Jean Paul II aux évêques de RFA: (151189)
Rome, 15novembre(APIC/CIP) A quoi bon des institutions et des structures
solidement établies quand le dynamisme fait défaut ? C’est en substance
l’interpellation que Jean Paul II a adressée à l’Eglise ouest-allemande, à
l’issue d’une rencontre de deux jours qui a réuni 21 évêques de RFA autour
du pape et des responsables de la curie romaine pour une concertation qui
portait sur la transmission de la foi aux jeunes générations et sur les
services d’Eglise.
Une rencontre souhaitée par l’épiscopat allemand et qui s’est déroulée
dans "une commune sollicitude pastorale", a indiqué le pape, en observant
que les médias "tentent volontiers de metre en opposition le pape et les
évêques, ainsi que les évêques entre eux".
Jean Paul II s’est réjoui des "contributions positives" apportées par
l’Eglise d’Allemagne dans le passé, tout en faisant remarquer que, lors du
réveil catholique qui a précédé la seconde guerre mondiale, la force de la
foi n’a pas suffi à faire obstacle au nazisme.
Pour un tableau de la sitaution actuelle de l’Eglise allemande, Jean
Paul II a d’abord loué le travail des organisations caritatives comme
Adveniat, Misereor, Missio et Caritas, la solidarité qui s’exerce à l’égard
du tiers-monde et de l’Europe de l’Est, un signe éloquent que la mentalité
de consommation de la société de bien-être n’est pas parvenue à étouffer la
dynamique de la charité chrétienne". Le pape a toutefois averti qu’une aide
matérielle, aussi généreuse soit-elle, ne peut suffire, et il s’est demandé
pourquoi, un peu partout, tandis qu’augmentent les offrandes matérielles,
risquent de disparaître les vocations missionnaires, "où l’homme s’offre
lui-même".
Le courage de la contradiction
Jean Paul II a ensuite évoqué les systèmes de formation religieuse
suvbventionnés par l’Etat pour livrer une "question préoccupante" : "Est-ce
qu’à cet important engaggement correspondent réellement une adéquate
familiarité intérieure avec la foi et une ouverture sincère à cette foi ?"
Une autre caractéristique du catholicisme allemand mentionnée par le
pape est l’étroite connexion entre les institutions étatiques et
ecclésiastiques, ainsi qu’une forte présence dans les divers domaines de la
vie sociale. A ce sujet, Jean Paul II a attiré l’attention sur un autre
danger, celui d’"inoportuns compromis, une identification fausse entre
l’Eglise et la société". "C’est dans le courage de la contradiction, a-t-il
indiqué, que la foi peut retrouver son dynamisme et sa vitalité."
Le pape a encore parlé de la situation dans le monde, pour souligner
qu’elle peut devenir "une chance nouvelle pour la foi", pas seulement parce
que "l’idéologie marxiste est aujourd’hui nettement affaiblie". Mais aussi
parce que les idéologies de consommation de l’Occident "sont de plus en
plus repoussées par les jeunes, qui exigent des promesses plus profondes".
Au moment de conlure, le pape a invité les évêques allemands à "faire
apparaître de nouveau, sans crainte et avec courage, la nouveauté et la
grandeur de la foi.
Lors d’un conférence de presse organisée mercredi au Vatican, Mgr Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a été interrogé sur la "sévérité" de propos tenus par le pape. Un discours qui présente un bilan "équilibré", a-t-il indiqué, en observant que les évêques allemands n’étaient pas venus à Rome pour se voir décerner un brevet d’autosatisfaction, mais, bien évidemment, pour aborder avec le pape et la curie
romaine des difficultés auxquels ils sont aujourd’hui confrontés. Des erreurs ? Tout le monde en commet, a encore expliqué le cardinal, "aussi bien
les évêques que les conférences épiscopales et les dicastères romains, et
moi aussi".
Selon le cardinal Ratzinger, une mise au point s’imposait sur le
fonctionnement des institutions académiques et le développement des services pastoraux assumés par les laïcs. Mgr Lehmann, président de la conférence épicopale allemande, est revenu sur ce dernier problème, après avoir insisté sur le fait que le discours final prononcé par le pape reflète parfaitement les préoccupations des évêques et les débats auxquels elles ont
donné lieu. Il a expliqué que l’expérience des travailleurs pastoraux, suscitée par les évolutions récentes dans l’Eglise, pose surtout le problème
de leur accompagnement spirituel, rendu difficile par la diminution du nombre des prêtres.
La Déclaration de Cologne n’a pas été abordée
Interrogé sur le mécontentement qui s’est manifesté à l’occasion de certaines nominations épiscopales contestées, Mgr Lehmann a déclaré que l’on
avait pas évoqué cette question, que lui-même a eu l’occasion d’aborder à
diverses reprises avec le pape. Il a signalé la rapide nomination de Mgr
Walter Kasper à Stuttgart, qui a été suivie d’une accalmie, et dit sa surprise de constater que le nombre de catholiques qui ont contesté la nomination de Mgr Meisner à Cologne être moins important qu’on avait pu le croire
suite à l’écho qui y a été donné dans la presse. Il n’y a pas non plus été
question de la "Déclaration de Cologne", a déclaré le cardinal Ratzinger,
qui reconnaît la nécessité de trouver les moyens de rétablir la confiance
aujourd’hui ébranlée entre Rome et certains théologiens. (apic/jt/bd)