Jean Paul II tire les leçons du schisme d’Ecône (030788)
Rome, 3juillet(APIC/CIP) Jean Paul II a signé le samedi 2 juillet un
"motu proprio" dans lequel il tire les leçons de la rupture avec Mgr
Lefebvre et ses partisans. Dans ce document, le pape invite tous les
catholiques à la réflexion et annonce l’érection d’une commission romaine
chargée de faciliter la peine communion des fidèles de Mgr Lefebvre qui
désirent rester unis au successeur de Pierre.
C’est avec "une grande affliction", écrit-il, que l’Eglise "a pris acte
des ordinations épiscopales illégitimes" du 30 juin, par lesquelles Mgr Lefebvre " a rendu vains tous les efforts consentis pour garantir à la Fraternité sacerdotale St-Pie X (...) la pleine communion avec l’Eglise. En
fait, ajoute le pape, ces efforts, particulièrement intenses au cours des
derniers mois, durant lesquels le siège apostolique a manifesté une
compréhension dans les limites du possible, n’ont servi à rien. Cette
affliction est particulièrement ressentie par le successeur de Pierre, le
premier à qui il revient de préserver l’unité de l’Eglise, si petit que
soit le nombre de personnes directement impliquées dans ces événements, car
chaque personne est aimée de Dieu pour elle-même et a été rachetée par le
sang du Christ versé sur la croix pour le salut de tous".
"Les circonstances particulières, objectives et subjectives, dans lesquelles l’acte de l’archevêque Lefebvre a été accompli, poursuit Jean Paul
II, offrent à tous l’occasion d’une profonde réflexion en vue d’un engagement renouvelé de fidélité au Christ et à son Eglise".
Le pape souligne aussi que, "en soi, cet acte a été une désobéissance au
pontife romain dans une matière gravissime et d’une importance capitale
pour l’unité de l’Eglise".
Une notion "incomplète et contradictoire" de la tradition
Jean Paul II remonte ensuite à l’origine du schisme : "Les racines de
cet acte schismatique, explique-t-il, dérivent d’une notion incomplète et
contradictoire de la tradition. Incomplète, car elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la tradition qui, comme l’a clairement
enseigné le Concile Vatican II, tire ses origines des Actes des Apôtres,
progresse dans l’Eglise sous l’assistance de l’Esprit Saint : ainsi, la
compréhension aussi bien des choses que des paroles transmises s’accroît
tant avec la réflexion et l’étude des croyants, lesquels la méditent dans
leur coeur, qu’avec la profonde intelligence qu’ils éprouvent des choses
spirituelles, qu’avec encore la prédication de ceux qui, de par la succession épiscopale, ont reçu un charisme certain de vérité.
"Mais est surtout contradictoire une notion de la tradition qui s’oppose
au magistère universel de l’Eglise, dont est détenteur l’évêque de Rome,
avec le corps des évêques. On ne peut rester fidèle à la tradition en rompant le lien ecclésial avec celui auquel le Christ lui-même, dans la personne de l’Apôtre Pierre, a confié le mystère de l’unité dans son Eglise",
écrit le pape.
Un examen de conscience
Face à la situation qui s’est créée, Jean Paul II éprouve le devoir de
rendre tous les fidèles attentifs à certaines réalités évidentes. Le
résultat auquel aboutit le mouvement de Mgr Lefebvre doit être pour eux
l’occasion d’une "sincère réflexion sur leur propre fidélité à la tradition
de l’Eglise, authentiquement interprétée par le magistère ecclésiastique,
ordinaire et extraordinaire, spécialement dans les Conciles oecuméniques,
de Nicée à Vatican II".
De cette réflexion, ajoute le pape, "tous doivent tirer une conviction
efficace et renouvelée de la nécessité d’améliorer encore cette fidélité,
refusant les interprétation erronées et les applications arbitraires et
abusives en matière doctrinale, liturgique et disciplinaire".
Par ailleurs, il importe de prendre une conscience nouvelle "non
seulement de la légitimité, mais aussi de la richesse que représente pour
l’Eglise la diversité de charismes".
Jean Paul II attire en outre l’attention des théologiens, afin qu’ils
"se sentent interpellés" par les circonstances présentes, pour souligner
"la continuité du Concile avec la tradition".
Erection d’une commission romaine
Dans un second temps, Jean Paul II lance un appel aux fidèles liés à Mgr
Lefebvre. Ces derniers ont "le grave devoir de rester unis au vicaire du
Christ, dans l’unité de l’Eglise catholique, et de ne pas continuer à soutenir, d’une façon ou d’une autre, ce mouvement".
Et le pape de préciser : "Je désire manifester aussi ma volonté - en demandant que la rejoigne celle des évêques et de toutes les personnes
chargées du ministère pastoral dans l’Eglise - de faciliter leur communion
ecclésiale à travers les mesures nécessaires pour garantir le respect de
leurs justes aspirations".
Compte tenu de l’importance et de la complexité du problème posé, le pape a décidé l’institution d’une commission, chargée de collaborer avec les
évêques, les dicastères de la curie romaine et les milieux intéressés, dans
le but de faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres, séminaristes, communautés ou simples religieux ou religieuses jusqu’à maintenant
liés à la Fraternité de Mgr Lefebvre, dans la mesure ou ceux-ci "désirent
rester unis au successeur de Pierre dans l’Eglise catholique, en conservant
leurs traditions spirituelles et liturgiques, à la lumière du protocole
signé le 5 mai dernier" (entre le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre). Cette commission sera présidée par un cardinal et comprendra d’autres membres
de la curie romaine.
En outre, écrit encore le pape, il s’agira de respecter "l’âme de tous
ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, à travers une
ample et généreuse application des directives déjà données par le siège
apostolique concernant l’usage du missel romain selon l’édition typique de
1962". (apic/cip/bd)