L’après-Jivkov en Bulgarie: remous au sein de l’orthodoxie (200390)
Sofia, 20mars(APIC) A l’instar de ce qui s’est passé dans l’Eglise orthodoxe roumaine après la chute de Ceausescu, l’après-Jivkov provoque des remous au sein de l’orthodoxie bulgare. Un "Comité pour la défense des droits
religieux" demande en effet que Sa Béatitude le Patriarche Maxim s’en aille
et que la hiérarchie de l’Eglise orthodoxe fasse son autocritique pour son
attitude complaisante durant les dures années du régime de Todor Jivkov.
Fondé par le célèbre prêtre et moine orthodoxe Christofor Sabev, ce Comité rassemble les forces qui luttent pour un renouveau au sein de l’Eglise
orthodoxe bulgare maintenant que le système de type stalinien s’est effondré. Dans une interview accordée à l’agence catholique autrichienne "Kathpress", le théologien de Sofia Rumen Vataschki, l’un des responasbles du
Comité et proche collaborateur du Père Sabev, affirme que l’Eglise en Bulgarie bénéficie aujourd’hui d’une plus grande liberté de mouvement dans la
société, mais qu’à l’intérieur, les choses n’ont guère bougé. "Les structures totalitaires ont été abolies en politique, elles subsistent dans
l’Eglise", n’hésite-t-il pas à affirmer.
Le "Comité pour la défense des droits religieux" a demandé lors de la
"table-ronde" qui réunit les diverses forces politiques du pays, "que la
direction de l’Eglise orthodoxe présente des excuses pour sa collaboration
avec le régime de Jivkov". De l’avis du comité, le Patriarche Maxim devrait
se retirer et "se montrer repentant devant Dieu et devant le peuple".
L’Eglise devrait faire de même, car aux yeux du Comité, elle porte une
grande responsabilité dans la corruption spirituelle à l’intérieur de
l’Etat.
Selon Rumen Vataschki, "le régime communiste a soumis l’Eglise orthodoxe
à ses intérêts politiques". Le rétablissement du Patriarcat en 1953 a été
décidée "sur ordre du régime" et le Saint Synode n’a joué qu’un rôle de façade pour le monde entier, affirme le théologien. Lors de l’élection du Patriarche, 3 policiers de l’Etat étaient présents, ce qui est contraire au
droit canonique. Les églises ont été considérées comme des "monuments historiques" et les monastères presque vidés de leurs habitants. Nombre d’entre eux ont été utilisés à d’autres fins, comme celui de Drugan, qui a servi de base pour des fusées. Le résultat de cette évolution : "la jeunesse
bulgare n’a pas de guide spirituel". La Bulgarie traverse une crise religieuse profonde.
Un comité de 10’000 membres
"La situation dans laquelle se trouve la hiérarchie n’offre plus d’avenir à l’Eglise", déclare Rumen Vataschki. Le "Comité pour la défense des
droits religieux" compterait "déjà 10’000 membres et beaucoup de sympathisants". Il veut "réveiller" la religion, obtenir la possibilité d’un enseignement religieux dans les écoles, mettre sur pied une presse chrétienne
qui touche un large public et arriver à faire en sorte que les croyants
puissent agir dans le domaine caritatif, contrairement a ce qui était prescrit jusqu’à maintenant. Avant tout, "toutes les Eglises devraient pouvoir
travailler indépendamment de l’Etat", demande-t-il.
Lorsque le Comité a demandé son enregistrement officiel il y a une année, "la direction de l’Eglise a réagi négativement", souligne le théologien bulgare. Le Saint-Synode a fait beaucoup de tort au Comité par une
lettre dans laquelle elle déclarait refuser totalement les demandes du Comité, lettre publiée dans le journal de l’Eglise "Zirkowen Westnik". Rumen
Vataschki a le sentiment que l’Eglise orthodoxe veut neutraliser l’activité
du Comité, qui reçoit toujours plus de soutien au sein de la population.
"Nous en sommes convaincus : nous devons dire la vérité sur l’état de la
religion en Bulgarie", affirme-t-il.
Il relève que la direction de l’Eglise commence à poser les mêmes revendications que le Comité, non pas par un changement de conviction profonde,
mais pour neutraliser l’activité du Comité qui trouve de plus en plus d’appui chez les fidèles. Concernant l’Eglise catholique, le théologien bulgare
estime qu’il y a quelque 60’000 fidèles catholiques romains et gréco-catholiques en Bulgarie. Les problèmes qui se posent à l’Eglise catholique sont
le manque de vocations et le vieillissement du clergé : 80 % des prêtres
auraient plus de 60 ans. (apic/kpr/cor)