Il salue "le nouveau climat de liberté" qui se répand dans le monde
Rome, 14janvier(APIC) "1990 ouvre la décennie qui mènera vers la fin du
second millénaire de l’ère chrétienne. Pour chaque homme, pour chaque peuple, pour notre terre, faisons de cette période un Avent" : telle est l’exhortation adressée samedi par Jean Paul II au corps diplomatique accrédité
au Vatican, en conclusion d’un long discours dans lequel il a salué "le
nouveau climat de liberté qui semble se répandre un peu partout".
Le pape, qui recevait le corps diplomatique à l’occasion du Nouvel An,
saluant ses hôtes, a relevé "avec satisfaction la présence également de
l’ambassadeur de Pologne", première nation d’Europe de l’Est à rétablir des
relations diplomatiques avec le Saint-Siège (juillet 1989). Il a ensuite
longuement évoqué les changements intervenus dans le monde, et tout particulièrement à l’Est.
Des murs se sont écroulés
"La présence de l’Eglise dans le monde et l’action diplomatique du
Saint-Siège en particulier, a dit le pape, voudraient contribuer à fortifier et à compléter l’union de la famille humaine... En raison de cette
sollicitude et de cet intérêt pour le bien-être spirituel et matériel de
tous les hommes, le Saint-Siège a accueilli avec satisfaction les grandes
transformations qui, en particulier en Europe, ont récemment marqué la vie
de plusieurs peuples". Le pape a alors relevé que si des murs se sont
écroulés, si des portes se sont ouvertes, prenant l’allure d’un "véritable
bouleversement", le point de départ ou le point de rencontre ses changements intervenus "a souvent été une Eglise".
Rester vigilant
Mais "rien n’est jamais définitivement acquis", a poursuivi Jean Paul II
: "Les séquelles de la seconde guerre mondiale, déclenchée il y a 50 ans,
incitent à la vigilance. Des rivalités séculaires peuvent toujours resurgir, des conflits entre minorités ethniques s’enflammer à nouveau... Voilà
pourquoi il est nécessaire que l’Europe, conçue comme une communauté de nations, s’affermisse sur la base des principes si opportunément adoptés à
Helsinki en 1975 par la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe" (CSCE).
Le pape a ensuite rendu attentif ses hôtes à l’enjeu des changements
survenus à l’Est. "Varsovie, Moscou, Budapest, Berlin, Prague, Sofia et Bucarest, a-t-il déclaré, sont devenues comme les étapes d’un long pèlerinage
vers la liberté... Il faut que ces aspirations exprimées par les peuples
soient satisfaites par l’Etat de droit dans chacune des nations européennes... Le temps est venu pour les Européens de l’Ouest, qui ont l’avantage
d’avoir vécu de longues années de liberté et de prospérité, d’aider leurs
frères du Centre et de l’Est à reprendre pleinement la place qui leur revient dans l’Europe d’aujourd’hui et de demain".
Le déclin de la guerre froide
Jean Paul II "salue avec confiance" les efforts entrepris par les responsables soviétiques et américains, "soucieux de dialogue et de paix". Mes
contacts avec eux, a-t-il ajouté, m’ont permis de constater leur volonté de
faire reposer la coopération internationale sur des bases plus sûres".
L’année 1989, a-t-il remarqué après avoir mentionné les progrès substantiels dans les négociations pour le désarmement nucléaire, chimique et conventionnel, pourrait bien marquer le déclin de ce que l’on a appelé la
"guerre froide".
Constatant que cette atmosphère nouvelle s’est répandue au-delà de l’Europe, Jean Paul II a évoqué les progrès de la situation en Namibie, où ont
été organisées des élections libres, en Angola et au Mozambique, au Burundi, au Chili et en Argentine, où la tenue d’élections démocratiques marque
"une étape importante dans la marche de ces nations vers plus de liberté et
de démocratie", ou encore en Afrique du Sud, où "les réformes politiques et
constitutionnelles vers lesquelles semble s’acheminer (le pays) devraient
être toujours mieux traduites dans la réalité".
Des pays encore en proie à l’incertitude et à l’épreuve
Le pape a cependant relevé que "nombreux sont les pays encore en proie à
l’incertitude et à l’épreuve". Il a cité le Liban, dont l’avenir "malgré
tant d’efforts déployés, demeure précaire"; la Cisjordanie et Gaza, où les
populations "sont encore soumises à des situations difficilement admissibles"; les pays du Golfe (Iran-Irak), l’Afghanistan et ses réfugiés, le
Cambodge, le Sri Lanka, le Vietnam, pays à propos duquel le pape a dit son
désir d’encourager "les signes discrets d’ouverture qui se sont manifestés
dernièrement, y compris dans le domaine de la liberté de la religion; la
Chine : "Je ne saurais quitter cette région sans mentionner la nation chinoise; les graves événements du mois de juin 1989 m’ont profondément impressionné, a-t-il souligné, et dès le début, me faisant un peu la voix de
tous ceux qui sont attentifs au sort de l’humanité, je n’ai pas manqué
d’exprimer, avec mes sentiments d’affection, le souhait sincère que tant de
souffrances ne soient pas vaines, mais servent plutôt à renouveler la vie
nationale de ce noble pays".
Pour l’Amérique latine, le pape n’a pas manqué d’évoquer le Salvador,
théâtre de luttes violentes et du "barbare assassinat" de six jésuites par
les soldats gouvernementaux; le fléau de la violence et du terrorisme,
"aggravé par l’infâme commerce de la drogue" (Pérou, Colombie, Panama); et
bien entendu la récente crise panaméenne. Il a terminé par une nouvelle
halte sur le continent africain, où deux peuples, en particulier,
"subissent depuis des années un sort tragique" : le Soudan et l’Ethiopie.
Islam : des attitudes sectaires inadmissibles
Jean Paul II a terminé son discours par un appel à la tolérance : "Je
souhaite ardemment, a-t-il dit, que dans ce climat de liberté qui semble se
répandre un peu partout, les croyants puissent non seulement pratiquer leur
foi, alors que certains pays et certaines religions majoritaires ne leur
permettent pas toujours, mais également participer activement et de plein
droit au progrès politique, social et culturel des nations dont ils sont
membres".
"Hélas, a enchaîné le pape, il n’en est pas toujours ainsi. Je ne puis
passer sous silence la situation préoccupante dans laquelle se trouvent les
chrétiens dans certains pays où la religion islamique est majoritaire". Le
pape Jean Paul II s’est cependant dit persuadé que les grandes traditions
de l’islam, telles que l’accueil de l’étranger, la fidélité en amitié ou la
patience, ainsi que l’importance accordée à la foi en Dieu, "sont autant de
principes qui devraient permettre de dépasser les attitudes sectaires inadmissibles". (apic/cip/be)