Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    L’archevêque de Sarajevo à Heverlee (Louvain) : "Le souvenir refait

    l’histoire ; le pardon ouvre l’avenir" =

    Heverlee, 21 juin 1995 (CIP)

    Le cardinal Vinko Puljic, archevêque catholique de Sarajevo, était le 20

    juin l’invité de l’Académie Chrétienne pour le Dialogue Européen (CAFED) à

    Heverlee (Louvain). Il a retracé l’histoire récente du conflit qui déchire

    l’ancienne Yougoslavie et surtout la Bosnie-Herzégovine. Mais il a insisté

    sur le nécessaire changement des mentalités pour parvenir à la paix : "Le

    souvenir refait l’histoire ; le pardon ouvre l’avenir !"

    "Il n’y a pas de paix sans conversion du coeur, sans éducation à la paix,

    sans vérité, sans développement et sans solidarité, sans liberté et sans

    dialogue. Mais la contribution la plus spécifique que des chrétiens peuvent

    apporter à la paix, c’est le pardon. Le souvenir est le principe de

    l’histoire ; le pardon, le principe de l’avenir."

    Archevêque de Sarajevo depuis 1990, le plus jeune des cardinaux actuels,

    qui aura 50 ans en septembre, s’est montré à la fois serein et ferme sur le

    changement de mentalité nécessaire : "Bien sûr, les criminels de guerre

    doivent être traduits devant des tribunaux pour y rendre compte de leurs

    méfaits. Mais en tant que chrétiens, nous ne pouvons jamais oublier que le

    Christ nous invite au pardon. S’en tenir au seul principe du coup pour coup

    ne peut que nous conduire à l’autodestruction. Voilà pourquoi il nous faut

    nous pardonner mutuellement et demander la force du pardon dans la prière.

    Nous n’avons pas d’autres possibilité de construire un avenir pour

    nous-mêmes et surtout pour ceux qui en ont été privés dans le passé."

    A son arrivée au CAFED, le cardinal Puljic avait été salué par le ministre

    d’Etat Mark Eyskens, qui l’a présenté comme "un des représentants les plus

    autorisés pour exprimer la souffrance mais aussi l’espoir de son peuple",

    et notamment de Sarajevo, dont l’histoire depuis 1914 "résume toute la

    tragédie et les souffrances de XXe siècle".

    L’histoire de Sarajevo, a d’ailleurs rappelé le cardinal Puljic, est

    surtout devenue tragique à partir de la première guerre mondiale : "Les

    catholiques vivent en Bosnie-Herzégovine depuis quinze siècles. Et pendant

    des siècles, catholiques, orthodoxes et musulmans ont vécu côte à côte

    d’une manière relativement paans la période de reconstruction qui a suivi

    la guerre, ce choix n’a fait que renforcer l’idéologie communiste et les

    tensions entre le peuple serbe, privilégié par le système, et les autres

    peuples."

    Du vieux rêve au cauchemar

    C’est la chute du mur de Berlin en 1989 qui a soulevé en Bosnie un nouvel

    espoir : "Après la chute du communisme, nous avons espéré un retour à la

    démocratie qui pourrait guérir nos blessures. Mais certaines forces dans

    l’armée populaire yougoslave ont arrêté la marche vers la démocratie afin

    de maintenir leurs privilèges." Le cardinal Puljic met notamment en cause

    "les officiers serbes qui, avec tous les moyens mis à leur disposition, ont

    voulu mettre fin à la démocratisation afin de réaliser leur vieux rêve

    d’une Grande Serbie." L’archevêque ajoute : "Profitant de la neutralité de

    la communauté internationale, qui a trop longtemps défendu l’unité de la

    Yougoslavie, les officiers serbes ont réussi leur plan. Même l’Armée

    Populaire Yougoslave a été rapidement transformée en pure armée serbe pour

    attaquer tous les peuples non serbes." Mgr Puljic dénonce ici le jeu de

    dupes qúa été dès le départ l’embargo sur les armes : "Cet embargo n’a

    touché que les groupes de populations les plus faibles qui étaient

    attaqués, alors que les Serbes ont pu disposer de tout l’armement de

    l’Armée Populaire Yougoslave." L’archevêque en cite aussitôt les

    conséquences : "une horrible épuration ethnique, qui a fait plus de 2.000

    morts, des millions de réfugiés et de personnes déplacées, un développement

    de la violence, des camps de concentrations, des tortures, des viols, et

    l’expulsion de toute la population non serbe pour la ramener à 30 % du

    territoire."

    Pour les catholiques de Bosnie-Herzégovine, le cardinal Puljic juge la

    situation "catastrophique". Le nombre des catholiques à Sarajevo n’est plus

    que de 20 à 25.000. Et dans le diocèse de Banja Luka, dont le cardinal

    Puljic est originaire, la situation est pire encore : "Car là- bas, il n’y

    a pas de casques bleus, ni d’observateurs, ni de journalistes !"

    L’avenir à plusieurs

    Pourtant, l’archevêque de Sarajevo continue d’envisager l’avenir de son

    pays comme "société multiculturelle et multireligieuse". Une vision que

    partagent nombre de catholiques de Bosnie-Herzégovine, assure-t-il. Ils

    écartent d’ailleurs toute idée d’un partage de la Bosnie pour venir à bout

    du conflit qui déchire la région. "Nous ne vivons pas une guerre de

    religion, ni une guerre entre Bosniaques, insiste le cardinal. C’est une

    guerre qúon mène de l’extérieur sur notre dos pour recréer la Grande Serbie

    et détruire notre modèle bosniaque d’une société multiculturelle." Mgr

    Puljic lance donc un nouvel appel à la communauté internationale :

    "Soutenez les populations non serbes alors qúelles ne sont plus en état de

    tenir tête à leurs adversaires. N’allez surtout pas bénir le droit du plus

    fort !"

    "Jusqúici, la communauté internationale ne nous a laissé qúune alternative", déplore le cardinal avec amertume : "ou bien quitter nos maisons et

    nos villages pour chercher asile ailleurs dans le monde ; ou bien rester

    sur place malgré tout, et vivre dans une extrême insécurité. Si nous choisissons la première solution, nous devenons des mendiants et des citoyens

    de seconde zone. Si nous optons pour la seconde, nous devenons les victimes

    sans défense d’un agresseur puissamment armé. On voudrait même nous dénier

    le droit à nous défendre, ou nous presser d’y renoncer.

    Plusieurs fidèles de mon diocèse actuel y ont déjà renoncé et ont fui à

    l’étranger. Dans le diocèse de Banja Luka, en revanche, de nombreux catholiques sont restés, sans pour autant prendre les armes. Aujourd’hui, ils

    sont torturés, déportés, massacrés. Et cela, sous les yeux de la communauté

    internationale qui ne fait rien !"

    L’avenir à plusieurs "On ne mettra pas fin à la guerre, conclut le cardinal

    Puljic, en déposséder de leur droit légitime les plus faibles qui sont

    agressés . Il ne suffira pas non plus de déposer les armes. La solution ne

    peut pas non plus consister à faire payer les agresseurs au prix qúexigent

    ceux qui ont été agressés. D’un point de vue chrétien, il n’y a pas d’autre

    solution que d’appuyer la recherche d’une paix juste en s’opposant aux forces du Mal. En Bosnie, nous n’y arriverons pas tout seuls. Nous continuons

    à compter sur la solidarité internationale. Ne nous demandez pas comment la

    communauté internationale doit s’y prendre ! C’est à elle de trouver les

    moyens pour mettre fin à la guerre et arrêter le Mal en Bosnie. Bien sûr,

    il nous appartient, à nous les Bosniaques, d’apporter notre contribution à

    cette solution. Mais nous n’y parviendront pas que lorsque la communauté

    internationale nous en donnera les moyens."

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus