et le mouvement "Communion et Libération"
"L’Osservatore Romano" critique le meeting de Rimini
Rome, 29août(APIC/CIP) "L’identité même de cet événement pourtant attendu
paraît toujours plus compromise d’année en année" : c’est ce qu’on peut lire dans un bref article que "L’Osservatore Romano" consacre au traditionnel
meeting organisé à Rimini par le mouvement catholique italien "Communion et
Libération".
Avec ses 70.000 adhérents (et une quinzaine de milliers d’autres dans
une vingtaine de pays), ce mouvement, créé à Milan par Don Giussani en
1954, a acquis dans le débat public un poids incontestable. Souvent qualifié de "fondamentaliste" ou d’"intégriste", l’organisation, qui se cantonnait au départ dans le milieu étudiant, s’est élargi à d’autres milieux. Il
est présent sur le terrain social, dans la politique et les médias. Depuis
1980, il organise à Rimini son grand rendez-vous, le "Meeting pour l’Amitié
entre les Peuples". L’événement, qui rassemble plusieurs dizaines de milliers de participants, a eu lieu cette année du 20 au 27 août. Un grand
spectacle, qui attire pas mal d’étrangers, et dont l’un des hôtes les plus
assidus est le démocrate-chrétien Giulio Andreotti, 70 ans, devenu cet été,
et pour la sixième fois, Premier ministre de la République italienne.
L’Osservatore Romano : "une occasion manquée"
Il va de soi que le Meeting de Rimini est largement répercuté dans le
presse de la péninsule. Cet intérêt n’est sans doute pas étranger au fait
qu’on n’y aborde pas seulement des sujets strictement religieux. L’an dernier, le "flirt" avec le Parti Socialiste avait déjà fait couler pas mal
d’encre. Cette année, ce sont surtout les critiques émises par "Communion
et Libération" et les polémiques qu’elles ont suscitées qui retiennent
l’attention.
Le mouvement s’en est pris notamment à l’ancien Premier ministre, Ciriaco de Mita, et au président de la république, Francesco Cossiga. Des critiques à ce point virulentes que "Commission et Libération a cru bon de présenter des excuses.
"L’Osservatore Romano" regrette cette évolution. Dans un billet non signé, le quotidien note qu’il est presque inévitable que le flot de polémiques en vienne à éclipser tout autre aspect. Il dénonce la confusion ainsi
créée et les critiques "injustes et irrespectueuses" dont le président italien a été la cible.
Dans sa charge contre le meeting, "L’Osservatore Romano" parle d’un
"climat d’opposition et de sectarisme", en s’en prenant à ceux qui se donnent "la grave responsabilité de faire preuve d’un irrespect" que ne peut
que réprouver le monde catholique. Bref, "Rimini a été cette année une occasion manquée".
Présent à la clôture du meeting, dimanche 27 août, le cardinal Gagnon,
président du Conseil pontifical pour la Famille, qu’accompagnait Mgr Cordes, secrétaire du Conseil pontifical pour les Laïcs, avait exprimé aux organisateurs "la reconnaissance du Saint-Siège et du Saint-Père". Dès le
lendemain, la salle de presse du Saint-Siège précisait que les deux prélats
s’étaient rendus à Rimini à l’invitation des organisateurs et qu’ils s’y
trouvaient "à titre strictement personnel".
Autocensure à "Il Sabato" et suspension de "30 Giorni"
Les responsables du "Movimento Popolare", la branche politique de "Communion et Libération", ont été les premiers à faire part de leur "étonnement" face à cette réaction "négative" du quotidien du Vatican. Ils ont décidé la suspension pour une période indéterminée de "30 Giorni", mensuel
d’information religieuse dont les cinq éditions ("Trente jours dans l’Eglise dans le monde", en français) totalisent un tirage de quelque 50.000
exemplaires.
Pour l’hebdomadaire "Il Sabato", publié également par "Communion et Libération", c’est la semaine du blanc: sa prochaine édition ne comportera en
effet que des pages blanches (ni articles, ni photos), avec, en encart, un
livre...blanc reprenant les critiques adressées à de Mita et à Cossiga. Une
autre cible du "Movimento Popolare" n’est autre que le directeur de "L’Osservatore Romano", Mario Agnès, considéré comme un partisan de l’ancien
Premier ministre de Mita.
Toujours à propos de cette affaire, "Communion et Libération" a publié
mardi 29 août un nouveau communiqué dans lequel le mouvement observe que
"ce n’est pas un journaliste anonyme de "L’Osservatore Romano" qui peut remettre en cause le caractère ecclésial d’un mouvement officiellement reconnu par le Saint-Siège (1982)". Son intention, précise le communiqué, n’est
pas d’interférer dans "les opinions et les actions libres et légitimes que
peut exprimer et réaliser, en exerçant sa responsabilité personnelle, tout
laïc dans l’Eglise et tout citoyen dans la société". C’est cette même responsabilité qu’assument le "Movimento Popolare", le meeting de Rimini, "Il
Sabato" et "30 Giorni", explique le communiqué. Et c’est pourquoi "Communion et Libération" voit dans la polémique relancée par le billet de "L’Osservatore Romano", au lendemain de la clôture du meeting et à la veille du
conseil national de la Démocratie chrétienne, "un fait grave et incompréhensible". (apic/cip/jt/pr)