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    La raison d’une telle longévité : Dieu comme projet de vie

    L’Abbaye cistercienne d’Hauterive fête ses 850 ans le 25 février (170288)

    Fribourg, 17février(APIC) L’Abbaye d’Hauterive, au pied des falaises de

    la Sarine, en amont de Fribourg, fête cette année son 850ème anniversaire.

    C’est le 25 février 1138 en effet que Mgr Guy de Maligny, évêque de Lausanne, consacra l’église abbatiale d’Hauterive. Aussi cette année 1988 sera-telle marquée par diverses manifestations (pour le clergé de la région, les

    religieux, etc.), dont la première sera la Fête de la Dédicace, le 25

    février prochain.

    Le point central des festivités sera la messe pontificale présidée par

    Mgr Pierre Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, en présence d’une

    délégation de l’exécutif (représenté par le président du gouvernement, M.

    Denis Clerc, et par M. Marius Cottier) et du législatif cantonal. Une soixantaine d’invités sont attendus, comme les membres du Conseil de fondation

    d’Hauterive, le Comité de l’Association des Amis d’Hauterive et quelques

    Pères Abbés des monastères cisterciens et bénédictins voisins, l’Ordre de

    Cîteaux étant une branche issue d’une réforme de l’Ordre des Bénédictins

    vers l’an 1’100. Seront également présentes les Abbesses de la Fille-Dieu,

    à Romont, et de la Maigrauge, à Fribourg, qui sont tous deux des monastères

    de cisterciennes. L’après-midi sera consacré à une conférence de Roland

    Ruffieux, professeur aux Univsersités de Fribourg et de Lausanne, sur "Les

    grands moments de l’histoire d’Hauterive". La journée sera clôturée par les

    vêpres pontificales.

    Pour le Père René Marie, la longévité de l’Ordre de Cîteaux réside dans

    une raison très simple : dans le projet de vie des moines qui peuplent ces

    monastères : Dieu. A Hauterive même vivent actuellement une trentaine de

    moins, dont une douzaine de prêtres, autant de frères convers, ainsi que

    quelques frères étudiants en formation à l’Université de Fribourg. L’Abbaye

    accueille également en plus des moines de différents monastères qui sont là

    pour les études à l’Université tout en profitant de la vie monastique.

    Une vie rythmée par la règle de Saint Benoît

    D’après la règle de Saint Benoît, qui rythme la vie de la communauté

    d’Hauterive, précise le Père Joseph-Marie Chatton, les moines mènent une

    vie contemplative et n’ont normalement pas d’activités extérieures. La

    journée est divisée en trois occupations : d’abord la prière, l’Office

    divin, puis la "lectio divina", méditation et étude, enfin le travail

    manuel. S’inspirant de la devise de Saint Benoît "Ora et Labora", la prière

    et le travail sont les deux axes de la vie cistercienne. La liturgie occupe

    les moines quatre à cinq heures par jour, dès trois heures et demie en

    cette saison.

    La journée d’un moine

    A 3h30, les moines commencent leur journée par les matines, l’office le

    plus long. Il dure environ une heure, mais se prolonge parfois jusqu’à deux

    heures, selon les jours. Après les matines, les moines ont un moment libre,

    consacré à la lecture, à la prière ou au rangement de la cellule. A 5h30,

    les moines assistent aux laudes, qui durent une demi-heure, suivies à 6h de

    la grand’messe en semaine, qui se termine vers 7h. Le dimanche, la messe

    est à 9h30 pour permettre la participation de gens de l’extérieur. Puis

    c’est l’heure du petit déjeuner. Le repas est suivi de l’office de prime de

    7h30 à 7h45. "Prime", chez les moines, c’est la première heure du soleil,

    calculée à la manière des Romains.

    De 8h15 à 9h15, c’est un temps de lecture personnelle, puis c’est le

    temps de l’office de tierce qui dure 10 minutes. A 9h45 commence le travail

    manuel jusqu’à 11h30. A 11h50, c’est l’office de sexte, puis le dîner à

    12h, suivi de la récréation jusqu’à 13h20. C’est alors l’office de none,

    puis à 13h40, le travail recommence jusqu’à 16h. Après le temps libre, retour à la prière à 17h pour l’office de vêpres qui dure une demi-heure.

    C’est alors le temps du souper, avant de se rendre à 18h30 dans la salle du

    chapitre pour la lecture et les complies, qui est le dernier office du

    jour. A partir de 19h, les moines vont se coucher et doivent être au lit à

    20h. L’horaire d’été est évidemment modifié pour ne pas être trop en décalage par rapport au soleil.

    Ni radio ni télévision

    A l’Abbaye, il n’y a pas de télévision. On loue exceptionnellement une

    télévision lors d’événements très importants, concernant par exemple le pape. Quant à la radio, on ne l’écoute que très rarement. Certaines émissions

    sont enregistrées et écoutées en dehors des horaires obligés. Les moines

    peuvent toutefois lire quelques journaux. Les moines ont décidé en Conseil

    à quels journaux ils voulaient s’abonner. Ils disposent notamment des quotidiens fribourgeois, de revues missionnaires..."Nous ne sommes pas coupés

    du monde, nous pouvons suivre... Autrefois, c’était très limité, maintenant

    on est plus large pour cela", relève le Prieur.

    Tout le monde ne vit pas au même rythme. Les étudiants, en effet,

    partent le matin; ils sont ainsi disposés des offices. Mais quand ils sont

    au monastère, ils participent aux offices comme tout le monde. Deux frères

    convers travaillent à la ferme : ils s’occupent d’une cinquantaine de têtes

    de bétail, dont des vaches laitières et des boeufs d’engraissement. Pour

    eux, l’horaire est différent, production oblige. Ils ont la messe plus tôt,

    à 4h45.

    Des vocations plus tardives

    Les vocations de moines - et cela se vérifie également chez les moniales, précise le Prieur Joseph-Marie Chatton - sont désormais plus tardives.

    On entre en religion plus tard, avec déjà une formation et souvent une certaine expérience professionnelle. A un certain moment, ces personnes déjà

    lancées dans la vie, font ce type de choix, tandis qu’autrefois, on entrait

    directement au couvent à la sortie du collège. Hauterive voit l’avenir avec

    un certain optimisme : "lentement, nous avons maintenant quelques jeunes

    qui ont très bonne façon", relève le Prieur.

    Un jeune qui est là depuis quatre ans - il a fait une année de noviciat

    et trois ans de voeux temporaires - fera sa profession solennelle à la Pentecôte. Il s’agit d’un officier dans l’armée française et qui avait fait

    l’Ecole d’officier de Saint-Cyr. Un autre, un peu plus jeune, va encore

    prolonger son temps de réflexion : "On ne force pas du tout, si quelqu’un

    n’est pas tout à fait prêt à s’engager", souligne le Père Prieur. Un moine

    - qui a déjà fait sa licence en philosophie - a encore un an avant sa profession solennelle. Un novice va terminer son noviciat cet été. Un postulant, qui est encore laïc, est entré en décembre dernier. C’est un jardinier de Genève. Il devra faire au moins trois mois d’essai comme laïc avant

    de décider de la prise d’habit ou non. D’autres viennent encore passer deux

    ou trois semaines en clôture avec les moines pour se mettre vraiment dans

    le bain, pour savoir si cette vie leur convient.

    Ces jeunes sont censés rester à Hauterive, car chez les cisterciens, on

    fait le voeu de stabilité : ils s’engagent à rester dans le monastère jusqu’à la mort. Cela signifie également accepter la vie cloîtrée. Mais les

    moines, s’ils ne peuvent sortir quand ils veulent, ne sont plus tout à fait

    coupés du monde comme auparavant. Ils ont tout de même des promenades et

    des sorties et se déplacent - avec la permission du supérieur - pour aller

    chez le dentiste ou chez le médecin en ville. Les visites de et dans la famille sont possibles après quatre ans, après la profession solennelle. Des

    permissions sont accordées en cas de décès ou de graves maladies dans la

    famille. Le temps du noviciat est plus strict, car c’est un temps de formation personnelle, ou l’on étudie la règle, l’histoire de l’ordre. On

    s’instruit de ce que l’on va vivre au monastère le reste de sa vie.

    Une vie qui devrait attirer les jeunes

    La vie que mènent les moines - équilibre entre la prière, l’étude et le

    travail manuel - devrait attirer les jeunes, à l’heure de l’écologie. Le

    monastère lui-même, construit au bord de la rivière et de la forêt, est

    pensé pour favoriser le silence qui permet la prière personnelle. Les moines vivent en effet, en dehors des quatre ou cinq heures de prière en commun, dans le silence complet. Ils vivent au milieu de la nature, travaillent dans les bois, cultivent les légumes dont ils ont besoin, tirent les

    oeufs de leur parc avicole, la viande et le lait de leur troupeau et vendent les excédents qu’ils peuvent obtenir de leur domaine d’une quinzaine

    d’hectares. Ils reçoivent également dans leur hôtellerie des hôtes - catholiques ou protestants - venant faire retraite, ce qui leur laisse quelque

    bénéfice. Et le Prieur de conclure : "Nous ne le faisons pas pour gagner,

    mais comme apostolat, car de tout temps, les monastères ont accueilli les

    gens de l’extérieur qui veulent venir se retremper un peu dans la spiritualité". (apic/be)

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