L’Eglise catholique vénézuélienne assume un nouveau rôle (310892)
Caracas, 31août(APIC) L’Eglise catholique au Venezuela s’affirme chaque
jour un peu plus comme l’une des principales forces qui réclame un changement social. Elle passe dans le pays pour l’une des voix les plus critiques
contre le gouvernement du président Carlos Andres Perez.
Selon le bulletin "Noticias Aliadas", l’Eglise locale est aussi l’une
des rares institutions à ne pas avoir perdu sa crédibilité auprès du peuple
désillusionné par la corruption des partis, des syndicats et même des tribunaux censés rendre la justice. Cette position, nouvelle, ne doit rien au
hasard: ce prestige renforcé est le résultat d’années de prises de positions en faveur des pauvres; du choix de centaines de prêtres, religieux et
religieuses d’aller vivre et de soutenir les déshérités qui grossissent la
ceinture de bidonvilles qui entoure les villes vénézuéliennes.
L’option de l’Eglise vénézuélienne pour les pauvres a progressivement modifié l’image qu’avait d’elle le peuple qui l’identifiait
volontiers à l’élite au pouvoir. Un travail de formation de catéchistes, la
création de communautés de base, le soutien et le développement de projets
par un clergé qui s’inscrit dans la ligne de la théologie de la libération,
sont pour beaucoup dans le rôle qu’elle assume et dans l’espoir qu’elle
suscite auprès des démunis. La situation que vit le pays a souvent poussé
l’Eglise vénézuélienne à s’impliquer dans les affaires politiques et à
prendre position en sa qualité de témoin des effets désastreux auxquels
ont conduit les réformes économiques imposées par le Fonds monétaire international (FMI). Témoin des conséquences qu’elles ont dans la vie quotidienne des citoyens et de la violence exercée par la police pour étouffer les
protestations des pauvres.
Selon Xiomara Tortosa, un agent pastoral des quartiers populaires de Caracas, "les prêtres, les religieux et les religieuses constatent chaque
jour la nécessité de développer de nouvelles solidarités et de trouver des
réponses aux gens nous demandant ce que nous faisons face à la situation...
pour trouver une sortie collective aux problèmes".
La recherche par l’Eglise d’une solution aux problèmes du pays a passablement et positivement modifié les rapports durant ces derniers mois entre les évêques et la population. Et l’invitation faite récemment à des dizaines de personnes des quartiers pauvres de venir témoigner de leur condition devant l’Assemblée de l’épiscopat vénézuelien a été particulèement apprécié. Une Assemblée au terme de laquelle Mgr Roberto Lückert Leon, président de la Commission des communications sociales du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM) devait déclarer: "Grâce aux témoignages de ceux venus des quartiers de Caracas, nous avons pu parler et écouter sur un pays
très différent de celui dont parle les parlementaires et les hommes politiques".
"Ce sont eux qui portent sur leurs épaules la plus lourde charge des
conséquences de la crise économique. Eux aussi qui ressentent la plus grande frustration. Ils ne croient plus ni aux discours ni aux partis. Nous
sentons bien l’immense méfiance et désillusion face au type de démocratie
que nous vivons", devait-il préciser, avant de réaffirmer l’option préférentielle de l’Eglise pour les pauvres.
Dans un document intitulé "Où est ton frère, les évêques vénézuéliens
écrivaient le 11 juillet dernier: Les grandes majorités ne se sentent pas
invitées à entrer dans le jeu démocratique. Les élites sont celles qui proposent et décident... Elles offrent des changements qui ne frappent en aucun cas les privilégiés". Les évêques signalent en outre la notoire perte
de crédibilité du président Perez à qui ils disent: "Cette situation changerait radicalement si le pays pouvait palper des faits concrets et non
seulement écouter des palabres".
Critiquant le secteur commercial pour "le fossé alarmant qui sépare les
pauvres des riches et le monopole qu’exercent ces derniers sur les richesses du pays", les évêques demandent que les marges de bénéfices du secteur
économique soient moins scandaleuses et plus raisonnables afin de ne pas
favoriser la spéculation galopante et laisser aux seules lois de l’offre et
de la demande le soin de fixer les prix des biens et des services. (apicna/pr)