Italie : fin du monopole de la Démocratie-Chrétienne ? (040889)
Rome, 4août(APIC/CIP) Rome pourrait bien devenir la troisième ville
d’Italie, après Palerme et Reggio de Calabre - en attendant Turin ? - à
voir une nouvelle liste catholique battre en brèche le monopole de la toute-puissante Démocratie-Chrétienne. Premier parti de la Péninsule, la DC
semble affaiblie par l’usure du pouvoir et a besoin d’un nouveau souffle.
La municipalité de Rome a annoncé ce 31 juillet des élections anticipées
pour cet automne.
Depuis une semaine, le gouvernement italien est à nouveau dirigé par
l’un de ses leaders, le romain Giulio Andreotti qui était parvenu à faire
de son poulain, Pietro Giubilo, le maire de la Ville Eternelle. Pietro Giubilo a dû remettre son écharpe à la suite de polémiques portant notamment
sur l’adjudication de cantines scolaires à diverses coopératives liées au
mouvement catholique "Communion et Libération".
Une ville à deux vitesses
L’affaire est évoquée cette semaine par "Famiglia Cristiana", le plus
gros tirage des hebdomadaires de la Péninsule. Son directeur y consacre même un éditorial et un article où il fait état des rumeurs selon lesquelles
une nouvelle liste catholique se présenterait en concurrence avec la DC.
Celle-ci se voit accusée par une partie du monde catholique de tremper dans
trop de "magouilles", et "de s’intéresser davantage aux élections et aux
affaires qu’au bien public".
Selon la revue chrétienne italienne, le mécontentement vient surtout
"des paroisses de banlieue de l’effrayante périphérie", "des centaines de
volontaires qui donnent à manger aux milliers de "barboni" (clochards) et
de nombreux prêtres "en mission" dans les bas quartiers.
S’adressant aux responsables politiques de la ville il y a quelque mois,
Jean Paul II avait déjà parlé d’une ville à deux vitesses, où, "à côté
d’immenses trésors, de biens culturels, religieux, humains, on observe des
secteurs en butte à des multiples malaises moraux; des coins de
tiers-monde".
La menace sera-t-elle mise à exécution ?
En Italie, rien n’est jamais simple. Selon Famiglia Cristiana, les critiques adressées à la DC romaine et l’hypothèse de la constitution d’une
nouvelle liste émanent surtout des responsables d’associations catholiques,
d’étudiants et de professeurs de deux instituts romains de sciences politiques. Le président d’un de ces instituts, Lazzati Bosio, par ailleurs dirigeant national de l’Association des Travailleurs Chrétiens (ACLI), nie
l’intention de vouloir créer une nouvelle liste. Il s’agit, selon lui, de
lancer le débat sur la réalité romaine et ses perspectives, comme de contribuer à la formation d’une nouvelle classe politique.
Don Battista Pansa, de l’Institut Caynari, le département des sciences
humaines de l’Université du Latran, est plus explicite : "La question d’une
liste alternative à la DC a été posée dans notre école en relation avec le
jugement sévère porté sur la situation politique dans la commune de Rome."
Don Diliegro, directeur de la Caritas romaine, considéré comme l’un des
inspirateurs de la manoeuvre anti-DC, souligne "l’aspiration de nombreux
jeunes catholiques à quelque chose d’autre" et fait état de leurs
"divergences de vues" avec la DC.
Travailler à l’unité des catholiques
Ce n’est pas que les bonnes volontés fassent défaut. "Nous sommes
disponibles. Nous offrons, nous sollicitons, mais nous sommes pratiquement
ignorés", déclare le cardinal Ugo Poletti, vicaire du pape pour le diocèse
de Rome. Mais le souci des responsables diocésains est avant tout de
travailler à l’unité des catholiques. Disant parler au nom du même cardinal
Poletti, Mgr Giovanni Marra, évêque auxiliaire, affirme de son côté qu’
"aucun catholique responsable ne peut aujourd’hui envisager sérieusement de
présenter une liste alternative à la DC", que tous doivent ête animés d’une
"volonté commune de travailler à l’unité des catholiques".
Famiglia Criatiana conclut que si une liste alternative était déposée le
8 août à Rome et ensuite ailleurs, "il serait opportun que la DC, d’une
part, et le monde catholique, d’autre part, y réfléchissent sérieusement,
car l’unité politique des catholiques se fonde sur un témoignage qui doit
apparaître clairement à tous, catholiques et non catholiques. Si ce n’était
pas le cas, cette unité perdrait sa signification." (apic/jtt/mg)