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    Une image fallacieuse, conclut un colloque organisé au Chili

    L’Amérique latine, un continent catholique? (291090)

    Bruxelles, 29octobre(APIC) "Rien n’est plus dangereux que de se représenter le continent latino-américain comme un ensemble homogène, y compris

    dans le domaine de la foi. Contrairement à ce qu’on entend dire souvent,

    l’Amérique latine n’est pas massivement catholique". C’est là l’idée-force

    développée par un sociologue de la religion, le Chilien Christian Parker,

    au cours d’une rencontre tenue récemment à Bruxelles à l’initiative d’"Entraide et Fraternité".

    Le sociologue chilien a mis en garde contre cette idée reçue en rendant

    compte des travaux d’un colloque international tenu au Chili en juillet

    dernier à l’initiative de l’Académie d’Humanisme chrétien. Celle-ci proposait aux participants - des philosophes, des théologiens, des historiens et

    plusieurs évêques - une réflexion sur la mission de l’Eglise dans le continent 500 ans après l’arrivée de Christophe Colomb.

    Plus de 65 exposés, des tables rondes et des conclusions faisant

    ressortir les véritables enjeux de l’Eglise: pour Christian Parker, ce

    colloque a tenu toutes ses promesses. "Il est impossible d’avoir un point

    de vue objectif sur l’anniversaire qui marquera l’arrivée de Christophe

    Colomb, estime le sociologue, du fait que tous ceux qui en parlent sont

    situés quelque part. Alors autant prendre parti clairement: les pauvres

    sont le parti qui nous inspire. Partant de là, nous avons découvert qu’il

    reste beaucoup à découvrir: c’est la diversité des cultures d’Amérique

    latine qui a été affirmée, non leur unité".

    Une culture déconnectée de l’histoire

    Evoquer la culture, c’est aborder le thème central de la quatrième Assemblée générale de l’épiscopat latino-américain, qui aura lieu à Saint-Domingue en 1992. De ce colloque, Christian Parker tire la conclusion que

    l’on risque fort à l’avenir de parler d’une culture déconnectée de l’histoire. Or, explique-t-il, le pauvre, les Indiens, ont vu leur culture évoluer en fonction de leur condition dans la société. La question des Indiens, aujourd’hui, est celle du manque de terre pour vivre. La lutte sociale et la lutte pour la défense de la culture sont des éléments indissociables de la lutte pour la dignité. "Quant à la culture populaire, ce

    n’est pas du folklore et des traditions, mais bien la culture d’un peuple

    qui vit dans la misère à cause de la violation de ses droits".

    A propos des cinq cents ans de présence chrétienne en Amérique latine,

    Christophe Parker parle d’une histoire ambiguë: si l’Eglise y fut souvent

    l’alliée des pouvoirs, elle vit aussi surgir en son sein des voix prophétiques, comme celle de Bartolome de Las Casas. Pour les populations autochtones du continent, 1992 ne sera pas une fête. Il faut au contraire qu’elle

    soit pour l’Eglise l’occasion de réfléchir en toute humilité à ce que signifie la rencontre entre Européens et autochtones: "1992, affirme le sociologue, ne doit pas être un regard sur le passé, mais sur l’identité future du continent".

    Culture métisse

    Quelles orientations les évêques prendront-ils lors de leur assemblée de

    Saint-Domingue en 1992? Le risque de triomphalisme est réel, répond le sociologue chilien, un triomphalisme allant de pair avec l’affirmation de

    l’option pour une nouvelle évangélisation mal conçue. En effet, le courant

    qui domine aujourd’hui dans les épiscopats fait de la sécularisation le

    principal défi à affronter. Les évêques qui pensent ainsi attachent plus

    d’importance à une religiosité populaire qui s’exprime dans la dévotion

    qu’à une religiosité liée aux luttes sociales d’un peuple qui vit dans une

    histoire donnée.

    En ce sens, Christian Parker a parlé pour conclure d’une "culture métisse", issue non de la rencontre de deux races, mais de la dialectique entre

    la tradition et la modernité. L’expression met bien en évidence le fait

    qu’en Amérique latine la date de 1992 ne renvoie pas au seul fait de la colonisation en 1492, mais à cinq cents ans de colonialisme. (apic/cip/pr)

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