Jérusalem : De l’école talmudique à l’opposition radicale (270388)
politique de la "poigne de fer" dans les Territoires Occupés
Jérusalem/Fribourg, 27mars(APIC) Fils de l’ancien Grand Rabbin de Strasbourg "monté" récemment en Israël, Michel Warschawsky est un sous-officier
de l’armée israélienne peu ordinaire: il anime le "Comité contre la main de
fer", une organisation fondée en 1985 pour s’opposer à la politique du même
nom instaurée par le Ministre israélien de la défense Ithzak Rabin. De
passage en Suisse alors que le soulèvement palestinien dans les Territoires
Occupés dure depuis plus de cent jours, Michel Warschawsky, a déclaré à
l’Agence APIC que même si la répression sanglante parvenait à mettre un
terme provisoire à la révolte palestinienne, "désormais, rien ne serait
plus comme avant".
Cet ancien élève d’une école talmudique de Jérusalem - actuellement inculpé pour "service rendu à organisation illégale" - affirme que le gouvernement israélien a échoué dans ses tentatives de vouloir "confessionnaliser" le peuple palestinien et dénonce le fanatisme religieux qui anime selon lui les plus extrémistes des juifs israéliens.
Le "Comité contre la main de fer", a-t-il souligné, est la première tentative de collaboration au sein d’un même mouvement de militants pacifistes
israéliens et nationalistes palestiniens. Il rassemble de 1’000 à 2’000
sympathisants israéliens et palestiniens, ces derniers seulement de Jérusalem, car étant annexés par Israël, ils ont plus de droits que ceux des Territoires Occupés qui sont à la merci du pouvoir discrétionnaire des troupes
d’occupation, qui interdisent toute manifestation.
Michel Warschawsky milite également dans le mouvement "Yesh Gvul" - "Il
y a une frontière, une limite", un mouvement d’officiers et de soldats de
réserve né en 1982, lors de l’invasion du Liban, une guerre considérée non
pas comme une guerre de défense d’Israël, mais un "choix politique". Cette
organisation a incité les réservistes à ne pas rejoindre leurs unités au
Liban en signe de protestation. Avec la sanglante répression qui dure maintenant depuis plus de trois mois et qui a déjà fait plus de cent morts dans
les Territoires Occupés, "Yesh Gvul" a repris du poil de la bête. Ces trois
derniers mois, plus de 650 réservistes ont déjà signé une pétition pour refuser de servir à Gaza et en Cisjordanie. La justice militaire - contrairement à ce qui s’est passé pour le Liban - hésite à sévir et à envoyer les
réservistes récalcitrants en prison. Selon Warschawsky, seuls trois objecteurs ont été condamnés à la prison ces derniers mois.
Le droit au refus : le débat est devenu public
Contrairement au passé, - et aujourd’hui plus encore qu’à l’époque de
l’invasion du Liban - il n’y a plus de consensus, d’"union sacrée" en Israël derrière l’armée. Il y a même cette année à la Faculté de droit de
l’Université de Jérusalem un séminaire spécial sur "le droit au refus". On
discute donc publiquement sur les "limites de l’obéissance" et cette controverse déchire la société israélienne à tous les niveaux.
La génération de l’occupation n’a plus peur
Selon Michel Warschawsky, les jeunes Palestiniens qui défient actuellement les troupes d’occupation mettent en difficulté l’armée : ils mobilisent les appelés et les empêchent d’accomplir leurs tâches "normales".
L’Etat-Major craint cependant qu’en remplaçant l’élite par les réservistes,
il se heurte au même phénomène de refus qu’au Liban, les soldats plus âgés,
insérés dans la vie civile, étant moins malléables et moins disposés à servir dans des opérations de police répressives contre des jeunes, des femmes
et des enfants. Ils risquent également d’amener la problématique de l’Occupation, "leur désarroi, leur dégoût" en Israël même. D’autre part, souligne-t-il, ces jeunes Palestiniens - nés sous l’Occupation - n’ont plus
peur : ils savent que l’armée israélienne n’est pas invincible, puisqu’elle
a subi une "défaite" au Liban. Ces jeunes sont sans espoir, le dos au mur;
ils sont déterminés, disciplinés et bien organisés. La direction clandestine du mouvement insurrectionnel est proche des gens et n’a pu être démantelée par les services de renseignements israéliens.
Pas de confessionnalisation de la société palestinienne
Du point de vue du militant pacifiste israélien, s’il est vrai qu’il y a
toujours une certaine tension dans les rapports entre la minorité chrétienne palestinienne et la majorité musulmane, - les chrétiens ayant peur
d’être submergés par les musulmans - la population palestinienne est unie
dans ses revendications nationales. Et c’est remarquable, souligne-t-il,
quand on connaît toutes les tentatives des autorités israéliennes pour favoriser la confessionnalisation du conflit. Les Israéliens se sont ainsi
servis des Frères Musulmans contre l’OLP. Mais l’influence intégriste actuelle - qui se fait surtout sentir à Gaza - est nationaliste et solidaire
de la lutte actuelle. A son avis, cette influence est minoritaire - bien
qu’utilisée à des fins de propagande par les autorités israéliennes - et ne
menace pas les chrétiens. "Le rôle des mosquées exagéré par la presse; elles n’ont d’ailleurs pas seulement un rôle religieux, mais c’est souvent le
seul lieu de rassemblement dans les camps de réfugiés: elles jouent le même
rôle que les églises en Pologne", affirme-t-il.
Pour ce fils de Rabbin, du côté juif, il y a une cassure aujourd’hui entre ce qu’a été la tradition juive essentiellement dans le monde occidental
et ce qu’est maintenant l’establishment religieux en Israël : "Aujourd’hui,
à l’avant-garde des positions les plus extrémistes, les plus violentes, se
trouve l’essentiel du rabbinat; les rabbins sont sur des positions ultranationalistes, les justifiant d’ailleurs par toute une argumentation religieuse... Malheureusement, conclut-il, les religieux israéliens pacifistes
sont très minoritaires!" (apic/be)