L’archevêque melkite de Galilée appelle l’Occident à l’aide (190690)
Lucerne, 19juin(APIC) "Il existe en Israël une société à deux classes,
d’un côté les Juifs et de l’autre les Arabes, les chrétiens et les musulmans, qui vivent comme dans un pays en voie de développement", a constaté
l’archevêque melkite d’Akka, Maximos Salloum, dans une interview accordée à
l’agence APIC. L’évêque de Galilée se sent abandonné par les chrétiens occidentaux. "Les chrétiens d’Occident doivent réfléchir pour savoir s’ils
veulent conserver leurs biens en Terre sainte ou aider les chrétiens qui
vivent là-bas", a-t-il lancé.
L’exode des chrétiens d’Israël est entré dans sa troisième phase. Après
la guerre de 1948, la première chose a été de réunir les familles palestiniennes, ce qui signifie que les membres des familles chrétiennes restés en
Israël ont dû gagner le Liban, la Jordanie ou l’Egypte. La seconde vague
d’émigration a été celle des étudiants, qui continue encore. "Maintenant
(c’est la troisième phase) nous vivons une situation difficile, des familles entières émigrent", a souligné Mgr Salloum, qui est actuellement en visite chez le curé Thomas Bieger, de Horgen, président de l’Association
Suisse-Terre sainte. Pour la seule ville de Haïfa, où se trouve le siège
épiscopal, deux familles émigrent chaque mois en direction de l’Australie
ou de l’Amérique, a précisé l’archevêque.
Pour la jeunesse chrétienne en Israël, le futur est sombre. Les jeunes
sont déjà victimes de discriminations en ce qui concerne les études. Parmi
les étudiants en médecine inscrits dans les universités israéliennes, 5%
seulement sont Arabes, bien que les Arabes musulmans et chrétiens représentent le quart de la population. Des études à l’étranger n’améliorent pas la
situation, car les examens doivent être répétés en Israël. Sur les 4,3 millions d’habitants d’Israël sans compter ceux qui peuplent les Territoires
occupés, il y a un million d’Arabes, dont 750’000 musulmans. La plus grande
communauté chrétienne est l’Eglise melkite grecque-catholique, dont est responsable Mgr Salloum et qui compte 43’000 fidèles. A côté, l’on trouve encore 25’000 grecs-orthodoxes, 15’000 latins (catholiques romains) et 5’000
maronites.
L’intifada accroîtrait la discrimination en Galilée
Les chrétiens sont moins nombreux dans les Territoires occupés: 20’000
en tout, même si l’on en parle plus. Les Arabes israéliens se sentent frères des Palestiniens dans cette région. Les chrétiens, bien qu’en minorité,
sont souvent plus empressés que les musulmans pour soutenir les Palestiniens. Mgr Salloum estime que le soutien par des moyens légaux est une bonne chose, comme par exemple dans le cas de la ville chrétienne de Beit Sahour, qui refusait les taxes. Par contre, l’extension de l’Intifada en Galilée donnerait un prétexte au gouvernement israélien d’accroître la discrimination entre Juifs et Arabes, a déclaré Mgr Salloum.
Bien que rien sur les papiers ne signale si leur possessseur est juif ou
arabe, la police et la douane le savent. La carte d’identité d’un citoyen
israélien chrétien ou d’un musulman est par exemple rédigée en arabe. Son
permis de conduire expire le 15 du mois. Le passeport porte un numéro initial différent de celui qui figure sur un passeport juif. Si un Arabe se
trouve dans la file d’attente réservée aux indigènes à la douane, il est
aussitôt interpellé et examiné soigneusement. Lors de candidatures pour des
places de travail, l’employeur s’inquiète d’abord de savoir si le demandeur
a accompli son service militaire, réservé aux Juifs et aux Druses, considérés par l’Etat comme membres d’une ethnie particulière. Les droits pour
l’eau et les autorisations de construire sont reportés ou ne sont pas accordés aux Arabes sous divers prétextes.
La confiscation des terres par l’Etat, qui a débuté sous le protectorat
turc, se poursuit. Les terres qui ne sont pas inscrites sous un nom passent
à l’Etat, qui les utilise pour y installer des colons. Les paysans arabes
ne peuvent pas les faire enregistrer à cause de leur pauvreté, car un enregistrement entraîne des taxes qu’ils seraient incapables de payer. Par
exemple, a relevé Mgr Salloum, les 2’000 habitants du village de Fasuta ne
disposent que de 4’000 ares de terre cultivable. Ainsi Israël produit de la
main-d’oeuvre bon marché.
L’Eglise a un grande responsabilité
Dans cette situation, l’Eglise a une grande responsabilité. Les Arabes
musulmans d’Israël sont officiellement soutenus par les pays arabes.
L’Eglise catholique elle aussi leur vient en aide. Sur les 4’000 écoliers
des écoles de Galilée qui se trouvent sous la responsabilité de Mgr Salloum, un tiers sont musulmans. Il s’agit cependant d’assurer l’avenir des
chrétiens en Terre sainte, a souligné Mgr Salloum. Pour cela, il faut non
seulement de l’argent, mais de la créativité pour créer de nouvelles possibilités de travail. Sinon, l’élite chrétienne émigrera, a relevé l’archevêque melkite d’Akka. S’ils sont Orientaux, ils sont oubliés par les chrétiens occidentaux.
Mgr Salloum aimerait que les chrétiens ne visitent pas Capharnaüm et Tibériade en simples touristes. Ils devraient non seulement visiter les Lieux
saints, mais encore se rendre chez les chrétiens qui vivent là-bas et
apprendre à connaître leurs problèmes, a-t-il souligné. (apic/ra/cor)