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    Contre le mal, jamais contre l’homme

    Jean Goss: une non-violence agressive (100391)

    Lausanne, 10mars(APIC/Michel Bavarel) Cinquante ans. Cela fait cinquante

    ans que Jean Goss clame sa conviction non-violente, fondée sur l’Evangile.

    Il vient encore de le faire en Suisse romande, dans le cadre de la campagne

    de Pain pour le Prochain et de l’Action de Carême. Il y a quelques années,

    avec sa femme Hildegarde, il a formé des militants de la base, des

    politiciens et des évêques à la résistance contre la dictature de Marcos

    aux Philippines. Car la non-violence de Jean Goss ne s’accommode pas de

    l’injustice ou de l’oppression. Elle est même agressive. Contre le mal,

    jamais contre l’homme.

    Enfant, il a volé pour manger. Car le métier de chanteur des rues

    qu’exerçait son père, malade, n’assurait pas le pain quotidien. Jean Goss a

    été guéri de son remords en écoutant Gandhi: "Prendre ce dont on a besoin

    pour vivre, ce n’est pas voler. Voler, c’est garder ce dont on n’a pas

    besoin pour vivre".

    Ouvrier, Jean Goss a été syndicaliste. En 1939, il a fait la guerre dans

    l’artillerie. Il a été décoré, puis prisonnier des Allemands. En rentrant

    de captivité, Jean Goss renvoie son livret militaire et ses décorations.

    Comment est-il devenu objecteur de conscience?

    "J’avais tué à pleine bouche de canon pendant des semaines. C’est pour

    ça que j’ai été décoré. Quand les Allemands nous ont pris, on n’avait pas

    dormi depuis huit jours. En me couchant, j’ai entendu une voix me dire:

    "Qu’as-tu fait, toi qui défendais les droits, la dignité des petits? Tu as

    tué des paysans, des ouvriers". Cela a provoqué un tel désastre en moi que

    je ne voyais qu’une issue: le suicide. J’ai remis ça au lendemain et je me

    suis effondré. A mon réveil, l’ancien Jean Goss n’existait plus. J’étais

    fou de joie, alors que la guerre faisait rage. Et j’aimais tous les hommes,

    qu’ils soient français ou allemands, russes ou américains, noirs ou blancs,

    bons ou mauvais".

    Tuer l’homme pour tuer le mal

    Il ne s’agit pas d’un amour sentimental. Jean Goss n’a nullement renié

    sa lutte de syndicaliste. S’il a opté pour la non-violence, c’est une

    non-violence "active, dynamique, agressive". Contre le mal et l’injustice.

    Jamais contre l’homme.

    "Pour tuer l’homme, nous l’avons identifié au mal qu’il commet. Et nous

    avons tuer l’homme pour tuer le mal. C’est exactement le contraire de ce

    qu’a fait Jésus-Christ. Il a respecté l’homme d’une manière absolue.

    Lorsque Pierre a tiré une épée pour le défendre, il a désarmé tous ceux qui

    veulent établir le droit, la vérité ou la justice en tuant l’homme. La

    non-violence consiste à respecter l’homme comme Dieu nous respecte".

    Cette non-violence est-elle efficace? "Tout ce que nous obtenons par la

    violence, nous ne pouvons le conserver que par un peu plus de violence. Si

    pour obtenir la justice, la vérité, l’amour, nous utilisons l’injustice, le

    mensonge, la haine, nous récoltons le mal, même si notre but est le bien".

    Payer le prix

    Pour Jean Goss, c’est notre silence, notre indifférence, notre peur,

    notre lâcheté qui nourrissent le système de violence à l’oeuvre dans le

    monde. "Sans nous, il ne pourrait pas exister". Il faut donc lui retirer

    notre soutien.

    Cela ne va pas toujours sans danger. "Nous devons être prêts à payer le

    prix". Alors que Jean Goss était en captivité, par deux fois des Allemands

    ont risqué leur vie pour lui.

    "Devant ce qui fait le mal, Jésus-Christ nous a montré le chemin: payer

    pour lui, pour qu’il se transforme, pour qu’il découvre ce qu’est l’amour".

    Voilà peut-être le sens ultime du slogan de la campagne 1991 de Pain

    pour le Prochain et de l’Action de Carême, "Le prix de la paix".

    Impossible? Sauf, répond Jean Goss, si nous laissons Dieu agir en nous. Et,

    estime-t-il, les peuples ne sont pas si loin d’y consentir.

    "Ils sont capables de risquer leur peau dans la guerre, ils le sont aussi pour la risquer dans une action non-violente. Au bout de 50 ans d’expérience, je suis sûr que le monde est prêt à entrer dans une ère nouvelle de

    non-violence. C’est seulement à cette condition qu’on évitera une troisième

    guerre mondiale". (apic/mb/pr)

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