Kigali: le pape exhorte les jeunes Rwandais (090990)
Un fléau aux proportions gigantesques
Kigali, 9septembre(APIC) Le pape Jean Paul II, rencontrant samedi soir
les jeunes Rwandais dans le stade d’Amahoro (Paix) de Kigali, leur a demandé de témoigner leur sympathie et leur solidarité avec "vos frères et à vos
soeurs atteints par le sida et aux séropositifs qui connaissent l’angoisse". Dénonçant "les conduites qui dénaturent le sens même de la sexualité
et multiplient les risques de l’épidémie", Jean Paul II a rappelé aux jeunes "que l’amour humain se vit dans le mariage".
Au cours de cette rencontre d’une grande importance - près des 2/3 de la
population du pays a moins de 25 ans et le sida fait des ravages parmi la
jeunesse rwandaise - le pape a prononcé un discours préparé sur la base des
questions posées par les jeunes, avec un thème dominant, celui du sida.
L’occasion pour chacun de s’interroger sur ses comportements sexuels
"L’épidémie actuelle, a lancé le pape, est aussi l’occasion pour chacun
de s’interroger sur ses comportements sexuels... La fidélité et la chasteté
qui caractérisent le mariage chrétien (...) vont à l’encontre du libertinage sexuel qui, lui, augmente le danger de la contagion du sida. Dieu, a
conclu le pape, veut que l’homme soit sain. Il ne l’a pas créé pour donner
la mort, mais pour transmettre la vie. Il faut que nous soyons résolus à
préparer des générations saines".
Le pape a exprimé son espoir que les recherches en biologie et en médecine aboutiront bientôt à la découverte d’un remède efficace contre ce mal
qu’est le sida. Jean Paul II a encore, au cours de cette rencontre avec les
jeunes, dénoncé le racisme sous toutes ses formes, qui va à l’encontre du
message du Christ, et mis en garde contre les sectes qui souvent ne respectent pas la liberté de conscience des individus.
Le sida à Kigali : un dominicain fribourgeois témoigne
Si les jeunes Rwandais sont tant préoccupés par le sida, c’est que la
situation dans la capitale est alarmante : "Sur une population d’environ
400’000 habitants, Kigali compte 30 % de séropositifs; la ville abritera
d’ici quelques années 100’000 à 150’000 orphelins", déclarait récemment à
l’agence APIC le Père René Aebischer, un jeune dominicain fribourgeois qui
travaille depuis deux ans au Bureau Social Urbain (BSU) de Kigali, notamment avec les enfants de la rue. Le sida, souligne-t-il, est un fléau particulièrement répandu parmi les jeunes entre 18 et 35 ans et les programmes
mis en place pour l’enrayer sont largement insuffisants.
C’est d’abord au niveau de la sensibilisation que le travail le plus important reste à faire, estime le Père Aebischer. "Il faut avant tout familiariser la population avec les méthodes de protection. Mais cela réclame
une planification familiale mieux coordonnée, qui manque encore dans le
pays". Le Dominicain fribourgeois estime que face à ce fléau, l’Eglise
hiérarchique n’est pas assez réaliste: "De belles paroles incitant à l’amour du prochain et à la fidélité conjugale", ce n’est pas suffisant, affirme-t-il.
La peur des bien-portants
Le sida a des conséquences sociales importantes au Rwanda: l’accueil des
enfants nés de parents atteints charge de nombreuses familles déjà pauvres.
Des insuffisances se manifestent à tous les niveaux: l’accompagnement médical est rendu précaire par la difficulté de se procurer les médicaments de
base pour soigner les maladies secondaires; l’accompagnement social est
freiné par la peur des bien-portants: "Il faudrait sensibiliser la population à ne pas marginaliser les malades. Le sida est considéré comme une maladie honteuse, fortement contagieuse: les gens ont peur d’entrer en contact avec les malades". "De plus, en Afrique, de nombreuses personnes contaminées vivent avec l’idée de se venger en transmettant le virus à d’autres, d’où l’importance d’un accompagnement psychique. Ce qu’il faut, c’est
changer la mentalité, conclut-il,... et le comportement sexuel des gens!".
En matinée, le pape avait ordonné 32 nouveaux prêtres (28 Rwandais et 4
Zaïrois) au cours d’une messe qu’il a présidée sur l’esplanade de Mbare, à
Kabgayi, sur le thème "La vie sacerdotale, religieuse et des laïcs consacrés à Dieu". Il a exhorté les participants à combattre énergiquement toute
ségrégation basée sur les groupes sociaux et d’être, coûte que coûte, des
artisans de réconciliation et de paix. L’après-midi, après avoir visité la
cathédrale de Kabgayi, où il a entre autres remis une "Coupe Jean Paul II"
à l’équipe qui a remporté un tournoi de football organisé au plan diocésain, le pape a regagné la capitale pour une rencontre avec les fonctionnaires de l’Etat. Il a salué à cette occasion les bonnes relations existant
dans le pays entre l’Etat et l’Eglise, une Eglise qui est jeune et qui a su
réaliser "une inculturation spontanée". Il s’est aussi réjoui de voir le
Rwanda - qui comme le Burundi voisin, n’a pas été épargné par les conflits
ethniques - connaître "depuis un certain temps la paix civile". (apic/jtcic/be)