sur ceux qui adhèrent aux "nouveaux mouvements religieux". Pour lui, il ne s’agit pas là
d’un rejet du baptême, mais d’un grand désir de conversion, qui devrait inviter les observateurs à l’ouverture et à la tolérance.
"Hier, les missionnaires étrangers ont christianisé l’Afrique, aujourd’hui, les Négros-Africains vont africaniser le christianisme", aimait
dire le cardinal Malula qui, dans ce but, créa successivement trois nouveaux ministères. Ce fut d’abord le ministère du "mokambi" de paroisse: un
laïc, père de famille est mandaté par l’évêque pour être pleinement responsable d’une paroisse. Ensuite fut créé le ministère d’"assistant paroissial" d’un curé-prêtre; ce service est comparable à un vicaire. Enfin, il y
eut l’"animateur pastoral", qui assume des responsabilités non paroissiales, comme par exemple l’accompagnement des malades.
Le rôle des femmes
Docteur en philosophie de l’Université catholique de Louvain, Albertine
Tshibilondi aborde le rôle de la femme dans la société africaine et dans
l’Eglise. Dans la société africaine, la femme assume une triple responsabilité, observe-t-elle. Elle est d’abord mère et éducatrice, exerçant une
grande influence domestique, y compris dans les décisions importantes de
son mari. Ensuite, elle joue un rôle économique essentiel dans la production agricole, la préparation de la nourriture et son éventuelle commercialisation. Enfin, son rôle public et politique peut être réel, bien que fort
réduit au cours de l’époque coloniale.
L’oratrice relève encore le regard positif porté par Jésus sur les femmes, comme le montre entre autres sa rencontre avec la Samaritaine. Mais
dans l’Eglise, dit-elle, le pouvoir est masculin et clérical, alors que les
femmes jouent "un rôle vital et irremplaçable dans la diffusion des dons de
l’Esprit".
La conclusion, l’abbé Mathias Tegomo, prêtre camerounais, l’apporte en
souhaitant "que l’Eglise prenne en compte la quête permanente de Dieu qui
est celle des peuples d’Afrique".
Que se passe-t-il quand un adpete de la religion traditionnelle "se convertit" au christianisme? L’orateur se refuse à juger des attitudes personnelles, mais insiste sur quatre conditions qui peuvent favoriser la conversion: l’adaptation du discours théologique, notamment dans le domaine
des sacrements et des rites; l’approfondissement de la foi comme rencontre
des questions vitales que les hommes posent; une meilleure prise en compte
de tout ce qui a façonné les rapports entre le candidat à la conversion et
celui qu’on peut appeler "son" Dieu; un plus grand respect à l’égard de
coutumes qu’il est injuste d’accuser d’idolâtrie. (apic/cip/pr)