Mécontentement des évêques et "stupéfaction" au Vatican
Rome/Asuncion, 13 mai (APIC/CIP) Dans une lettre qui porte la signature de
deux ministres et qui a été adressée au nonce apostolique Giorgio Zur, le
gouvernement du Paraguay annonce qu’une modification a été apportée au programme de la visite que le pape doit faire dans le pays du 16 au 18 mai, au
terme de son périple latino-américain. Il s’agit de la première visite du
pape au Paraguay.
La lettre explique que la rencontre prévue le 17 mai à Asuncion avec les
"bâtisseurs de la société" (intellectuels, entrepreneurs et responsables
politiques, y compris de l’opposition) a été annulée pour des "raisons de
sécurité", après qu’il est "devenu manifeste qu’une minorité entend
utiliser cette rencontre comme provocation contre le gouvernement".
Concrètement, les autorités reproche aux évêques de n’avoir invité que peu
de représentants des forces armées et du parti gouvernemental, tandis que
des représentants de l’opposition, y compris des "éléments subversifs", ont
été conviés.
Suite à cette décision, le Conseil permanent de la Conférence épiscopale
du Paraguay s’est aussitôt réuni. Il a décidé que le programme convenu sera
maintenu, quitte à ce que la rencontre ait lieu dans un autre lieu. Mgr
Anibal Maricevich, évêque de Concepcion, a dénié au gouvernement le droit
de modifier unilatéralement le programme de la visite papale. Ce programme
prévoit que, lors de ce rendez-vous, c’est Mgr Maricevich qui prononcera
l’adresse au pape.
Première annulation depuis 37 voyages
De son côté, Joaquin Navarro Valls, le porte-parole du pape, a fait part
de sa "stupéfaction", soulignant que c’est la première fois durant 37 voyages du pape à l’étranger qu’un gouvernement s’autorise à suspendre une rencontre qui avait pourtant été convenue lors de la mise au point du programme entre le gouvernement et l’épiscopat local. Une rencontre qui est
bel et bien inscrite dans le programme qui a été rendu public.
Il faut rappeler qu’un autre conflit a opposé l’épiscopat et la dictature du Paraguay. Celle-ci a voulu que le pape passe à Encarnacion, ville natale du président Alfredo Stroessner, mais s’est opposée à ce que la ville
de Concepcion figure parmi les étapes de la visite papale. Une fois encore,
les autorités gouvernementales ont invoqué des "raisons de sécurité", mais
personne n’est dupe : Concepcion a toujours été exclue du développement
dans le pays pour avoir été l’un des foyers de l’opposition au dictateur
Alfredo Stroessner (en place depuis 1954). Il s’agissait donc d’empêcher
Jean Paul II de se rendre dans la partie deshéritée du pays. Mgr Maricevich
n’a pas mâché ses mots : "On veut que le pape se rende dans les seules zones riches du pays et lui cacher les zones pauvres. Voilà un pays qui vit
de mensonge et de mascarades".
Le gouvernement paraguayen s’est de même opposé à ce que le pape puisse
rencontrer en audience privée les participants du "Dialogue National", qui
souhaitaient remettre au Saint-Père le document qu’ils ont publié en
décembre dernier. Les autorités ont choisi de diluer cette rencontre dans
un rassemblement de 3.000 à 4.000 personnes. Rappelons que le "Dialogue National" est une structure d’échanges et d’analyse instaurée en 1986 à l’initiative des évêques pour favoriser une recherche commune de solutions
équitables aux problèmes du pays et ainsi préparer l’après-dictature. Le
parti "Colorado" (le parti officiel) est le seul à avoir refusé de participer à la concertation. (apic/cip/bd)