Lucerne, 11avril(APIC/Astrig Tchamkerten) L’Arménie après le tremblement
de terre en décembre dernier: les secours en débandade, avec battage médiatique tous azimuts. Et puis plus rien... l’aide à long terme devait s’organiser. Il s’agissait pour les organisations humanitaires de trouver sur
place des interlocuteurs avec qui s’entendre pour proposer leur aide.
Quatre mois après le séisme, les choses se mettent en place, comme l’a
laissé entendre Michael Sidman, le chargé de mission de Caritas Suisse qui
vient de rentrer d’Arménie.
Question logement, tous les sinistrés ont trouvé une solution, que ce
soit auprès d’un parent, d’un ami, ou dans un établissement public mis à
disposition pour l’occasion. Actuellement, la question la plus urgente est
celle du travail, explique Michael Sidman: "Une fois passé le choc du premier traumatisme, les gens n’ont qu’une hâte, c’est de se remettre à travailler. A Leninakan, par exemple, les sinistrés ont investi toutes leurs
énergies aux travaux de déblaiement des décombres. Ces travaux maintenant
sont terminés. Alors que faire ? Reconstruire bien-sûr, mais ou ? Comment?
Avec qui?"
La leçon à apprendre
Ce sont ces mêmes questions auxquelles ont été confrontés les nombreux
organismes d’entraide étrangers sur place dont l’action désordonnée du
début s’est tout de même un peu organisée par la suite. L’heure est maintenant à la planification à long terme. Et après quelques mois de présence
sur place, ces organisations ont fini par apprendre la leçon des étapes à
franchir pour se faire entendre auprès des autorités compétentes. Résultat,
aujourd’hui, chacune d’entre elles s’est vu plus ou moins attribuer une zone géographique ou déployer leurs activités, lesquelles ont en outre été
précisées d’entente avec "Gosstroy", le ministère arménien de la construction. C’est en effet ce ministère qui, après négociation avec les organisations concernées, indique en définitive la voie à suivre, sur laquelle
devront s’aligner tous les autres ministères impliqués : santé, économie,
technologie, etc.
Côté Caritas, organisation d’Eglise, c’est tout naturellement vers
l’Eglise arménienne que son regard s’est tourné. Et si la collaboration
avec cette dernière a pu fonctionner au niveau des premiers secours, la
question se posait de façon différente dès qu’il fallait aborder les
perspectives à long terme. Mais pouvait-il en être autrement ? L’Eglise
arménienne, confinée durant des siècles dans un rôle uniquement ecclésial
et culturel, se prêtait en effet mal pour assumer tout à coup un rôle de
coordination au niveau du lancement d’activités nouvelles, à caractère social, voire économique. Sans compter les implications politiques.
Mode de fonctionnement revisé
Revoir son mode de fonctionnement est dès lors devenu une nécessité pour
Caritas. Désormais, ce n’était plus avec un partenaire d’Eglise qu’il
fallait traiter, mais avec l’Etat d’Arménie lui-même. Ce qui, a souligné
Michael Sidman est certainement "une manifestation de plus de l’ouverture
de Mikhaïl Gorbatchev et de sa politique de Perestroïka".
Même si ce nouveau type de dialogue n’a pas été de soi, "j’ai d’excellents contacts avec les responsables de la construction, côté ministère :
ils savent maintenant différencier entre les organisations caritatives et
les autres - Etats étrangers, Croix-Rouge, firmes privées. C’est déjà un
grand pas", relève en conclusion le chargé de mission de Caritas.
(apic/at/pr)
Encadré
Aperçu de l’aide de Caritas
Actuellement, l’engagement de Caritas Suisse en Arménie s’effectue selon
deux axes. Le premier vise à l’acheminement à Léninakan et à Goukassian,
village situé plus au nord, de maisonnettes préfabriquées qui serviront de
dispensaires sur place à l’organisation Médecins sans frontières (MSF). Actuellement 4 dispensaires sont déjà installés et fonctionnent à plein régime. Cette activité se déroule également en étroite relation avec le Ministère arménien de la santé. Caritas prépare aussi par ailleurs, et toujours avec MSF, la mise sur pied à Léninakan, d’un hôpital, d’une maternité, ainsi que d’un centre de diagnostique. Ce dernier propablement encore
avec l’aide du Corps suisse d’aide en cas de catastrophes.
Le deuxième axe de l’engagement de Caritas Suisse se situe dans la
perspective de l’installation d’un atelier de menuiserie ou seront fabriquées des éléments d’équipement tels que portes et fenêtres par exemple. Ce
projet est planifié en étroite collaboration avec "Gosstroy", le ministère
arménien de la construction. Ce projet qui bénéficiera également d’un apport en formation de mesuisiers sur place de la part de Caritas, ainsi que
de matériel technique acheté en Suisse devrait à terme aussi servir d’exemple au lancement d’initiatives du même type. (apic/at/bd)