L’Eglise catholique à son mot à dire aux Philippines (280290)
Paris, 28février(APIC) Violations des droits de l’homme, violence, situation politique et économique précaire, les Philippines essaient de trouver
une certaine stabilité. De passage à Paris, Mgr Francisco Claver, évêque
philippin, directeur de NASSA (Secrétariat national de l’épiscopat philippin pour l’action sociale, la justice et la paix), s’est entretenu avec
l’agence APIC de la situation de son pays et du rôle que peut y jouer
l’Eglise catholique.
APIC: Un coup d’Etat en décembre dernier, les droits de l’homme violés,
une extrême pauvreté... La situation des Philippines a-t-elle vraiment
changé depuis la chute du dictateur Marcos?
Mgr Claver: Pour que de véritables changements puissent s’accomplir, il
faut du temps! Nous avons évité, en décembre dernier, un coup d’Etat. Ce
n’était pas la première tentative de ce genre, ce n’est pas la dernière...
Le plus grand crime de Ferdinand Marcos est d’avoir détruit la démocratie.
Le plus grand mérite de Mme Aquino? d’avoir posé des bases sur lesquelles
pourra se construire la démocratie. Tout le monde veut la démocratie. Mais
chacun propose sa propre réponse, d’où les coups d’Etat, les groupe de guérilla.
APIC: Comment se situe l’Eglise dans ce contexte de violence?
Mgr Claver: Pour l’Eglise, le problème le plus important est celui de
l’extrême pauvreté de la majorité de la population. Mais nous disons aussi
que la justice et la paix sont des questions liées à celle de la pauvreté.
Le problème est si énorme et si lourd que le gouvernement ne peut apporter
en une seule fois toutes les réponses nécessaires. Plutôt que de critiquer
continuellement, il faut aussi regarder ce qui change et ce qui est porteur
d’espérance.
APIC: Suffira-t-il de changer les structures économiques et politiques?
Mgr Claver: Le changement des structures est nécessaire, mais il ne peut
suffire. On peut imposer par la force un changement de structure; on peut
aussi - et il devient alors plus solidement enraciné -, le faire passer
dans les mentalités.
APIC: Est-ce dans ce sens qu’il faut entendre la lettre pastorale rédigée par la Conférence épiscopale des Philippines à la fin du mois de janvier?
Mgr Claver: Précisément. Nous faisons appel aux valeurs que le peuple
porte en lui: ce sont ces valeurs qui permettront un changement en profondeur. Regardez ce qui se passe en Union Soviétique avec la perestroïka,
c’est le changement des structures. Mais ce changement peut arriver de diverses manières; il peut même être imposé par la force. La glasnost peut
garantir la qualité des changements, c’est-à-dire le changement des mentalités, des valeurs adoptées par la société. Une tâche à laquelle s’attelle
l’Eglise.
C’est aussi le but de l’expérience des "zones de paix", zones territoriales dans lesquelles il est interdit de pénétrer avec des armes, sinon
celles, autorisées, que porte la police municipale ou provinciale chargée
de veiller auprès de la population à l’application de cette mesure de désarmement. Une initiative de l’Eglise catholique qui dans l’ensemble a rencontré une vaste adhésion.
L’expérience est de plus éducative dans ces zones, la population est
responsable de la paix. Or nous sommes habitués, depuis des siècles, à être
dépendants. La présence des bases militaires étrangères (américaines) nous
rend dépendants des puissances étrangères. Le système de propriété de la
terre rend les petits paysans dépendants des grands propiétaires terriens... et ils ne sauraient plus, du jour au lendemain, faire fructifier
la terre si elle ne dépendait plus que d’eux! La responsabilité, ça s’apprend. L’Eglise peut avoir un rôle important à jouer pour cela.
APIC: Est-ce à dire que l’Eglise collabore avec le gouvernement et soutient sa politique?
Mgr Claver: Certainement pas! L’Eglise est indépendante et tient à le
rester. Cependant, nous sommes favorables à tout ce qui peut faire avancer
la paix et la justice. Nous travaillons avec le gouvernement quand il travaille pour la paix. Mais nous ne voulons pas plus être identifiés au gouvernement qu’aux groupes de guérilla ou aux communistes.
Du reste, nous dénonçons, par exemple, les violations des droits de
l’homme, qu’elles soient le fait du gouvernement, des militaires ou des
groupes rebelles. Et nous aidons le peuple à prendre conscience de ces violations et à réagir en leur opposant des initiatives de paix. Il faut que
le peuple, à la base, manifeste sa force face à toutes les actions de violence. (apic/mjh/pr)