Rome, 19janvier(APIC) L’URSS, la Chine, l’Amérique latine, le Proche-Orient, l’encyclique "Humanae Vitae" et les relations entre les jésuites et le
Saint-Siège sont les sujets abordés par le Père Peter Hans Kolvenbach,
préposé général de la Compagnie de Jésus, dans une interview qui paraîtra
dans le prochain numéro du mensuel "Trente jours dans l’Eglise et dans le
monde".
A propos de perestroïka, le Père Kolvenbach cite Konstantin Kartchev,
président du Conseil pour les Affaires religieuses d’URSS. Dans une conférence prononcée début 1988, ce dernier plaidait en faveur d’une certaine
libéralisation religieuse en faisant valoir qu’elle pourrait aussi avoir un
effet positif sur l’économie.
"Nous sommes heureux des nouvelles tâches et responsabilités apolitiques
que crée la perestroïka, de ces contacts renoués avec l’Eglise russe orthodoxe et avec nos confrères qui vivent en Union Soviétique", commente le
général des Jésuites, tout en ajoutant "ne pas se faire d’illusions sur la
véritable portée de cette fragile libéralisation".
Chine : un espoir
Concernant la Chine, le Père Kolvenbach déclare qu’il existe dans ce
pays "une plus grande liberté, mais avec de fortes restrictions et l’impossibilité de relations libres avec le Saint-Siège". Il y a aujourd’hui dans
en Chine, révèle-t-il, des Jésuites qui, une fois sortis de prison ou des
camps de travail, ont jugé opportun de collaborer avec l’Association Patriotique, approuvée par le régime, mais sans en faire partie, afin d’éviter
de plus grands maux à l’Eglise. Cette collaboration n’empêche pas ces
Jésuites, quand l’occasion se présente, d’exprimer leur "désir ardent de
voir se créer le plus rapidement possible une situation d’union libre et
totale avec les Saint-Siège".
Amérique Latine : comme au temps des "réductions"
Interrogé sur l’Amérique Latine, le Père Kolvenbach ne cache pas sa
crainte face à la fascination qu’y exerce chez certains l’idéologie marxiste. "Le christianisme ne peut s’interdire un engagement dans les problématique du développement socio-économiques au nom de l’Evangile", dit-il.
Néanmoins, "en substituant cet engagement à l’annonce de l’Evangile, et
surtout en substituant un combat de haine à l’efficacité particulière du
commandement nouveau, on rique fort de créer de nouvelles injustices
matérielles et une mort spirituelle certaine."
"On a tort de poser le problème de l’évanglisation et de la promotion
humaine en termes d’antinomie", poursuit le Père Kolvenbach, en dénonçant
aussi la misère qu’un capitalisme libéral provoque dans le monde avec la
complicité inconsciente de pays entiers". "Comme au temps des ’réductions’
(*), nous somme appelés par les urgences de notre temps à construire quelque chose de nouveau, en créant ainsi une alternative aux solutions acceptables proposées par les idéologies marxistes".
La situation au Proche-Orient
A propos du Proche-Orient, ou il a vécu de longues années, le Père Kolvenbach cite le Psaume 122 (voeux de paix pour Jérusalem) : "Que la paix
règne dans tes murs". "Fonder toute sa politique sur la violence ne conduira jamais à une paix juste", déclare-t-il, avant d’indiquer que "la violence, le fanatisme, la désunion" sont les maux qui sont à l’origine du drame
que vit le Proche-Orient.
Humanae Vitae : plus facile d’ignorer le désarroi
Qualifiant "Humanae Vitae" d’"encyclique de crise", le Père Kolvenbach
affirme qu’il est "typiquement jésuite" d’être préoccupé et interpellé par
les protestations que l’encyclique a suscitées et de prendre à coeur le
sort des croyants qui, refusant l’enseignement de Paul VI, ont quitté
l’Eglise, que ce soit en claquant la porte ou sur la plante des pieds ...
Le Père Kolvenbach juge qu’il est "plus facile d’ignorer ce désarroi".
Mais, ajoute-t-il, "il ne suffit pas de proclamer la pureté prophétique de
la norme de vie, il faut aussi s’ouvrir aux situations concrètes des
familles chrétiennes pour les aider à vivre le mystère d’amour chrétien,
dans l’obéissance effective et affective à une norme dont l’Eglise a
toujours défendu la valeur au nom de l’amour révélé par le Seigneur".
"Loyauté au "pape blanc"
Au sujet des relations entre le "pape noir" et le "pape blanc", le Père
Kolvenbach cite son prédécesseur, le Père Pedro Arrupe : "Celui qui approfondit toujours davantage au cours de sa vie le mystère de l’Eglise et le
charisme de la Compagnie sent nécessairement que la seule vraie raison
d’être de la Compagnie est le service de l’Eglise en obéissance au pontife
romain. Se soustraire à ce but reviendrait à signer notre arrêt de mort."
Le Père Kolvenbach ajoute ce commentaire : "Malgré certaines tensions
qui peuvent exister à l’intérieur de telle ou telle Eglise particulière, et
malgré un certain complexe anti-romain en certaines régions du globe (...),
aucun Jésuite n’a refusé l’appel au 4ème voeu, qui concerne la disponibilité à accepter toute mission que le Saint-Père nous confie, et qui implique aussi (...) une plus grande dévotion au Saint-Siège, une loyauté particulière envers le Saint-Père." (apic/cip/jt/bd)
(*) Les "Réductions" jésuites, dont la première fut créée au Paraguay en
1609, furent une expérience unique dans l’histoire missionnaire : des villages créés à l’intention des Indiens Guarani et peu à peu gérés par eux;
ce qui n’étaient pas du goût des colons espagnols. Les "réductions", évoquées dans le film "La Mission" de Roland Joffé, palme d’Or au Festival de
Cannes 1986, furent démantelées par le fer et par le feu au milieu du
XVIIIe siècle à la suite d’un traité entre les intéressés.