Les Tziganes, ces mal aimés, sur la route d’un avenir incertain
Berne, 30 janvier(APIC) "Vivre et laisser vivre", c’est la devise des gens
du voyage, les Tziganes. Leur histoire millénaire montre que ce principe de
tolérance ne leur a guère été appliqué. Les Roms ou Tziganes sont présents
dans tous les pays européens. Mais c’est en Europe centrale et orientale
qu’ils sont les plus nombreux. On estime cette population à 4 millions de
personnes, dont 2 millions en Roumanie. La quatrième journée "Europe de
l’Est", organisée samedi 25 janvier à Berne par la Fédération des Eglises
protestantes de la Suisse (FEPS), l’Entraide protestante suisse (EPER) et
l’Institut G2W, était consacrée à la question tzigane.
Des représentants venus de Roumanie et de Hongrie ont apporté des témoignages sur la situation de ces minorités qui, dans le contexte actuel
économique et nationaliste, font figure de boucs-émissaires.
De tous temps, les Tziganes, Roms, Sintis, Manouches, Jenisches ou Gypsies ont provoqué chez les "sédentaires" des sentiments de haine et de rejet. L’explication psychologique résiderait dans la nostalie refoulée chez
les "Gadgis" (les non-Tziganes) d’une existence nomade, sans contraintes.
Auteur d’un ouvrage sur les gens du voyage en Suisse, l’historien zurichois
Thomas Huonker a retracé dans les grandes lignes l’histoire des populations
nomades d’Europe. Une histoire faite d’une succession de persécutions, de
tentatives de sédentarisation forcée, d’asservissements, de massacres. Sous
le nazisme, 600’000 "Tziganes et bâtards de Tziganes" - selon la terminologie de l’époque - ont été exterminés.
Carton rouge pour Pro Juventute
En Suisse, l’Oeuvre en faveur des gens du voyage, créée par la Fondation
Pro Juventute, a permis en toute légalité jusqu’en 1972 d’arracher des enfants à leurs familles dans le but de les sédentariser. Mariella Mehr,
journaliste et écrivain d’origine jenische, présente à cette journée, a
rappelé par des poèmes la douleur et les souffrances endurées pendant près
d’un demi-siècle par sa communauté.
Dès l’après-guerre, les régimes communistes d’Europe de l’Est ont fait
certaines concessions au mode de vie et à la culture des Tziganes, incompatibles avec le système bureaucratique mis en place. Reconnus victimes des
crimes nazis, les Roms d’Europe de l’Est ont parfois obtenu réparation.
D’un Etat à l’autre, le traitement à l’égard des nomades a cependant varié. Mais généralement, les régimes socialistes imposaient leurs contraintes: interdiction de voyager (comme pour les autres citoyens) et sédentarisation forcée. Dans ces sociétés prônant l’égalitarisme, les vieux préjugés
contre les gens du voyage - paresseux, voleurs, criminels - sont restés tenaces. "Les Roms se trouvaient, dans le socialisme d’Etat aussi, sur la
marche la plus basse de l’échelle sociale", remarque Thomas Huonker.
Avec un taux de natalité plus élevé que parmi la population sédentaire,
les gens du voyage subissent aujourd’hui de plein fouet la crise économique
et sociale qui sévit dans les pays de l’ancien bloc communiste. Le réveil
des nationalismes et les idéologies fondées sur le racisme et la xénophobie
apportent des réponses simplificatrices. S’il faut des boucs-émissaires,
les Tziganes sont tout désignés!
Les pogroms de Roumanie
En Roumanie, au cours des deux dernières années, 18 cas de conflits inter-ethniques entre Roms et population roumaine ont été dénombrés, 6 personnes ont été tuées, 240 maisons incendiées et plus de 1’000 familles ont
dû quitter leur maison et leur village. Ces précisions ont été apportées
par Mme Smeranda Enache, une Roumaine membre de la Fédération d’Helsinki et
co-fondatrice de la Ligue Pro-Europa. Aucune de ces agressions n’a donné
lieu à des condamnations. Pour désigner ces "vendettas" dirigées contre la
minorité rom, le mot "pogrom" est prononcé.
Afin de limiter l’exode massif de familles roms vers l’Ouest et notamment l’Allemagne, les pays européens ont pris des mesures. C’est le cas de
la Suisse qui a placé la Roumanie sur la liste des pays "sûrs" (safe countries). Les demandeurs d’asile en provenance de Roumanie et plus particulièrement lorsqu’ils se déclarent Roms, ont peu de chances de voir leur demande acceptée.
De tous les pays de l’Est, la Roumanie est celui qui a la plus grande
proportion de Tziganes. Estimée à plus de 2 millions (plus de 10% des habitants du pays), la population rom est la plus importante minorité de Roumanie. Lors du recensement de 1980, sous Ceaucescou, on en dénombrait
230’000. Les Tziganes de Roumanie parlent rom, hongrois ou roumain. Ils appartiennent aux Eglises catholique, protestante, évangélique ou orthodoxe.
Pasteur pentecôtiste à Tirgu Mures, président de l’Union des Roms de son
département, Rudolf Mosca place ses espoirs dans l’organisation politique
de sa communauté. Pour la première fois, lors des élections locales de
février prochain, les Roms présenteront leur propre liste. Les Roms ont
également un représentant au Parlement roumain.
Un problème de pauvreté en Hongrie
En Hongrie, le problème tzigane est avant tout un problème de pauvreté,
estime pour sa part le pasteur Antal Hadhazy. De cette situation de précarité découlent d’autres problèmes: ceux de la formation (1 à 2% des Tziganes ont acquis une formation professionnelle), du chômage, de la santé
(dans les institutions pour handicapés, la majorité est tzigane). La criminalité est donc "forcément" plus élevée chez les Tziganes, souligne le pasteur Hadhazy. Ce dernier relève en outre les divisions entre les groupes
ethniques (Tziganes hongrois, Roms, Tziganes roumains et Sinti). "Il existe
71 organisations politiques, qui ont 71 représentants, 71 bureaux et quelques membres chacune".
70% des Tziganes de Hongrie sont catholiques romains, 10% grecs catholiques et 20% réformés. Mais en dépit des chiffres, les Eglises n’ont que
très peu de contact avec la population tzigane. "Les paroissiens et les
pasteurs ont des préjugés à l’égard des Tziganes. Les pasteurs, déplore Antal Hadhazy, dont les paroissiens sont exclusivement des Tziganes, ne sont
pas préparés à un ministère auprès de ces communautés". (apic/spp/pr)