Jérusalem : l’émigration des chrétiens (030990)
22 % des chrétiens palestiniens pensent à émigrer
Jérusalem, 3septembre(APIC) L’émigration des chrétiens de Jérusalem et
des territoires occupés s’accélère depuis le début de l’intifada il y a
trois ans, et nombreuses sont les familles chrétiennes qui attendent le moment propice pour s’en aller, révèle une étude non encore publiée du sociologue Bernard Sabella, mandaté par Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de
Jérusalem. B. Sabella relève que 22 % des chrétiens interrogés songent sérieusement à quitter leur pays. Les Eglises de Jérusalem dénoncent la destruction du tissu social palestinien causée par l’occupation militaire, la
crise économique et la répression.
Elles rappellent que "vivre en Terre Sainte est à la fois une grâce et
une vocation particulière, mais une vocation à une vie difficile". L’émigration des chrétiens de Terre Sainte, qui a commencé au siècle passé déjà,
parallèlement à l’immigration juive en Palestine, était due alors aux mauvaises conditions de vie sous le régime ottoman, a déclaré Bernard Sabella
à l’agence APIC. L’exode s’est cependant accéléré ces 23 dernières années,
depuis l’occupation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de Gaza.
Inquiétude des Eglises chrétiennes
Le patriarche latin déplorait déjà en juin dernier cette tendance "qui
prive la société palestinienne et l’Eglise locale de ressources humaines
vitales". L’éclatement de l’intifada, en décembre 1987, a encore amplifié
le phénomène chez les chrétiens, tandis que les musulmans étaient moins
tentés par le départ.
Actuellement, les chrétiens ne forment plus que le 3 % des Arabes des
territoires occupés, soit quelque 50’000 personnes : 47’000 à Jérusalem et
en Cisjordanie et 3’000 à Gaza. Sur l’ensemble de la Terre Sainte (Israël
et les territoires occupés), les chrétiens palestiniens ne sont plus qu’environ 160’000, souligne le sociologue, alors qu’ils devraient être beaucoup
plus nombreux en raison de la croissance démographique.
Plus que 8’000 chrétiens à Jérusalem
Ainsi, note Sabella, Jérusalem, qui comptait 29’000 chrétiens en 1944,
25’000 en 1948, n’en compte aujourd’hui que 8’000, alors qu’il en restait
tout de même 15’000 en 1967, lors de la "Guerre des Six Jours". "Nous avons
calculé qu’avec l’accroissement démographique, si les chrétiens qui étaient
à Jérusalem en 1967 étaient restés, il devrait y avoir au moins 25’000
chrétiens aujourd’hui".
Les pays de destination préférés des émigrants sont l’Amérique du Nord
et du Sud, ainsi que l’Australie. L’arrivée massive de juifs d’Union soviétique, souvent bien formés, enlève encore aux professionnels palestiniens
la possibilité de s’insérer dans le marché du travail, et accélère le mouvement de départ.
Le manque de perspectives économiques et politiques
Les raisons invoquées le plus souvent pour quitter la terre des ancêtres
sont en effet : le manque de possibilités de trouver un emploi; la répression, les emprisonnements, le manque de perspective politique et les soucis
de sécurité pour les familles depuis l’éclatement de l’intifada; le manque
de possibilités de formation pour les enfants et les jeunes (les Universités palestiniennes sont aujourd’hui encore fermées sur ordre des militaires
israéliens; l’Université catholique de Bethléem, la seule qui pourra réouvrir ses portes pour l’instant, a été fermée trois ans durant); volonté de
ruiner le caractère chrétien de quartiers urbains entiers à Jérusalem,
Bethléem, etc.
La montée de l’islamisme : pas une raison de départ ?
Les observateurs notent également que dans les territoires occupés, la
pression musulmane se fait de plus en plus pressante et que le mouvemement
radical islamique "Hamas" prend du terrain à l’OLP, dont la tendance laïcisante est dénoncée. Plus radical encore que "Hamas", le "Djihad islamique",
influent à Gaza, a également pris pied depuis quelques mois en Cisjordanie,
où les actes de violence des colons juifs contre la population locale restent le plus souvent impunis. Les slogans des extrémistes juifs demandant
le "transfert" des populations palestiniennes hors de la Judée-Samarie font
même leur apparition en Galilée, dans les villages arabes situés dans les
frontières de l’Etat d’Israël, augmentant encore le sentiment d’insécurité.
De l’avis de Sabella, l’entente dans la société palestinienne entre
chrétiens et musulmans est plutôt bonne, et n’est pas invoquée prioritairement par les gens désirant émigrer comme une raison de départ. Pour lui,
ceux qui affirment que c’est la menace islamique qui fait peur aux chrétiens et hâte leur départ, manipulent la réalité et le font "pour des motifs politiques".
Pour le patriarche latin, les causes sont ailleurs. "Dans les territoires occupés et la bande de Gaza, le régime israélien d’occupation pèse de
plus en plus lourd sur les Palestiniens, qui voient leurs conditions de vie
se dégrader progressivement", note en effet Mgr Sabbah dans sa lettre pastorale de la Pentecôte, en juin dernier. Il souligne que les mesures prises
par l’occupant - expropriations de terres, mainmise sur les ressources
d’eau, arrachage des arbres, implations de colons, arrestations nombreuses
et arbitraires, fermeture des écoles, etc. - "font que les Palestiniens se
sentent marginalisés, traités comme des étrangers et des opprimés dans leur
propre pays". (apic/be)