L’Afrique au centre de la Campagne 1993 de Carême (250293)
Berne, 25février(APIC) 1,3 milliard et plus de chrétiens dans le monde
sont entrés mercredi en Carême. Quarante jours durant lesquels tous sont
invités à une vie de foi plus intense dans la prière et le jeûne, mais aussi au partage et à la solidarité. Deux valeurs que développent chaque année
à la même époque Pain pour le Prochain et l’Action de Carême, actualisées
en 1993 en faveur de l’Afrique. "Vive l’Afrique - Partager le pouvoir vivre ensemble", le thème de la campagne 93 des deux oeuvres et de l’Oeuvre
catholique-chrétienne qui se joint pour la première fois cette année aux
catholiques et aux protestants, a été présenté jeudi à Berne, lors d’une
conférence de presse tenue sous la présidence de Mgr Henri Salina, évêque
Abbé de l’abbaye de Saint-Maurice.
L’Amérique latine l’an dernier, l’Afrique cette année, les Campagnes de
Carême ont pour but de promouvoir le partage et la solidarité. Un devoir
doublé d’une nécessité! Les chiffres parlent du reste d’eux-mêmes: plus de
1,1 milliard d’hommes dans le monde vivent en-dessous du seuil de la pauvreté fixé par la Banque Mondiale à 370 dollars par habitant; plus de 800
millions de personnes connaissent la famine; 1,6 milliard de citoyens
n’ont pas accès aux soins médicaux; 3 millions d’enfants meurent chaque année de maladies évitables.
Le choix de l’Afrique comme thème de la Campagne de Carême 93 ne doit
donc rien au hasard. Si ce continent est en train de vivre la plus grave
crise depuis les indépendances, il n’a cependant rien du "continent perdu".
Une raison, pour les oeuvres, de faire découvrir une image plus positive de
l’Afrique et de lancer leur campagne de récolte de fonds. Projets obligent.
Pour présenter cette Afrique là, elles ont fait appel à des hôtes venus
d’Afrique du Sud, de l’Angola, d’Ethiopie, du Cameroun et de Madagascar,
qui tous donneront des conférences dans les principales villes de Suisse.
Un aperçu de l’explosion de démocratie, "la seconde libération de l’Afrique", a été présenté à Berne par deux d’entre eux, Madeleine Ramaholimihaso, fondatrice en 1989, à Madagascar, du Comité national d’observation des
élections et d’éducation des citoyens (CNOE) et José Belo Chipenda, Angolais, secrétaire général de la Conférence des Eglises de toute l’Afrique
(CETA).
Un nombre accru de partis ne rend pas un pays démocratique...
Selon ce dernier, le pluralisme politique est aujourd’hui légitime dans
41 des 47 pays du continent, de l’Afrique du Sud au Sahara. Et le rôle joué
en ce domaine par les Eglises africaines est capital. "L’Eglise, qu’elle
soit protestante ou catholique romaine, a produit des leaders dignes de
confiance pour ces moments cruciaux". Reste, a-t-il constaté, que la démocratie que l’on trouve en Afrique pose davantage de problèmes qu’elle n’en
résout. Parce qu’elle "vient de l’extérieur, pour marquer la fin de la
guerre froide", mais aussi parce qu’"il serait faux de croire avec naïveté
que combiner la démocratie et le pluralisme politique apportera la prospérité en Afrique". Les facteurs qui contribuent à la pauvreté demeurent: la
chute des matièress premières, l’accumulation d’armements et la dette extérieure... "Alors même que la démocratie est bonne dans son principe, nous
ne devons pas perdre de vue les dangers liés aux questions d’ethnie et de
classe, que le pluralisme politique risque d’introduire dans l’arène politique de l’Afrique. Un nombre accru de partis ne rend pas pour autant un
pays démocratique".
Dans ce contexte, a conclu le secrétaire général de la CETA, nous jugeons que le rôle de l’Eglise sera vital dans les années à venir. "L’Eglise
ne devrait pas se plier aux valeurs sanctionnées par la passagère société
actuelle. Elle devrait au contraire prendre part à la défense de ce qui est
nouveau et durable".
Un discours que partage Madeleine Ramaholimihaso qui, à Madagascar, anime en compagne de comités locaux la majorité des 14’000 villages composant
le pays. "Les personnes aspirent à vivre, c’est-à-dire à participer dans
les décisions qui les concernent, à être eux-mêmes agents de leur développement. Cela suppose une meilleure connaissance mutuelle des uns et des autres dans un même pays et entre pays différents, un véritable dialogue des
civilisations". Le CNOE, qu’elle a créé, est soutenu financièrement depuis
3 ans grâce à un montant de quelque 360’000 francs versé par l’Action de
Carême. (apic/pr)
ENCADRE
Le résultat de la campagne de carême 1992, d’environ 36 millions de
francs, est qualifié de réjouissant par Pain pour le Prochain et l’Action
de Carême. Les gens, disent ces oeuvres d’entraide, ne doivent pas être sacrifiés sur l’autel de notre récession. En 1992, dans le domaine de la coopération, l’aide s’est concentrée dans l’agriculture, l’éducation non-formelle et la promotion de groupements d’auto-développement. Dans le domaine
de l’évanglisation, cette aide a porté sur des programmes pastoraux; la
formation d’agents pastoraux, la construction d’édifices religieux et l’information religieuse. (apic/pr)