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    Le pape parle de l’inculturation et du travail

    Jean Paul II à Madagascar (300489)

    Antananarivo, 30avril(APIC/CIP) Jean Paul II est arrivé le samedi 29

    avril à Antsiranana ou il a entamé sa seconde journée de visite sur l’île

    de Madagascar. Port situé à l’extrême nord de l’île, Antsiranana est un

    centre touristique très cosmopolite, ou se côtoient des Arabes, des Créoles, des Européens, des Indiens, des Pakistanais. Siège d’une base navale

    française jusqu’en 1973, la ville abrite aujourd’hui de nombreux chantiers

    navals, ou travaillent 10% de la population.

    A Antsiranana, le pape a célébré une messe ayant pour thème "Inculturation et travail" en présence de 50.000 personnes, dont beaucoup s’étaient

    mises en route plusieurs jours plus tôt pour effectuer le voyage à pied,

    faute de moyens de transport, de voies de communication ou, le plus souvent, d’argent.

    Jean Paul II était entouré à l’autel des cardinaux Agostino Casaroli,

    Josef Tomko et Victor Razafimahatratra, archevêque de Antananarivo, et

    d’une quarantaine de prêtres. Dans son homélie, il s’est adressé aux

    travailleurs, aux marins et aux agriculteurs, souhaitant à chacun de

    trouver dans le travail "non seulement les moyens d’une subsistance

    décente", mais aussi "la satisfaction de s’épanouir dans une activité utile

    à la société malgache". Il a aussi remercié les musulmans présents à la

    cérémonie pour leur "geste fraternel" et les a assurés de la bienveillance

    des catholiques à l’égard de tous les citoyens de l’île.

    Après une évocation de l’histoire de l’évangélisation du pays, le pape

    s’est réjoui de voir l’Eglise affirmer aujourd’hui "sa personnalité grâce

    aux fils et aux filles de cette terre, qui sont de plus en plus les missionnaires de ce temps". Enfin, il a souhaité aux catholiques malgaches

    d’être pénétrés par l’esprit de paix du Christ, et de devenir ainsi des

    "artisans de paix et de solidarité". "C’est une tâche pour le monde entier,

    a-t-il ajouté, de faire avancer la cause de la paix et de la coopération

    entre les peuples. C’est une tâche pour chaque personne, pour chaque famille, pour chaque communauté de village, de travail, d’Eglise".

    Aux jeunes : soyez des rassembleurs!

    Après ce détour de 800 kms, Jean Paul II a regagné la capitale, Antananarivo. En fin d’après-midi, il y a rencontré les jeunes au Stade Alarobia,

    ou l’a accueilli le président de l’Association des jeunes catholiques malgaches. Ce dernier lui a donné lecture d’une rapport sur la situation des

    jeunes à Madagascar, illustré ensuite par un spectacle donné par des jeunes

    catholiques.

    Dans son discours, Jean Paul II a comparé les jeunes à la pirogue traditionnelle des pêcheurs malgaches, avec "le vent de l’esprit qui gonfle sa

    voile, dans le soleil de justice qui est le Christ". Rappelant aux jeunes

    que Jésus les appelle à devenir des pêcheurs d’hommes, il les a mis en garde contre l’alcool et la drogue, contre l’individualisme et, en leur demandant d’écouter la conscience qui les appelle à être purs, contre les rencontres éphémères qui ne sont qu’une caricature de l’amour authentique. Il

    les a aussi rendus attentifs à leur responsabilité dans l’Eglise : "Chacun

    doit apporter la petite flamme qui est en lui, a-t-il affirmé, afin que le

    feu commun rende la maison chaleureuse et rayonnante".

    Jean Paul II a exhorté les jeunes à unir leurs efforts : "Avec l’équipe,

    le mouvement, la communauté, a-t-il dit, vous serez des rassembleurs. Vous

    ferez progresser l’unité entre chrétiens, par un oecuménisme profond et lucide . Vous serez dans la société malgache des artisans de paix". Face à

    l’angoisse des jeunes devant un avenir inquiétant (chômage, égoïsme, corruption), il les a encouragés à être "intransigeants dans la défense du

    droit et de la justice" et de refuser la violence.

    Le pape a enfin répondu à trois questions formulées par les jeunes. A

    propos du développement, il a souligné que celui-ci engage la

    responsabilité de tous, "de tout homme et de tout l’homme". Il a rappelé

    que la solidarité est un devoir, et que les nations les plus déshéritées

    sont en droit d’attendre l’aide des pays les plus favorisés. Enfin, à

    l’intention des jeunes qui se sentent "tiraillés entre les traditions

    ancestrales, les sollicitations des sectes, les modes de vie et de pensée

    venus de l’Occident", Jean Paul II a préconisé "la lucidité et la

    tolérance, ainsi qu’un discernement attentif afin de créer une culture

    vivante, sans perdre ses vraies racines". il a observé à ce propos que "le

    christianisme ne nous a pas été apporté pour remplacer une culture par une

    autre".

    L’engagement pour l’unité : irréversible

    C’est ensuite à la cathédrale de l’Immaculée Conception que Jean Paul II

    a rencontré, dans le cadre d’une cérémonie de prière oecuménique, les

    représentants des autres confessions chrétiennes (anglicans, luthériens,

    Eglise du Christ).

    Le pape a rappelé devant ceux-ci qu’il est, en vertu de son ministère,

    appelé à "servir d’une façon unique la sainte cause de l’unité des

    chrétiens". Après une allusion aux séparations intervenues dans le passé,

    il s’est réjoui des "changements notables" qui se sont produits depuis,

    observant toutefois que "des divergences doctrinales graves" demeurent et

    que de nouveaux problèmes surgissent parfois (vraisemblablement une

    allusion à l’ordination des femmes). Néanmoins, c’est de "manière

    irréversible" que l’Eglise catholique s’est engagée dans le mouvement

    oecuménique, suite à Vatican II, a-t-il souligné.

    Enfin, après avoir posé le problème de la liberté religieuse au sein des

    foyers mixtes, Jean Paul II a voulu voir les liens qui unissent les

    différentes confessions chrétiennes à Madagascar, "un exemple frappant"

    d’oecuménisme vécu. Il a encouragé les catholiques malgaches à s’y engager

    résolument.

    Aux évêques : une grave détérioration du climat moral et social

    Cette deuxième journée s’est terminée par une rencontre avec les vingtet-uns évêques (dont un émérite) de Madagascar dans la chapelle de la nonciature. Répondant à l’adresse de Mgr Albert Tsiahoana, archevêque de Diego

    Suarez (Antsiranana) et président de la Conférence épiscopale, Jean Paul II

    s’est félicité de l’essor de l’Eglise malgache, dû notamment, a-t-il

    déclaré, au bon fonctionnement de la conférence épiscopale. Ce dynamisme

    doit servir l’évangélisation, et le pape a rappelé à ce propos que certains

    diocèses de l’île sont "plus démunis à tous points de vue" et que de

    nombreux Malgaches ne sont "pas encore vraiment convertis".

    Sur le thème de l’inculturation, le pape a souligné l’importance du

    dialogue avec l’Eglise universelle et les autres Eglises du continent, afin

    que soit sauvegardée l’originalité du message chrétien. De même, le souci

    de l’inculturation ne remplace pas, mais appelle et oriente tous les

    efforts de formation profonde et systématique à la foi. A ce sujet, le pape

    a mis l’accent sur le rôle primordial que jouent le Centre national de

    catéchèse et les émissions religieuses, "des exemples d’une pastorale

    prioritaire pour l’enracinement de la foi".

    Jean Paul II a encore insisté sur l’attention que les évêques doivent

    porter à l’éthique chrétienne, qui est "inséparable de la foi",

    particulièrement dans les secteurs de la famille et de la vie sociale. le

    pape a ici fait allussion à la "grave détérioration du climat moral et

    social" à Madagascar. "Puissent les responsables politiques réagir à tout

    ce qui mine le courage de travailler et l’honnêteté, la sécurité et la

    paix, le sens du bien commun, l’éthique du service, le progrès social et

    l’unité nationale", a-t-il déclaré.

    Enfin, le pape a exhorté les évêques à promouvoir la justice et à

    apporter leur soutien à tous ceux qui travaillent au développement du pays.

    Il leur a aussi recommandé d’associer toutes les forces vives de l’Eglise à

    l’oeuvre d’évangélisation. A ce sujet, il s’est réjoui de l’augmentation du

    nombre de religieux et religieuses autochtones et a attiré l’attention des

    évêques sur l’importance de leur formation. (apic/jt/cip/bd)

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