Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Le texte contient 259 lignes (max. 75 signes), 2628 mots et 17294 signes.

    kipa/apic/Konrad Raiser/Jubilé/An 2000/Relations avec l’Eglise catholique

    SERIE SPECIALE "JUBILE DE L’AN 2000"

    Rencontre avec le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE (161096)

    Pour un Jubilé "vraiment oecuménique"

    Jacques Berset, Agence APIC

    Genève,16octobre(APIC) Le Conseil oecuménique des Eglises (COE) en tant

    que tel ne lancera aucune grande manifestation pour le Jubilé de l’an 2000.

    Le Conseil encouragera cependant la participation de ses Eglises membres

    aux célébrations du Jubilé, confie le secrétaire général du COE, le pasteur

    Konrad Raiser. Il évoque dans une interview à l’APIC quelques enjeux du

    troisième millénaire et l’état des relations avec l’Eglise catholique.

    Le pasteur Raiser déclarait cet été: le Conseil oecuménique des Eglises

    "refuse d’avance une invitation" de l’Eglise catholique romaine. Le COE

    estimait alors que toute initiative oecuménique devait être "pensée ensemble". Aujourd’hui, les "agacements" du début sont pour beaucoup oubliés.

    Le COE regrette tout de même que le Jubilé de l’an 2000 soit davantage

    axé sur la commémoration du passé que sur les défis d’un christianisme incarné dans le 21e siècle. Un christianisme qui, au seuil de l’an 2000, ne

    pourra être que pluriel et diversifié dans sa spiritualité, sa théologie et

    ses structures.

    APIC:L’initiative du Jubilé de l’an 2000 aurait dû être "pensée ensemble",

    ce qui n’a pas été le cas à vos yeux avec l’offre du Vatican. Est-ce que le

    COE participera tout de même aux célébrations du Jubilé?

    K.Raiser:Le Conseil en tant qu’organisation a décidé de ne pas se présenter comme initiateur d’un quelconque grand événement, mais plutôt d’encourager les Eglises membres à trouver, dans leur contexte, la façon appropriée de marquer le Jubilé ensemble, de façon vraiment oecuménique.

    Rappelons qu’il n’y a jamais eu une invitation formelle adressée par

    l’Eglise catholique au COE pour participer à la célébration du Grand Jubilé. Le Jubilé est d’ailleurs une définition catholique et romaine, présentée publiquement par la lettre apostolique "Tertio millenio adveniente" (A

    l’aube du troisième millénaire) en novembre 1994. Cette lettre apostolique

    contenait une invitation aux autres Eglises - pas au COE en tant que tel de s’associer à l’Eglise catholique pour cet événement.

    Le COE participe aux travaux du Comité central du Jubilé

    Le cadre défini par la lettre de Jean Paul II a été développé depuis par

    le Comité central pour l’organisation du Jubilé. Au sein de ce Comité, le

    COE a été invité à nommer un délégué dans la sous-commission pour les relations oecuméniques afin qu’y soient représentés les intérêts du COE et des

    Eglises membres.

    La communication existe aussi dans le cadre du Groupe mixte de travail

    entre le COE et l’Eglise catholique, où l’on a commencé à traiter de la

    question d’une célébration vraiment oecuménique. Si j’insiste sur cette

    formulation "vraiment oecuménique", c’est parce que la majorité des Eglises

    membres du COE, même si elles ont reçu avec gratitude l’invitation du pape,

    ne considèrent pas cette commémoration comme suffisamment oecuménique,

    étant donné qu’il ne leur resterait qu’à participer à une célébration organisée par l’Eglise de Rome. Elle serait vraiment oecuménique si elle avait

    été lancée dès le départ par les Eglises ensemble.

    APIC:Vous n’aviez donc pas été consultés avant le lancement de ce Jubilé?

    K.Raiser:Nous ne sommes jamais consultés avant que le pape publie une

    lettre apostolique ou une encyclique qui auraient peut-être des répercussions oecuméniques. Certes, il y a des consultations ou l’offre de faire

    des communications, à l’occasion des Synodes des évêques. Dans ce cas, les

    "lineamenta" sont envoyés au COE comme ils sont envoyés aux Conférences des

    évêques; l’on peut alors faire des commentaires.

    Le Vatican ne considère pas le COE sur un pied d’égalité

    Mais voici un autre exemple: quelques semaines après ma visite officielle au Vatican paraissait l’encyclique "Ut unum sint" sur l’unité des chrétiens, publiée le 30 mai 1995. Je n’en avais pas été averti et cela n’a pas

    été un thème de conversation avec le pape. Je constate ce fait, tout simplement. Je considère qu’il représente bien une facette du caractère de nos

    relations. Le COE n’a jamais été considéré par le Vatican comme un partenaire situé sur un pied d’égalité.

    De par sa structure même, le COE et le Vatican sont à l’évidence des organismes de caractère tout à fait différent. Le Vatican a donné très clairement sa préférence pour le dialogue bilatéral avec les Eglises partenaires, plutôt qu’avec une association d’Eglises. Le Vatican a reconnu le COE

    dans le cadre du Groupe mixte de travail comme un partenaire pour certains

    domaines de collaboration, comme l’étude théologique sur les questions de

    l’unité de l’Eglise, l’ecclésiologie, etc.

    Dans la Commission "Foi et Constitution", la participation de Rome est

    très intense. Un professeur catholique, dont la présence est assurée par le

    biais du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens,

    enseigne à l’Institut oecuménique de Bossey. Troisième domaine de participation catholique:la réflexion sur la mission et l’évangélisation.

    APIC:On peut donc en déduire que les relations avec le Vatican sont bonnes

    et que le courant passe tout de même...

    K.Raiser:Oui, on échange des informations et on examine régulièrement les

    projets de collaboration. Mais nous avons aussi le sens du réalisme. Il est

    clair qu’après de longues années de coopération, il y a des domaines où il

    est actuellement difficile d’arriver à une coopération active. Je parle ici

    par exemple du domaine de l’action et de la réflexion sociales ou le travail dans le secteur de la responsabilité publique et politique, en matière

    de droits de l’homme...

    APIC:Il s’agit là pourtant de secteurs qui ne représentent pas des enjeux

    théologiques majeurs!

    K.Raiser:Non, mais le Vatican, par le biais de la Secrétairerie d’Etat, a

    développé un style d’action qui est différent de celui du COE. Le Conseil

    travaille d’une façon beaucoup plus ouverte que le Vatican. Nous n’avons

    pas de représentation diplomatique auprès des gouvernements et n’entretrenons pas de relations officielles comme le fait le Saint-Siège. De par sa

    structure juridique, le COE est une organisation non-gouvernementale, tandis que le Vatican, par le biais du Saint-Siège, est reconnu au niveau des

    gouvernements. Pour cette raison, il peut aussi traiter avec des instances

    internationales d’une façon différente du COE.

    L’incompatibilité des structures limite la coopération

    Il y a là incompatibilité des structures, ce qui limite les possibilités

    de coopération. Cela a évidemment des conséquences concrètes, comme dans le

    cas de l’ex-Yougoslavie. Il aurait été hautement souhaitable d’arriver à

    davantage de concertation. A propos de l’avenir de Jérusalem, nous devons

    absolument arriver à une coordination beaucoup plus étroite. Il en est de

    même pour le Timor oriental, où l’Eglise catholique est largement majoritaire. Dans ce cas, une prise de position conjointe aurait permis d’augmenter le poids des Eglises face à la politique du gouvernement indonésien.

    Lors de la Conférence de l’ONU sur la population et le développement en

    septembre 1994 au Caire, le Vatican a poursuivi une diplomatie très publique. Il n’était pas possible que le Vatican et le COE se mettent d’accord

    sur une ligne commune. Le COE n’avait pas arrêté une position officielle,

    parce que la discussion reste ouverte entre les Eglises membres. Etant donné que le COE ne peut pas parler à la place des Eglises, nous avons déçu

    l’attente des médias en refusant d’agir comme contreproids face à la position vaticane. De toute façon, dans le cadre de ces conférences, nous ne

    pouvons qu’agir en tant qu’ONG, de l’extérieur, alors que le représentant

    du Saint-Siège se trouve au coeur des négociations gouvernementales.

    APIC:Pour en revenir au Jubilé, on a tout de même pu constater un certain

    "agacement" du côté du COE...

    K.Raiser:A l’heure actuelle, agacements, suspicions et malentendus sont

    derrière nous. On est entré dans une phase constructive. Le COE a pris en

    juin dernier l’initiative - qui a eu un écho très positif - d’inviter à Genève toutes les familles confessionnelles et grandes Eglises qui avaient

    des projets pour l’an 2000. Les participants se sont rendu compte de la nécessité d’arriver à une coordination beaucoup plus étroite de tous les projets en gestation. Ils ont souhaité la mise sur pied d’un événement panchrétien, une rencontre de haut niveau qui soit vraiment oecuménique, en

    Terre Sainte. De préférence à Jérusalem, sinon à Bethléem ou Nazareth.

    Le COE a été chargé d’explorer avec les Eglises locales - orthodoxes,

    catholiques et protestantes - la possibilité d’organiser un événement à Jérusalem. Ces dernières ont salué le fait qu’on les consulte et qu’on ne décide pas simplement de l’extérieur. Il y a dans la ville sainte des Eglises

    locales très anciennes qu’il faut respecter. Aucun résultat concret et définitif n’a encore été obtenu. Outre les questions politiques et interecclésiales, il faut aussi résoudre des problèmes interreligieux.

    APIC:Face aux gigantesques défis du 21e siècle, les "laïcs de base" ont

    souvent l’impression que les querelles interecclésiales sont des "guerres

    d’appareil" menées pour le contrôle de parcelles de pouvoir... alors que la

    substance des Eglises, dans les pays occidentaux, est en train de s’amenuiser. Les hiérarchies sont là face à une grande responsabilité! Quelles réponses donner aux vertiges millénaristes et aux prédictions apocalyptiques?

    K.Raiser:En ce qui concerne la responsabilité des Eglises, je crois que

    vous avez raison. C’est une fausse approche de mettre tout l’intérêt sur

    l’organisation des grands événements au niveau global. Ce qui se passe à la

    base parmi le peuple chrétien est bien plus décisif. Notre tâche est de

    profiter au maximum de l’occasion de l’an 2000 pour aller au-delà du stade

    actuel des relations entre nous. Pour que nous prenions conscience que nous

    sommes en effet beaucoup plus loin dans le rétablissement de la communion

    entre les Eglises que c’est parfois suggéré au niveau officiel.

    A propos de la progression des sectes qui profitent du vide spirituel

    qui caractérise la société contemporaine, la responsabilité des Eglises,

    surtout des communautés chrétiennes locales, à la base, sera d’abord d’exprimer une espérance pour le nouveau siècle qui approche. Une espérance qui

    se traduit dans la façon de vivre, de faire face aux défis qui nous attendent après l’an 2000.

    Une vision pas assez prospective

    Je suis un peu insatisfait de la façon avec laquelle on a discuté de

    l’an 2000. J’ai ressenti que ce qui dominait, c’était une perspective avant

    tout rétrospective et pas suffisamment prospective. Pour moi, ce Jubilé

    n’est pas seulement la célébration de 2000 ans de christianisme ou de l’anniversaire de l’incarnation. C’est aussi le seuil d’un nouveau millénaire

    qui sera probablement très différent de ce que l’on a connu au 20e siècle,

    un siècle marqué notamment par le mouvement oecuménique qui a commencé tout

    au début. Quel sera le profil et le caractère du mouvement oecuménique?

    Comment les Eglises entendent-elles répondre aux changements culturels, sociaux, politiques qui sont déjà en gestation?

    Ce sont de telles questions qui nous sont adressées. J’ai l’impression

    qu’on y répond avec des recettes d’une autre génération, des recettes purement défensives. On veut maintenir autant que faire se peut les structures

    classiques, les normes qui sont l’héritage de la tradition chrétienne. Mais

    il faut tenir compte de la révolution des valeurs et des normes morales.

    Relever le défi du "New Age"

    Les gens ont de grandes attentes à l’adresse des Eglises afin qu’elles

    aident à reconstruire le sens d’une moralité et d’une éthique commune, collective. Je pense que l’initiative du théologien Hans Küng et de ses amis

    d’identifier les éléments d’une éthique globale va dans la bonne direction.

    Les risques du "New Age" inhérents à une telle démarche? Ils existent bien

    plus si l’on refuse de reconnaître les questions et les défis auxquels ce

    mouvement tente de répondre. Les réponses de l’Eglise, à la base de notre

    foi chrétienne, seront certainement différentes du "New Age".

    Quant au besoin de chaleur, de contacts, de communauté fraternelle - des

    éléments qui manquent souvent dans nos Eglises et que certains retrouvent

    dans les nouveaux mouvements religieux et sectes - nous devons en tenir

    compte. On doit reconnaître que les gens ont toujours davantage besoin de

    de diversité et de pluralité en matière de spiritualité. Certains ont besoin d’une spiritualité beaucoup plus chaleureuse, qui touche les émotions,

    la corporalité de notre existence. Le pentecôtisme est l’une de ces réponses; la croissance de ces communautés est une indication que ce type d’approche est une nécessité profonde, notamment en Amérique latine.

    Le temps d’une hégémonie spirituelle et ecclésiale est terminé

    Mais on rencontre aussi le besoin d’une spiritualité beaucoup plus

    stricte, d’une discipline spirituelle, formée dans la tradition orthodoxe

    ou catholique, dans la tradition monastique. Je crois cependant que subsistera une spiritualité spécifiquement protestante qui ne refuse pas de

    poursuivre l’héritage des Lumières et de considérer la réflexion critique

    comme un élément du témoignage responsable dans notre monde d’aujourd’hui.

    Je suis pour le pluralisme, car je pense que le temps d’une hégémonie spirituelle, théologique et ecclésiale est passé. (apic/be)

    Encadré

    La rencontre au Sinaï, une chimère?

    Le pasteur Konrad Raiser relève que Jean Paul II a rêvé d’une rencontre interreligieuse au Sinaï. Mais depuis son lancement, cette idée est l’un des

    aspects de la préparation du Jubilé qui a été le moins développé. "Je crois

    que le pape et ses représentants se sont rendu compte que pour réaliser un

    événement de cette envergure, il faut au moins deux autres partenaires. Or

    le judaïsme et l’islam, les deux autres religions abrahamiques, se trouvent

    en ce moment dans une situation très difficile".

    D’autre part, il n’est pas évident pour les partenaires musulmans et

    juifs de concélébrer l’an 2000 avec les chrétiens. Ce jubilé - qui se concentre sur la personne du Christ - n’a pas pour eux la même signification

    que pour les chrétiens, souligne le secrétaire général du COE: il pose problème tant aux juifs qu’aux musulmans. (apic/be)

    Encadré

    Pour une autre conception de la papauté

    Ceux qui ont considéré que l’unité de l’Eglise devait conduire à l’établissement d’une seule forme de spiritualité, de théologie et de structure ecclésiale, sont actuellement dans de grandes difficultés, estime le pasteur

    Konrad Raiser.

    "Ainsi la papauté dans la forme qu’elle a prise au cours des siècles notamment après le Concile Vatican I - représente une conception de l’unité

    de l’Eglise centralisatrice et uniformisée qui, je crois, ne sera jamais

    reçue d’une façon oecuménique, que ce soit par les Eglises issues de la Réforme ou par les Eglises orthodoxes".

    "La question est de savoir si la conception de la papauté peut être

    transformée de façon suffisante pour en faire l’expression d’un ministère

    de l’unité au niveau international qui puisse être reconnu et reçu par les

    autres Eglises, dans un sens qui reprenne la tradition de l’ancienne Eglise

    pendant le 1er millénaire". (apic/be)

    Encadré

    Pasteur de l’EKD, l’Eglise évangélique (luthérienne) d’Allemagne, Konrad

    Raiser est né en Allemagne en 1938. Marié, père de quatre enfants, il est

    docteur en théologie de l’Université de Tübingen, après des études de théologie dans diverses Universités allemandes, ainsi qu’à Zurich. Il a également étudié la sociologie et la psychologie à Harvard, aux Etats-Unis. Dans

    les années 60, Konrad Raiser a exercé des activités pastorales de terrain,

    notamment comme aumônier d’industrie à Berlin et Stuttgart. Dans les années

    70, il est appelé au COE où il est durant 4 ans secrétaire de la Commission

    "Foi et Constitution". Il est depuis janvier 1993 secrétaire général du

    COE. Son premier mandat de 5 ans se termine fin 1997, mais il a déjà été

    confirmé pour un nouveau mandat qui expirera fin 2002. (apic/be)

    Note aux rédactions

    Le prochain invité de notre série spéciale "Jubilé de l’an 2000" est le Père Georges Cottier, théologien de la Maison pontificale et membre désigné

    par Jean Paul II du Comité central pour le Jubilé.

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus