Jeûne fédéral 1991: grand rassemblement oecuménique à Sarnen (150991)
Sarnen, 15septembre(APIC) Le service oecuménique et l’Assemblée du Jeûne
fédéral sur le thème "Relations entre l’Eglise et l’Etat", qui se sont déroulés à Sarnen, ont pris dimanche une signification qui dépasse le cadre
du 700e anniversaire de la Confédération. Pour les Confédérés présents, ce
Jeûne fédéral est devenu un "jour de remerciement, de repentance et de
prière" qui pourrait se célébrer à nouveau dans le futur. Environ 1800 personnes, parmi lesquelles des représentants des Eglises chrétiennes, d’autres confessions (juives et musulmanes) et de l’Etat, ont réaffirmé sur la
prairie du Landenberg leur alliance avec Dieu lors d’une liturgie préparée
spécialement à cette occasion. Trois Conseillers fédéraux ont pris part aux
cérémonies: Otto Stich, Jean-Pacal Delamuraz et Arnold Koller.
Dans l’après-midi, l’Assemblée du Jeûne fédéral, tenue sur la place du
village de Sarnen, a mis un terme aux cérémonies préparées dans le cadre de
ce 700e. Durant cette Assemblée du Jeûne fédéral, organisée comme podium,
plusieurs problèmes actuels que connaît la Suisse ont été évoqués. Parmi
ceux-ci, notamment, la politique d’asile et la nouvelle pauvreté en Suisse.
Tôt dimanche matin, quatre différents services confessionnels se sont
déroulés dans les églises de Sarnen en guise de préparation au grand service oecuménique du Jeûne fédéral. Dans une ambiance à la fois de fête et de
méditation, des femmes et des hommes ont commencé une procession en forme
d’étoile sur la place du village, où des centaines de fidèles du canton
d’Obwald, surtout, les attendaient. Tandis que les cloches sonnaient à toute volée, la foule s’est dirigée en procession derrière une grande croix en
direction de la prairie du Landenberg pour célébrer le service oecuménique.
Point spirituel culminant des festivités du 700e, ce service oecuménique,
avec l’Assemblée du Jeûne fédéral de l’après-midi, clôturait la fête de la
Confédération.
Toutes les Eglises chrétiennes présentes
Le service oecuménique a été lancé par Otto Stich, Conseiller fédéral,
qui a adressé des paroles de bienvenue à la grande Assemblée. Mgr Pierre
Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg et président de la Communauté
de travail des Eglises chrétiennes de Suisse CTEC), a ensuite commencé la
liturgie célébrée dans les quatre langues nationales. Une liturgie qui a
rendu possible, pour la première fois dans une même assemblée, la prière et
l’intercession des chrétiens de toutes les confessions de la Suisse. La même liturgie oecuménique a d’ailleurs été reprise, ce même dimanche du Jeûne
fédéral, dans beaucoup de communes et cantons suisses, en écho et en union
à la célébration du Landenberg.
Reconnaissance, repentir et louange
Les parties liturgiques dédiées à "l’action de grâce", à "la repentance"
et à la "prière" ont été accompagnées de diverses actions. Point central du
service oecuménique: le renforcement de l’Alliance de Dieu scellée avec
tous les hommes. Des femmes et des hommes, suisses et étrangers, ont ensuite apporté des dons sur une grande table. Ce geste ne voulait pas seulement
symboliser la communion de vie qui existe déjà entre les gens d’un même
pays, mais aussi le but futur de la réunion des chrétiens: communier ensemble à la table du Christ Seigneur.
Dans le volet consacré à la "repentance", Suisses et Etrangers se sont
alors séparés en deux groupes, comme pour évoquer les séparations, passées
et actuelles, les déchirures entre nations et groupes ethniques différents.
Au moment de la prière d’intercession, des enfants sont allés chercher
les Suisses et étrangers pour les conduire autour de la table afin de symboliser une possible vie commune et harmonieuse.
Une référence biblique
La base biblique de toute la célébration oecuménique construite autour
du thème du renforcement de l’alliance avec Dieu a été trouvée dans un texte de l’Ancien Testament, dans le livre de Josué, 24,14-26: " Maintenant
donc, ôtez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous et tournez votre
coeur vers le Seigneur. Le peuple d’Israël a décidé: nous servirons le
Seigneur notre Dieu et nous obéirons à sa voix".
Les chrétiens de toutes les confessions réunis dimanche à Sarnen, interpellés par ce texte biblique, sont confrontés au même défi. Ils ont renouvellé leur alliance avec Dieu avec cette prière: "D’un commun accord, nous
prenons l’engagement d’assurer notre responsabilité envers Dieu et envers
nos frères avec une conscience nouvelle. De même, dans une confession de
foi au Dieu trinitaire, les participants ont évoqué des engagements concrets vis-à-vis des problèmes actuels, comme par exemple le respect de la
création. Après chaque intention, les fidèles, reprenant le préambule de la
Constitution fédérale, répondaient en choeur: "Au nom du Dieu tout puissant. Amen."
La parole d’envoi et la bénédiction ont été données en commun par Mgr
Pierre Mamie, le pasteur Heinrich Rusterholz, président de la Fédération
des Eglises protestantes de Suisse, l’évêque catholique chrétien Hans Gerny, Mgr Damaskinos Papandreou, métropolite grec-orthodoxe de Suisse et
l’évêque de l’Eglise évangélique méthodiste, Heinrich Bolleter.
La collecte faite durant la célébration est destinée aux pauvres, étrangers et suisses qui vivent en Suisse.
Une note insolite qui veut interpeller les Eglises
Le souvenir de l’affaire des Kurdes expulsés après avoir été arrêtés à
Berne n’a pas manqué de planer sur les célébrations de ce Jeûne fédéral. A
la demande de la CTEC, une pierre commémorative a été scupltèe par Alois
Spichtig (Obwald), Cette scupture, qui devait avoir pour emplacement la
Place de la Landsgemeide, a finalement connu un autre sort. En signe de
protestation contre la politique officielle d’asile des autorités suisses
et du silence des Eglises lors de l’expulsion des Kurdes, le "pierre commémorative a été déposée ce même dimanche par l’artiste et ses amis dans les
eaux de la rivière Melchaa, dans les gorges du Ranft.
Amnistie pour Margrit Spichtig demandée par Mgr Mamie
Après le repas frugal pris en commun, la journée du Jeûne fédéral s’est
terminée par l’Assemblée organisée comme podium. Un podium auquel ont participé six représentants politiques et d’Eglise, dont Mgr Pierre Mamie. Les
problèmes de la drogue, du droit d’asile et de la nouvelle pauvreté, notamment, ont été abordés à cette occasion. La condamnation de Margrit Spichtig, épouse de l’auteur de la sculpture et membre de la CTEC a elle aussi
fait l’objet de discussions. Mme Spichtig avait été condamnée par le tribunal du canton d’Obwald à cinq semaines de prison ferme et à 2’000 francs
d’amendes à la suite de l’affaire des Kurdes expulsés de Suisse. Mgr Mamie
a demandé pour elle l’amniste. (apic/eg/pr)
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Service au sein des communautés juives et musulmanes de Suisse
Tôt dimanche matin, la communauté juive de Suisse a célébré un service
religieux auquel ont pris part Mgr Pierre Mamie, évêque de Lausanne, Genève
et Fribourg, des représentants des Eglises chrétiennes et de la communauté
musulmane de Suisse, ainsi que le Conseiller fédéral Otto Stich. Ce service
était présidé par le rabbin David Rothsild. Un service identique, présidé
par l’imam Malik Akbas, de Genève, en présence de Mario Solari, notamment,
avait réuni vendredi à Sarnen également des membres de la communauté musulmane de Suisse qui compte quelque 100’000 fidèles. (apic/pr)
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Manifestation parallèle
Quelque 200 personnes ont assisté à la mise à l’eau dans les flots de la
rivière Melchaa de la pierre sculptée par Alois Spichtig, en présence de
l’artiste et de l’abbé Cornelius Koch, pour protester contre la politique
suisse en matière d’asile. Cette manifestation, parallèle aux célébrations
officielles du Jeûne féddéral, a donné lieu à une série de discours dans
lesquels ont été évoqués les récents attentats commis contre des centres de
requérants, ainsi que le laxisme de la justice pour trouver et juger les
coupables. (apic/pr)