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    Jura: l’oecuménisme au quotidien (200192)

    Delémont, 20 janvier(APIC/Michèle Fringeli) A l’occasion de la semaine de

    prière pour l’unité des chrétiens, le Service d’information catholique du

    Jura a demandé à Bernard Miserez, prêtre à Porrentruy et à Jean Wimmer,

    pasteur à Corgémont, dans le Jura méridional, de parler de l’oecuménisme

    dans leur paroisse.

    SIC : Vos paroisses font-elles preuve de dynamisme oecuménique?

    Bernard Miserez: A Porrentruy, l’oecuménisme se manifeste surtout dans le

    domaine de la diaconie. Le groupe d’accompagnement des personnes en fin de

    vie est par exemple soutenu par les paroisses catholique et protestante.

    L’unité se réalise au coude à coude, au service du plus pauvre et c’est

    heureux. Autres ferments d’unité, les foyers mixtes accompagnés par un prêtre et un pasteur. Quant aux mariages mixtes, ils réunissent parfois les

    deux Eglises dans une même célébration liturgique. Nous partageons les célébrations oecuméniques de la semaine de l’unité, la Journée mondiale de

    prière, ainsi que les soupes de carême.

    De leur côté les autorités bruntrutaines associent le prêtre et le pasteur aux inaugurations de bâtiments. Elles leur donnent également l’occasion de faire partie d’instances politiques ou administratives comme la

    commission sociale par exemple.

    Jean Wimmer: On peut dire que l’oecuménisme marche bien dans le Bas-Vallon

    et à Corgémont. Un certain nombre de manifestations communes s’échelonnent

    sur toute l’année. Quatre célébrations rassemblent les protestants francophones et alémaniques, les catholiques et une communauté libre. Soupes de

    carême, apéritifs et pique-niques offrent d’autres rendez-vous plus sporadiques. Les paroisses protestante et catholique ont été à la base du groupe

    d’accueil des demandeurs d’asile qui fonctionne maintenant seul. Un groupe

    de prière se réunit chaque semaine dans un lieu de culte différent. Il est

    né pour venir en aide à un jeune malade. La solidarité spontanée ça existe.

    L’oecuménisme se travaille dans la pâte humaine. C’est là qu’il prend vraiment corps.

    SIC: Quels sont les domaines de l’oecuménisme qui posent problème?

    B.M. : La pierre d’achoppement de mon ministère, ce sont les questions

    théologiques. Et il ne m’appartient pas de les changer. Pourtant elles font

    obstacle à l’accueil de l’autre dans ses particularités propres. Elles

    font obstacle parce que pour rejoindre les autres dans leur vie d’Eglise,

    il faut pouvoir quitter ses certitudes. Il faut que notre identité cesse

    d’être absolue. Et il faut que nous trouvions une source commune à laquelle

    nous relier.

    J.W. : Pendant vingt ans, j’ai été l’aumônier de la fraternité chrétienne

    des malades et handicapés du Jura. En cela j’ai fonctionné de manière oecuménique: Cette expérience m’amène à penser au sacerdoce universel des chrétiens. Pour y tendre je verrais un tronc commun à toutes les Eglises chrétiennes, un principe unificateur: le Christ crucifié. Quant aux diversités,

    aux différences, elles doivent subsister. Elles empêcheront l’unité totalitaire et la tentation pour une Eglise de détenir la vérité. Et elles seront

    constitutives d’interrogations, de remises en question.

    SIC: Quels sont les pas à franchir pour que l’unité des chrétiens devienne réalité?

    B. M.: Pour ma part, j’aimerais risquer l’accueil de l’autre. J’aimerais

    faire connaître son histoire pour qu’elle devienne une richesse à apprécier, à aimer. Ceci à la fois avec rigueur intellectuelle et souplesse.

    Pourquoi ne pas considérer l’appel du Christ comme un appel à à la diversité? Pourquoi ne pas croire comme des rebelles que le Christ veut

    l’unité des chrétiens? Croire à cette unité implique une liberté dans la

    foi, dans l’amour. Cela implique aussi de sortir des limites institutionnelles pour porter sur l’autre le regard que Dieu nous prête. Et faire

    prendre conscience à chaque chrétien que l’unité est son oeuvre.

    J.W. : Si en tant que chrétien, le peuple est roi et prophète, alors il

    faut qu’il exerce son ministère. Reste du côté catholique, le problème du

    magistère (N.d.l.r. autorité doctrinale qui s’impose de façon absolue) réduit à un seul homme, le pape, et le pouvoir temporel. Chez les protestants, les données sont inversées. C’est l’absence de magistère qui conduit

    à l’émiettement et à la prise individuelle du pouvoir. Un retour à l’humilité de la part de nos Eglises serait le bienvenu. Et avec lui une reconnaissance de la vérité et de l’amour. Dans un langage simple, qui sache mobiliser chaque chrétien derrière la bannière commune du Christ crucifié.

    (apic/mf/mp/pr)

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