Japon: discrimination envers la main d’oeuvre étrangère (110793)
Tokyo, 11juillet(APIC) Les temps changent. Le Japon pauvre d’hier exportait ailleurs sa main d’oeuvre. Le pays, riche qu’il est aujourd’hui, attire à son tour de nombreux étrangers, pour les basses besognes souvent. Les
problèmes ne manquent pas pour eux: exploitation, difficultés sociales, intégration difficile voire impossible, discrimination... Autant de drames,
parfois, qui préoccupent les évêques japonais. Qui réagissent dans une déclaration sur les problèmes de l’immigration.
Au temps où le Japon était économiquement pauvre, un million de Japonais
environ émigrèrent vers l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et divers
pays d’Asie. Beaucoup d’entre leurs déscendants, qui sont aujourd’hui au
nombre de 1’300’000 environ, ont embrassé la foi catholique. Aujourd’hui,
le Japon est devenu prospère. Attirant du même coup à son tour un nombre
considérable de gens venus de pays pauvres. Beaucoup parmi eux sont catholiques et nombreux sont ceux qui fréquentent les églises catholiques du Japon.
Selon les évêques japonais, "la migration est un phénomène social profondément lié au dévoilement de l’histoire du salut et au développement du
Royaume de Dieu. (...) Le voyage du peuple de Dieu continue aujourd’hui et
continuera jusqu’à ce que le salut soit achevé dans la venue du Royaume de
Dieu." L’Eglise du Japon maintient aujourd’hui des contacts suivis avec des
groupes de travailleurs immigrés, de réfugiés, d’étudiants étrangers, avec
des groupes de marins, avec des Coréens, des Taiwanais et des Chinois, avec
des femmes étrangères devenues victimes de la violence sexuelle et d’autres
formes d’exploitation, avec des étrangers détenus... "Nous croyons que,
souligne la déclaration de la Conférence épiscopale du Japon, en cherchant
à donner à l’Eglise et à la société la possibilité d’apprendre à vivre avec
ces personnes, à travailler et prier avec elles en allant à leur rencontre,
nous amenons la puissance transformante de l’Evangile à agir aussi sur
l’Eglise et la société.
Europe, Etats-Unis, Japon et travailleurs étrangers: même combat
Dans la société japonaise contemporaine, et malheureusement aussi dans
l’Eglise, les différences de race, de sexe, de langue, de culture, de coutumes, de loi et de religion souvent perçues comme des menaces par les Japonais, augmentent la tendance à la discrimination et à l’exclusivisme. En
même temps, ceux qui viennent de l’étranger pour travailler au Japon se
sentent aliénés dans leurs lieux de travail et de résidence. Beaucoup d’entre eux, qui ne sont protégés par aucun système judiciaire japonais, sont
en position vulnérable et subissent un traitement inhumain, particulièrement les femmes.
Le Département japonais de l’Immigration et la loi de l’immigration reconnaissent aujourd’hui 28 types de statut de résidence, mais rien n’est
prévu pour les ouvriers étrangers non qualifiés. Les activités permises
sont strictement contrôlées, c’est pourquoi beaucoup de personnes entrent
dans le pays sous prétexte d’engagements artistiques, d’études, d’apprentissage, de recherche ou de tourisme. Cela crée de nombreux problèmes de
visas expirés, de travail sans permis, de salaires non payés, de femmes
victimes de la prostitution, de mariage entre citoyens de nationalités différentes, et bien d’autres encore.
Témoigner de la catholicité de l’Eglise
Ces problèmes amènent les évêques japonais à affirmer: "Nous, chrétiens
sommes appelés à devenir un dans le Christ avec les autres quels qu’ils
soient. Le temps est venu de répondre à cet appel. L’Eglise a la vocation
d’être une communauté dans laquelle les personnes entrent en relation les
unes avec les autres, acceptant mutuellement les différences qui existent
entre elles. Les tensions et les conflits doivent être regardés comme des
occasions de convertir radicalement notre coeur comme le demande l’Evangile. Les relations qui naissent d’une telle conversion apporteront de nouvelles richesses à l’Eglise. Dépasser les différences entre les peuples ne
signifie pas l’assimilation des autres par l’imposition de notre manière de
vivre, mais il faut le voir comme la naissance d’une nouvelle société et
d’une nouvelle culture."
Les évêques constatent qu’il ne faut pas se contenter d’accueillir chaleureusement ces immigrés. Partant, qu’il est nécessaire de travailler à
construire une communauté qui respecte les différences, "donnant ainsi à la
société qui nous entoure le témoignage de l’universalité de l’Eglise.
L’Eglise du Japon n’est pas seulement une Eglise pour les Japonais. L’Eglise fondée par Jésus-Christ témoigne de l’humanité nouvelle que le Royaume
de Dieu apporte."
Le phénomène actuel de tant de gens quittant leur famille et leur patrie
pour s’établir dans un pays comme le Japon, est certainement un signe des
temps, un nouveau défi qui offre des possibilités pour déployer une nouvelle évangélisation, relèvent les évêques. "L’ensemble de l’Eglise du Japon
est engagé à entreprendre un "programme d’études" pour se familiariser avec
les problèmes principaux; elle doit chercher à y répondre de la manière la
plus appropriée". Dans ce sens, les Eglises locales sont appelées à renforcer leurs efforts pour assurer le témoignage réel de l’Eglise du Japon.
Pour dire que Japonais et étrangers peuvent vivre ensemble. De même, complète la déclaration, "les représentants diocésains de l’Association pour
la solidarité avec les travailleurs migrants et étrangers, de la Commission
pour la coopération internationale mise sur pied par la Conférence épiscopale, devraient collaborer avec les prêtres et les laïcs et prendre des mesures concrètes pour accepter les étrangers comme des membres à part entière afin de trouver des moyens de communiquer avec eux." (apic/snop/cb/pr)