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    EN DIRECT AVEC NOS EVEQUES

    janvier 1990

    Une décennie...

    Dans le cours de l’histoire du monde ou comparée aux périodes de l’évolution l’univers, une décennie est un laps de temps infime. Mais dans la

    vie d’un homme, dans le destin de nombreux peuples et l’histoire de l’humanité une période de dix ans peut se révéler d’une grande importance et

    transformer complètement le visage politique d’une partie de la planète.

    Pensons aux huit dernières décennies, pendant lesquelles deux guerres mondiales ont fait rage et de grandes révolutions ont bouleversé des empires

    et des pays entiers. Pensons en même temps à la souffrance sans fin que de

    tels événements ont apporté à des millions d’êtres humains, des familles et

    des peuples entiers.

    Nous sommes à nouveau au début d’une décennie. Pourtant ce nouveau

    départ revêt une importance particulière. Avec l’année 1990, nous entrons

    dans la dernière décennie du deuxième millénaire. Dans dix ans nous entrerons dans le troisième millénaire de l’histoire du christianisme.

    Beaucoup d’hommes éprouvent une grande peur devant les dix ans du second

    millénaire restants. Qui pourrait ne pas les comprendre dans leur détresse?

    Ils ont vécu ces derniers temps des changements profonds dans les domaines

    les plus divers. Le développement dans plusieurs domaines ne peut plus être

    embrassé du regard - souvent même par les spécialistes. la peur est fondée

    sur le fait que des forces nécessaires à la vie pourraient échapper complètement à l’homme, si bien qu’une catastrophe mondiale serait inévitable.

    Cette peur profonde et souvent panique devant un avenir incertain de même

    qu’une vision profondément pessimiste du monde, qui lui est liée, sont faciles à saisir.

    Et pourtant, nous chrétiens, nous ne devons pas nous abandonner à cette

    peur qui paralyse; car en hommes de foi nous savons qu’en tout temps et à

    toutes les étapes de l’évolution du monde et de son histoire, nous sommes

    dans la main de Dieu, parce qu’il nous aime sans se lasser. Son amour dépasse le temps et il est plus fort que toutes les puissances et les formes

    de violence.

    Les sentiments dans lesquels nous chrétiens nous devons commencer cette

    nouvelle décennie de l’histoire du monde, vraiment importante, sont exprimés dans la bénédiction finale de l’Eucharistie du Jour de l’an :

    "Dieu notre Père...

    Qu’il nourisse en vous la foi implantée par le Christ,

    qu’il entretienne en vous l’espérance du Christ,

    qu’il vous ouvre à la patience et à la charité du Christ."

    Nous ne devons pas entrer dans la nouvelle décennie avec panique et avec

    peur, mais :

    Nous voulons nous efforcer, sur ce chemin, de "conserver la vraie foi"

    et d’acquérir une foi vivante. Dieu est le Père de tout croyant qui professe la même foi que nous et nous sommes plongés dans son amour. Une foi qui

    est "droite" est une foi orientée par la Parole de Dieu et la saine doctrine, une foi qui dans la sincérité cherche la réponse aux questions pressantes de l’homme de notre temps et les trouve.

    Tous nous faisons aujourd’hui la douloureuse expérience qu’une telle foi

    n’est plus aussi naturelle qu’avant, ni vécue comme avant. Elle est remise

    en question de diverses façons. C’est pourquoi nous sommes provoqués à la

    persévérance et à la fidélité. Dieu ne veut pas nous épargner avant tout

    les difficultés de la foi. Mais nous devons et nous pouvons l’implorer pour

    qu’il nous donne la force de toujours mieux exposer la foi afin que nous

    soyons encore plus profondément enracinés en elle.

    Une telle foi nous offre "une espérance inébranlable". C’est vrai : de

    nombreux événements et incidents du monde pourraient nous ravir l’espérance

    et la confiance. Mais si nous restons intérieurement unis à Dieu, nous reconnaîtrons et percevrons les dangers, nous aurons peur, mais nous ne nous

    découragerons pas et ne douterons jamais, parce qu’en fin de compte notre

    ferme espérance en Dieu ne pourra pas être ébranlée. Celui qui espère toujours et qui dans sa confiance dépasse la peur et le découragement qui paralyse, celui-là est capable d’un amour véritable. Dans la bénédiction finale du Jour de l’An il est question de "la patience d’une charité inébranlable". C’est vrai : l’amour demande aujourd’hui une grande et infinie patience, dans le mariage, l’éducation et l’accompagnement de ceux qui nous

    sont confiés, dans toutes les entreprises communes, dans l’aide à ceux qui

    en ont besoin et dans toute souffrance. Un amour véritable doit être "inébranlable", c’est-à-dire qu’il ne doit par se laisser désécuriser ni égarer

    par les échecs et les déceptions, qui n’épargnent personne.

    Un tel amour, "patient et inébranlable", est partout aujourd’hui au sens

    propre "adapté à la détresse" !

    Entrons avec confiance dans cette nouvelle décennie, la dernière du millénaire. Laissons-nous conduire jusqu’au troisième millénaire par la joyeuse prière :

    "Dieu, notre Père...,

    qu’il nourrisse en vous l’espérance du Christ,

    qu’il entretienne en vous l’ espérance du Christ

    qu’il vous ouvre à la patience et à la charité du Christ."

    Otmar Mäder

    Evêque de Saint-Gall

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