Trois cardinaux venus d’Asie (Felipe Neri Ferrāo), d’Afrique (Fridolin Ambongo) et d’Amérique du Sud (Jaime Spengler) ont présenté au pape Léon XIV un «appel à la justice climatique» le 1er juillet 2025. À moins de cinq mois de la COP30 au Brésil, ils dénoncent l’attitude des pays riches, leur politique «extractiviste» et les mensonges de «l’économie verte».
Dix ans après l’encyclique Laudato si’ du pape François prônant une écologie intégrale, c’est un «cri» inédit que sont venus pousser à Rome trois cardinaux représentant les conférences épiscopales d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes. À l’approche de la COP30 qui se déroulera à Belém du 10 au 21 novembre, les cardinaux Ambongo, Ferrāo et Spengler ont été reçus par le pape Léon XIV dans la matinée. Ils lui ont remis un document programmatique de 34 pages plaidant pour une conversion écologique et appelant à abandonner la logique «extractiviste». Ils lui ont aussi «suggéré» de venir à la COP30 pour se faire la voix des victimes du changement climatique.
«De cette rencontre, j’ai la conviction que le pape Léon XIV va continuer sur la même lancée que le pape François», a confié le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa et président du SECAM – qui regroupe les conférences épiscopales d’Afrique.
Une «transition énergétique» au dépend des pauvres
Comme ses deux confrères cardinaux, le prélat congolais n’a pas mâché ses mots lors d’une conférence de presse pour condamner l’attitude des pays développés face au réchauffement climatique. «L’Afrique n’est pas un continent pauvre, c’est un continent pillé, saccagé, vandalisé», a-t-il tonné, soulignant que son continent était celui «qui pollue le moins mais qui paye le prix le plus fort».
Le cardinal Ambongo a accusé la «transition énergétique» de pousser toujours plus loin la recherche des «minerais stratégiques de lithium, de cobalt ou de nickel». Cet «extractivisme» anéantit des communautés entières et favorise en Afrique la «prolifération de groupes armés», a-t-il dénoncé, alors que l’Est de la République démocratique du Congo est gangrené par les milices impliquées dans l’exploitation des minerais.
La dette écologique des plus riches
Même tonalité du côté du cardinal Felipe Neri Ferrāo, archevêque de Goa et président de la Fédération des conférences épiscopales d’Asie. «Les pays riches doivent reconnaître et payer leur dette écologique, sans continuer d’endetter le Sud global», a-t-il martelé. Rapportant que des millions d’Asiatiques subissent déjà les effets du changement climatique – «typhons, migrations forcées, disparition d’îles, pollution des rivières»-, le cardinal indien a fustigé les «fausses solutions» avancées pour résoudre la crise climatique, comme l’exploitation minière au nom des «batteries ‘vertes’».
«Nous dénonçons le camouflage d’intérêts sous des appellations telles que ‘capitalisme vert’ ou ‘économie de transition’ qui perpétuent des logiques extractivistes et technocratiques», a abondé le cardinal Jaime Spengler, président du Conseil épiscopal latino-américain. «Nous rejetons la financiarisation de la nature, les marchés du carbone […], l’ouverture récente de nouveaux puits de pétrole – encore plus grave en Amazonie», a-t-il ajouté.
Le manifeste des évêques du Sud global appelle à la promotion de la «décroissance» et réclame une sortie progressive des énergies fossiles, «en taxant correctement ceux qui en ont profité». Sur cette question de la décroissance, le cardinal Spengler a reconnu ne pas être économiste. «Mais je pense que si le monde n’est pas capable de renoncer, nous ne pourrons pas avancer. C’est l’heure de la conversion. Et il y a un prix à payer», a-t-il prévenu.
Un nouvel observatoire ecclésial de la justice climatique
Parmi les engagements pris par les évêques du Sud se trouve la création d’un «observatoire ecclésial de la justice climatique». Mis au point par la conférence ecclésiale d’Amazonie, il doit suivre les engagements des COP et leur application pour le Sud global. Comme autre engagement «urgent», les évêques souhaitent une politique «zéro déforestation dans tous les biomes d’ici 2030». Ils s’engagent en outre à mettre en œuvre des programmes éducatifs en matière de promotion de l’écologie. (cath.ch/imedia/hl/lb)
Concile de Nicée ou/et COP30 pour le pape?
Le gouvernement brésilien a officiellement invité le pape Léon XIV à se rendre au Brésil en novembre prochain pour le sommet des Nations unies sur le climat (COP30), à Belém, dans l’État du Pará, en Amazonie. La perspective d’un tel voyage est peu assurée, le pape étant invité à se rendre en Turquie le même mois pour pour la célébration des 1700 ans du Concile de Nicée.
Quatre jours après son élection, Léon XIV avait en effet confié aux journalistes ayant couvert le conclave qu’il comptait bien se rendre à Nicée. Le métropolite Emmanuel de Chalcédoine – représentant du patriarche Bartholomée de Constantinople – a laissé entendre d'ailleurs le 28 juin 2025 que ce voyage était en programmation.
Mais le même jour, la présence possible du pape à la COP30 a été évoquée par le cardinal serbe Ladislav Nemet, vice-président du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE). Reçu par le pape, il a proposé à Léon XIV de se rendre au Brésil pour la COP «au moins pour deux jours». «Nous y travaillons», aurait répondu le pontife.
Si ce projet venait à se concrétiser, il s’agirait de la première participation d’un pape à une COP. Le pape François aurait dû se rendre à la COP28 en décembre 2023 à Dubaï, mais son déplacement avait été annulé à la dernière minute pour raison de santé. AK/LB