IVe Journée Mondiale de la Jeunesse à Saint-Jacques de Compostelle (280789)
rendez-vous fixé par le pape les 19 et 20 août prochain
Fribourg, 28juillet(Pierre Rottet) Dans quelques jours, des dizaines, des
centaines de groupes de jeunes du monde entier se mettront en route, de
France, de Suisse, d’Allemagne, du sud au nord et de l’est à l’ouest de
l’Europe, et d’autres continents. Leur but: rejoindre Saint-Jacques de Compostelle où le pape Jean Paul II leur a donné rendez-vous les 19 et 20 août
prochains à l’occasion de la IVe Journée Mondiale de la Jeunesse placée
sous le thème "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie". L’événement est de
taille. Près de 300’000 jeunes sont attendus dans ce haut lieu de pèlerinage, où se trouve la tombe du premier martyr apôtre, St Jacques. A pied, à
cheval, à vélo, en bateau à voile, en avion ou en train, tous les moyens
sont bons pour rejoindre Compostelle qui signifie "champ de l’étoile", mais
aussi route, quête et recherche intérieure.
"Dépasser les frontières", avaient déclaré les jeunes d’Europe à Strasbourg lors de la visite du pape effectuée dans cette ville en octobre 1988.
Un message entendu sous forme de rendez-vous donné par Jean Paul II durant
cette même journée. Une invitation à la jeunesse à se rendre à Compostelle
renouvelée depuis Rome le 19 mars 1988, dimanche des Rameaux.
Si on estime à près de 300’000 les jeunes qui se rencontreront en Espagne, ils sont à ce jour plus de 200’000 à avoir confirmé leur présence aux
organisateurs de cette IVe Journée Mondiale de la Jeunesse, par l’intérmédiaire des responsables locaux, régionaux et nationaux des différents mouvements catholiques de jeunesse de part le monde. Parmi les inscrits, près
de la moitié arrivent des quatre coins de l’Espagne, près de 20’000 de
France. Les autres de la plupart des pays d’Europe, dont des délégations de
Hongrie, de Pologne et de Tchécoslovaquie. L’Asie sera représentée par des
jeunes de l’Inde et de la Birmanie notament; l’Afrique, par plus de 5 pays
et l’Amérique, en principe, par l’ensemble des pays.
La faute à l’école
Si ce pèlerinage n’a pas provoqué un grand engouement en Allemagne, il
en a encore moins suscité en Suisse. On estime à une trentaine le nombre de
jeunes à faire le déplacement, dont une délégation du Collège St-Charles à
Porrentruy. "La trop grande proximité de la rentrée scolaire avec l’événement y est sans doute pour beaucoup", estime François Fontana, coordinateur
pour l’organisation de ce voyage auprès des différentes paroisses romandes.
Outre la rencontre des jeunes avec le pape, plusieurs autres activités
se développeront à St. Jacques de Compostelle. Les 13, 14 et 15 août, se
tiendra notament le Forum international de la jeunesse. Quelque 250 dirigeants de mouvements catholiques, parmi lesquels 25 d’Europe Occidentale, y
compris la Suisse, et 10 de l’Europe de l’Est; 10 des Etats-Unis; 30 d’Amérique du sud; 36 d’Afrique; 25 d’Asie; 12 d’Oceanie, 12 du Proche Orient et
30 d’Espagne, auxquels s’ajouteront des représentants diocésains de la
pastorale des jeunes des villes de Paris, Milan et Madrid. D’autres activités à caractère spirituel auront lieu du 16 au 18. Des personnalités du
monde entier y prendront part, sans compter la quasi totalité des autorités
ecclésiales espagnoles.
L’idée de la Journée Mondiale de la Jeunesse est née après l’expérience
du Jubilé des Jeunes en 1984 et l’Année Internationale de la Jeunesse de
1985, à Rome. Périodiquement, la célébration de cette Journée Mondiale célébrée annuellement dans les Eglises particulières, est accompagnée d’une
rencontre mondiale avec le pape. Buenos Aires (Argentine) en 1987, SaintJacques de Compostelle cette année.
L’antique route de Saint-Jacques, réseau d’intinéraires de pèlerinage
qui traversent de façon capillaire toute l’Europe et convergent vers la
tombe de Saint-Jacques l’apôtre, est parcourue depuis des siècles par de
nombreux chrétiens.
L’apôtre Saint-Jacques
Jacques, dit "le majeur", était le fils de Zébédée et de Marie Salomé,
il était frère de Jean l’évangéliste. Avec lui, il fut appelé par Jésus
près de la Mer de Galilée et le suivit jusqu’à sa mort. Après l’Ascension
du Seigneur, Jacques commença son voyage apostolique qui le porta à prêcher
l’Evangile jusqu’à la péninsule ibérique, vivant une mission difficile dont
il ne vit pas souvent les résultats. Revenu à Jérusalem, il fut décapité
par ordre d’Hérode en 44 ap. J.-C. et fut ainsi le premier apôtre à verser
son sang pour le Seigneur. Le corps de Jacques l’apôtre fut transporté par
bateau en Galice, ou il fut enseveli près de l’actuel Compostelle. La tombe, occultée pendant des siècles, fut remise à jour dans la première moitié
du IXe siècle.
Les origines de la Route de Saint-Jacques
La découverte du corps de Saint-Jacques, annoncée par l’évêque de Iria
Plavia, Teodomiro (+847), date en fait de la première moitié du VIIIe siècle. La connaissance de l’existence d’un "lieu apostolique" dans le nordest espagnol est cependant mise en évidence plusieurs fois au cours des
siècles précédents: des témoignages du IIIe siècle (Didyme d’Alexandrie,
Théodoret...) sont repris, entre autres, dans le "Bréviarum Apostolorum",
Bréviaire Apostolique du VIIe siècle, et pendant l’obscur VIIIe siècle.
Saint Béat de Liebana, pour sa part, dans son Commentaire sur l’Apocalypse,
fait clairement référence à l’existence d’un culte de Saint-Jacques en Espagne.
Dans ce contexte, et après les discordes théologiques surgies au sein de
l’Eglise au VIIIe et IXe siècle, la découverte de la tombe de l’apôtre libéra le processus religio-culturel latent vers un retour aux racines apostoliques de la foi, unique garantie de la tradition catholique.
Sans problème, le siège épiscopal fut transféré de Iria au "Locus apostolicus"; le sépulcre de Saint-Jacques devint rapidement le but d’un des
trois plus importants pèlerinages du Moyen-Age: Rome, Jérusalem... et
Saint-Jacques de Compostelle. Autour du sanctuaire est tout de suite né un
village qui, sous l’influence toujours plus grande des pèlerins, est devenu la ville florissante du XIIe siècle, appelée seulement alors Saint-Jacques de Compostelle.
Saint-Jacques fut choisie comme point de convergence des pèlerinages de
l’Europe naissante. La "Route" parcourue par une multitude de pèlerins provenant de tous les pays d’Europe, a joué un rôle fondamental dans l’histoire du christianisme européen et, en favorisant des contacts entre populations différentes, a contribué à faire naître la conscience européenne. Jamais depuis le flux des pèlerins ne s’est tari. Cela malgré le fait que les
reliques furent cachées en 1589 pour les sauver de Francis Drake, navigateur anglais, et en dépit des nombreuses périodes critiques traversées au
cours de l’histoire.
En 1884, avec la Bulle "Deus Omnipotens" de Léon XIII qui annonçait la
découverte et l’authenticité des reliques de Saint-Jacques, commença la
nouvelle ère du Chemin de Saint-Jacques, couronnée par le Pèlerinage de
Jean Paul II le 9 novembre 1982, à l’occasion de l’Année Sainte de Compostelle. On estime aujourd’hui à 500’000 chaque année le nombre de pèlerins qui se rendent sur ces lieux.
Le "jacquet" et sa pèlerine
Le jacquet, ainsi appelait-on jadis les pèlerins, devait se munir de papiers (lettre de recommandation de son curé ou de son évêque). Parfois, il
changeait de nom: le premier pèlerin qui apercevait Compostelle était appelé "Roy" et pouvait garder ce nom toute sa vie et parfois même le transmettre. Enveloppés dans une pèlerine, le chapeau à grand revers (le galarus),
ayant un solide bâton (le bourdon) et arborant la coquille Saint-Jacques,
les pèlerins se regroupaient dans des sanctuaires précis et parcouraient
les routes balisées de sanctuaires et d’hospices. Marquée définitivement
par cette expérience unique, celui qui avait accompli ce pèlerinage ne serait plus jamais comme avant: revenu dans sa patrie, souvent il choisissait
d’entrer dans une confrérie vouée à Saint-Jacques, léguant à tous ses membres et à la postérité l’énorme patrimoine de ce qu’il avait vécu. Le premier pèlerin dont il reste un témoignage certain est l’évêque du Puy, Godescalco. C’était en 951. (apic/pr)