Jura: groupes formés par Caritas pour accompagner les mourants (040690)
Delémont, 4juin(APIC/Michèle Fringeli) Comment vivre un deuil? Comment
accompagner un mourant? Comment venir en aide aux endeuillés? Ces trois
questions, chacun se les pose un jour. Mais personne n’est véritablement
préparé à trouver les solutions les meilleures. Personne? Dans le Jura, ça
n’est plus le cas. En effet, mercredi à Delémont, quelque 150 participants
ont vécu une journée de formation à l’accompagnement des mourants organisée
par Caritas-Jura.
Cette journée était pour une volée de 75 personnes la dernière d’une
formation de base de deux ans. Formation soit personnelle soit destinée à
des personnes qui désirent entrer dans un groupe de bénévoles chargés c’accompagner les personnes en fin de vie. De tels groupes existent en Suisse
romande. Dans le Jura, ils viennent de se constituer. Le premier groupe l’a
été à Porrentruy il y a huit mois. Delémont a suivi en février 1990, et Les
Franches-Montagnes en mars. Caritas annonce en outre la création d’un groupe similaire dans la partie sud du Jura en automne prochain.
L’enseignement suivi dans le Jura porte sur les besoins du mourant: les
soins physiques, psychologiques, sociaux, énergétiques et spirituels. Ces
derniers sont abordés par des spécialistes tant du monde médical que des
mondes psycho-sociologique ou religieux. La démarche adoptée est celle de
Rosette Poletti, notamment connue pour son enseignement des soins palliatifs, son aide aux cancéreux et 15 ans de pratique dans l’accompagnement
des mourants. Directrice adjointe de l’Ecole supérieure d’enseignement infirmier de la Croix-Rouge à Lausanne et chargée de cours à l’Université de
Genève, Mme Poletti a présenté mercredi à Delémont les différents aspects
de la séparation, de la perte et du deuil.
Se préserver des effets négatifs
"La souffrance du deuil provoque des maladies psycho-somatiques". Comment dès lors s’en préserver? Rosette Poletti donne à cet effet quelques
conseils qui, pour elle, sont des nécessités. Il faut, dit-elle, "reconnaître la perte d’un être, se laisser aller à la douleur, se redire qu’on
n’est pas seul et s’accepter avec ses hauts et ses bas. L’important est encore de se donner le temps de guérir. Pour cela, on peut se fabriquer un
horaire, rechercher et accepter le support et le réconfort des autres,
s’entourer de choses vivantes (plantes, animaux), organiser ses week-ends
et fêtes". Mme Poletti suggère en outre de remettre à plus tard les grandes
décisions. Ce temps de deuil peut aussi servir à réaffirmer ses convictions
philosophiques ou religieuses.
Pour aborder une personne, une famille en deuil ou pour comprendre ses
propres réactions, il est indispensable de connaître les étapes qui se succèdent dans le processus du deuil. Rosette Poletti les présente dans un ordre qu’elle dit être permutable. La première phase passe par le déni émotionnel. Lui succède immédiatement un temps de protestation, une colère qui
doit sortir et qui précède la tristesse et le chagrin. Que faire alors?
"Etre présent, écouter, apporter une aide pratique, porter un regard bienveillant". Si Rosette Poletti fait une liste des bonnes attitudes à avoir,
c’est qu’elle a fait une enquête en Suisse romande sur le processus du deuil. Une enquête qui sera la base de son prochain livre.
Passé le stade de la tristesse et du chagrin, la personne en deuil accepte intellectuellement la mort de l’autre. Quand le pardon s’est installé
au moment où le ressentiment a disparu, alors seulement on peut parler
d’acceptation globale. Dès lors, une résurrection peut s’opérer, enrichie
de cette expérience - si douloureuse soit-elle - mais promise à de nouveaux
attachements.
Quand demander de l’aide?
A quel moment commence l’accompagnement? "C’est important d’accompagner
les gens avant qu’ils soient mourants. Pour ses proches en fin de vie,
chaque visite sera faite comme si elle était la dernière. Tout doit être
dit. "S’il faut faire appel à une tierce personne pour se libérer un peu,
pour soulager les veilles auprès des mourants, on pensera dès lors aux
groupes que Caritas a mis sur pied en Suisse romande notamment. Ces groupes
répondent à l’appel des familles, des médecins, des prêtres, des aides
familiales, des assistants sociaux ou des personnes elles-mêmes qui ont
besoin d’un accompagnement pour mourir. (apic/mf/pr)