Les représailles israéliennes ont fait déjà 8’000 sans-abris
Jérusalem, 25septembre(APIC) Assiste-t-on à une nouvelle vague de réfugiés palestiniens, les "réfugiés de l’intifada" ? Depuis le commencement du
soulèvement palestinien, il y a bientôt deux ans, près de 8’000 personnes
sont sans abri dans les territoires occupés de Cisjordanie et de Gaza à la
suite de la destruction ou le scellage de leur maison par l’armée israélienne, révèle dans un document la Commission "Justice et Paix" de Jérusalem. L’organisation catholique qualifie ces destructions de "punition collective inhumaine et inacceptable".
Dans un document de quatre pages intitulé "La destruction des maisons :
une punition collective inhumaine et inacceptable", Justice et Paix - Jérusalem se demande si l’on n’assiste pas ainsi à une nouvelle vague de réfugiés palestiniens. La Commission catholique estime que ces représailles
sont "une des mesures les plus dures appliquées par l’armée d’occupation
israélienne pour mettre fin au soulèvement palestinien".
"Raisons de sécurité"
La plupart des maisons qui ont été détruites l’ont été "pour des raisons
de sécurité", détruites au bulldozer ou dynamitées parce qu’un des habitants était accusé ou suspect d’avoir jeté un cocktail molotov - ou quelquefois seulement une pierre. Et cette mesure est prise même dans des cas
où il n’y avait pas de victimes ni de dégâts matériels. Parfois, affirme
"Justice et Paix", des maisons ont été détruites pour la seule raison que
dans leur proximité immédiate, une bouteille incendiaire avait été jetée
contre un véhicule militaire, sans même que les propriétaires ou les habitants aient le moindre lien avec l’incident. Dans certains cas, ces destructions ont été exécutées pour faire pression sur les familles pour les
obliger à dénoncer l’un des leurs en fuite.
Très souvent, les ordres de destruction sont exécutés avant que les suspects n’aient été mis en accusation, bien moins encore jugés. Les ordres
sont exécutés en toute hâte, afin d’empêcher tout appel éventuel, ce qui a
amené l’armée à commettre des "erreurs irréparables". "Justice et Paix" cite l’exemple de Hamad Bani Shams, de Beita, près de Naplouse, dont la maison a été dynamitée au lendemain de l’incident du 6 avril 1988, à l’occasion duquel une jeune fille juive de la colonie d’Elon Moreh avait été
abattue par un garde israélien. Accusé et emprisonné malgré ses protestations d’innocence, Hamad Bani Shams a passé 14 mois en détention avant que
la cour n’accepte l’alibi fourni par son employeur juif : l’ouvrier arabe
était au travail chez lui au moment des faits. Libéré finalement en juin
dernier, il a retrouvé sa femme et ses deux enfants, mais sa maison n’était
qu’un amas de ruines, comme 12 autres dynamitées par l’armée à Beita.
Une autre raison invoquée par les autorités militaires d’occupation est
l’absence de permis de construire, motif que l’organisation catholique qualifie de "politique" : la menace de détruire les maisons sans permis est
brandie couramment pour intimider ou punir les villages qui s’engagent activement dans l’intifada. Les autorités israéliennes prétendent fonder juridiquement ces pratique de dynamiter ou de sceller les maisons en invoquant l’article 119 A des ordonnances britanniques de 1945, du temps du
Mandat sur la Palestine. Or, ces ordonnances ont été révoquées par les
Britanniques en 1948 et n’ont jamais été appliquées par la Jordanie en Cisjordanie. Il n’y a donc aucune loi locale qui donne un fondement juridique
à de telles destructions.
"Déraciner tout un peuple"
De l’avis de "Justice et Paix", elles constituent une forme évidente de
punition collective, interdite explicitement par la Quatrième Convention de
Genève de 1939, article 33. En ce qui concerne l’absence de permis de construire, il faut savoir que plus de la moitié des terres de Cisjordanie ont
déjà été confisquées au profit de l’armée et des colons juifs et que toute
construction y est interdite aux Palestiniens. Devant le manque de logements, ils sont obligés de bâtir sans permis. Les destructions de maisons
pour "raison de sécurité" causent des problèmes sociaux et sanitaires énormes, des familles de 18 personnes devant s’entasser dans quatre pièces...
ou moins.
Ce sont d’abord les familles pauvres qui sont touchées, note encore l’organisation catholique qui insiste sur le caractère inhumain de telles
pratiques : "Le Palestinien ressent la destruction violente de sa maison
comme une attaque à sa propre personne et à ses ancêtres... c’est lui enlever le droit de vivre, lui refuser son pays et son identité; étant donné
l’envergure qu’a prise cette punition collective, c’est comme si l’on voulait déraciner tout un peuple." Et "Justice et Paix" de se demander en conclusion de son document : "Les peuples palestinien et israélien sont appelés à vivre ensemble, d’une manière ou d’une autre. Détruire la mnaison de
l’autre, c’est lui refuser le droit d’être là. Est-ce ainsi que l’on prépare la paix ?" (apic/be)