Jean Paul II au Pérou (160588)
Lima, 16 mai (APIC/Pierre Rottet) "Triomphale bienvenue", "plus jamais la
faim et la violence" sont parmi les titres qui font la une des principaux
quotidiens de Lima, la capitale péruvienne, après la délirante arrivée samedi 14 mai dans ce pays du souverain pontife. Et si une foule, difficilement évaluable - près d’un million, estime-t-on -, s’était massée aux
abords des avenues empruntées par le cortège officiel, Lima présentait cependant des allures de ville en état de siège, en raison des mesures de
sécurités exceptionnelles.
"Je n’ai jamais vu de telles mesures", affirmait à ce propos un
correspondant de presse étranger, habitué à suivre les voyages du Saint
Père à travers le monde. Mais au-delà de la triomphale réception offerte à
Jean Paul II, au-delà des discours et des messages prononcés ou laissés,
l’allégresse spontanée d’un peuple profondément catholique et les scènes de
joie partout visibles ont surpris plus d’un observateur.
Afin de pouvoir approcher le plus près possible le souverain pontife à
l’occasion de la clôture, aujourd’hui, du 5e Congrès eucharistique des pays
bolivariens, des centaines de familles, munies d’un substentiel
casse-croûte, ont préféré, samedi soir déjà, élire domicile sur
l’emplacement même du lieu ou s’est déroulé la cérémonie du lendemain. D’y
dormir malgré les nuits relativement fraîches en ce début d’automne, ici au
Pérou.
Folklore et vendeurs du temple
Touche historico-folklorique, un chaski, sorte de facteur sous l’empire
inca, ressurgi pour la circonstance en habits d’une époque glorieuse du
peuple péruvien, a parcouru en courant, selon la coutume, les 18 kilomètres
séparant l’aéroport de la cathédrale. Ne s’arrêtant que pour distribuer à
la foule son courrier porteur d’un message de paix et créé à l’effigie du
pape.
Les marchands de souvenirs, vendeurs ambulants ou autres malins, eux,
n’ont pas manqué l’occasion de proposer aux fidèles les gadjets les plus
divers. Le portrait de l’illustre visiteur étant le bien le plus recherché,
le plus négociable. Certains vendaient pour dimanche de faux billets pour
l’entrée, gratuite en réalité, de la cérémonie de clôture du 5e Congrès
eucharistique.
Dans son discours de bienvenue prononcé à l’aéroport, le chef de l’Etat,
Alan Garcia, s’adressant au pape Jean Paul II, a demandé à ce dernier de
diriger un message de paix aux terroristes. "Ici vous écoutent les malades
de la haine, ceux qui tuent et détruisent avec violence", a-t-il dit.
L’armée omniprésente
Image forte, à l’heure de distribuer la sainte communion à la
cathédrale, les prêtres étaient accompagnés d’un militaire en arme. Etrange
contraste à l’image du pays.
Quant à Jean Paul II, tour à tour détendu, souriant ou grave, il n’a pas
manqué de faire allusion à la théologie de la libération en s’adressant aux
évêques, aux prêtres et aux laïcs présents à la cathédrale. "Vous ne pouvez
substituer l’Evangile par des options temporelles", a-t-il insisté. En
ajoutant toutefois "de toute manière, vos idées de servir les plus pauvres
doivent pouvoir se réaliser en accord avec votre vocation d’instrument à la
recherche de l’unité", après avoir tacitement réaffirmer son soutien à une
authentique théologie de la libération.
D’autres thèmes, tels la nécessité de maintenir le célibat pour les
prêtres, ont encore été abordés par le pape durant son message aux prêtres
et aux séminaristes. S’agissant de celui adressé aux Péruviens en général,
son discours a largement fait référence à la paix, à la pauvreté ainsi qu’à
la nécessité de construire un nouveau Pérou par le chemin de la paix et de
la liberté.
En réponse aux "Viva el Papa" répétés par une foule enthousiasmée, Jean
Paul II s’est soudain écrié: "Le Pérou est avec moi, et je marche avec lui,
avec vous". S’adressant enfin au gouvernement, il lui a demandé de conduire
le Pérou vers la justice et la liberté afin que cesse la violence, la mort,
la pauvreté et les injustices. (apic/pr/bd)