Jeûne genevois (300890)
Genève, 30août(APIC) Le canton de Genève célébrera le Jeûne genevois par
un jour férié jeudi 6 septembre et travaillera le lundi du Jeûne fédéral.
Un culte sera organisé le 6 septembre en fin de journée à la cathédrale
Saint-Pierre. Mais pourquoi les Genevois se distinguent-ils des autres cantons? Un retour à l’histoire s’impose.
Le premier jeûne connu à Genève après la Réforme n’est pas celui qui
suivit la Saint-Barthélémy, en 1572, mais celui de 1567, après des persécutions à Lyon. D’autres suivirent, décidés par le Magistrat, à la demande de
la Compagnie des pasteurs pour des raisons ponctuelles, propres à Genève
ou plus générales.
C’est en 1621 que Genève se joint pour la première fois au jeûne des autres cantons "évangéliques", mais cette manière de faire n’entre dans les
habitudes qu’en 1640. Dès lors, des jeûnes en commun et des jeûnes spécifiques à Genève allaient être décrétés plus ou moins régulièrement. Au cours
du XVIIIe siècle, l’habitude se prit de fixer le jeûne des cantons évangéliques au début septembre. Dans le même temps, le jeûne était entré dans la
routine et n’était plus célébré avec la même ferveur.
L’occupation de Genève par la France entre 1798 et 1814 donna au Jeûne
une connotation proprement genevoise. Le culte du Jeûne n’était plus organisé par les autorités politiques, mais par les autorités religieuses. Devenu l’occasion de manifester un esprit de résistance, tant nationaliste
que religieuse, il symbolisa pour longtemps l’expression d’une identité
spécifiquement genevoise.
Le Jeûne fédéral, rassemblant les cantons catholiques et protestants,
fut institué, lui, en 1831 par la Diète fédérale. Cette année-là, il n’y eu
aucune difficulté à le célébrer à Genève; il était fixé au jour habituel
pour le jeûne des cantons protestants. L’année suivante, la Diète le fixa définitivement - au 3e dimanche de septembre, rompant avec la tradition
protestante.
La révolution radicale
La réaction genevoise, lente à se dessiner, n’en fut pas moins vive,
alimentée autant par des considérations politiques que religieuses. Le mardi 5 septembre 1837, un culte - pourtant déclaré illégal - fut improvisé à
Saint-Gervais, puis à Saint-Pierre dans l’après-midi. Les années suivantes,
le gouvernement dut tolérer des cultes le premier jeudi de septembre. Finalement, ce jour fut déclaré férié en 1844. La révolution radicale de 1846
allait cependant lui porter un coup presque fatal. Il tomba en désuétude,
les radicaux lui préférant le Jeûne Fédéral. En 1859, on parla de le supprimer purement et simplement. Il fut rayé de la liste des jours fériés en
1869, mais les cultes furent maintenus.
Ce n’est qu’en 1966 que, sur proposition - ironie de l’histoire - d’un
député radical, qu’il redevint férié. Lors de la révision de la loi sur les
jours fériés, les députés genevois préférèrent alors le lundi de Pentecôte
et le Jeûne genevois au 1er mai et au 1er août. Les cultes étaient célébrés
à l’époque au temple de Saint-Gervais et dans plusieurs paroisses.
En 1988 fut relancé un culte à la cathédrale de Saint-Pierre, dans
l’esprit des célébrations du 450e anniversaire de la Réforme, en mai 1986.
Ce culte a lieu depuis lors chaque année, rassemblant des chrétiens de toutes les Eglises du canton proches de la Réforme (évangéliques, luthériens,
anglicans, réformés de différentes langues). (apic/spp/pr)