Istanbul: Sommet orthodoxe extraordinaire (180292)
L’unité orthodoxe au centre des débats
Genève, 18 février(APIC) Les primats de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales et autonomes se réuniront à la mi-mars au Phanar à Istanbul,
siège du Patriarcat oecuménique, afin de témoigner de l’unité orthodoxe, un
problème critique dans certaines régions où s’affrontent des juridictions
parallèles, comme en Russie ou en Grèce. Les difficultés rencontrées dans
le dialogue avec l’Eglise catholique, en raison du problème uniate, seront
également discutées.
Le point culminant de la rencontre sera la liturgie eucharistique qui
marquera la fête annuelle de l’orthodoxie, célébrée le premier dimanche du
Carême (cette année le 15 mars).
La présence des quatorze primats à la réunion, convoquée par le patriarche oecuménique Bartholomée, est sans précédent, a remarqué le Père Georges
Tsetsis, représentant permanent du Patriarcat oecuménique auprès du Conseil
Oecuménique des Eglises (COE) à Genève. Des émissaires du patriarche Bartholomée, intronisé en novembre dernier, ont visité ces derniers mois toutes les Eglises orthodoxes pour transmettre l’invivation et réunir le matériel destiné à l’ordre du jour de cette rencontre au sommet.
Le problème uniate n’est pas au centre de la rencontre
G. Tsetsis a écarté et qualifié de "fausse impression" les rumeurs qui
ont couru dans certains milieux, selon lesquelles cette réunion extraordinaire avait été convoquée en vue de traiter exclusivement du problème des
tensions entre orthodoxes et catholiques romains en Europe orientale et
centrale. Le P. Tsetsis reconnaît cependant que certains points de litige,
notamment le problème uniate, c’est-à-dire des Eglises catholiques de rite
oriental, "seront certainement discutés". Par ailleurs, la réunion de mars
n’abordera pas des points qui figurent déjà à l’ordre du jour du prochain
Grand Concile de l’Eglise orthodoxe.
L’unité interne de l’orthodoxie est un problème critique dans certaines
régions, observe G. Tsetsis. Même si la division entre l’Eglise orthodoxe
serbe à Belgrade et une juridiction dissidente aux Etats-Unis vient d’être
résolue, d’autres problèmes demeurent: des divergences existent sur la revendication d’autocéphalie en Macédoine et en Ukraine, et sur la présence
de "juridictions parallèles", par ex. en Grèce ou en Russie (notamment avec
l’érection sur territoire russe de paroisses de l’Eglise russe "hors-frontières").
Avec la chute du régime communiste, l’Eglise orthodoxe russe "hors-frontières" - fondée en 1922 à Karlovci, en Serbie, et plus tard déplacée à
Jordanville (New York) - est retournée en Russie où elle a cherché à établir ses propres diocèses parallèlement à ceux du Patriarcat de Moscou.
Cette Eglise venue de la diaspora affirme que c’est elle seule qui a maintenu l’identité de l’Eglise russe durant la période post-révolutionnaire.
En Grèce, la dissidence des "vieux-calendaristes"
En Grèce, de façon similaire, ceux qu’on appelle les "vieux-calendaristes" déclarent avoir 700’000 adhérents. Ils prétendent que ce sont eux, et
non pas l’Eglise de Grèce, qui sont restés fidèles à l’orthodoxie depuis
1923, date à laquelle l’Eglise de Grèce, comme le Patriarcat oecuménique et
d’autres Eglises orthodoxes, ont adopté le calendrier grégorien. Le groupe
dissident qualifie ce calendrier d’invention occidentale, liée au mouvement
oecuménique. Les "vieux-calendaristes" - eux-mêmes divisés en trois ou quatre groupes -, comptent un certain nombre de fidèles parmi les communautés
d’immigrants grecs aux Etats-Unis, en Allemagne, en Australie et à Chypre.
Comme on le voit, le problème de l’unité au sein de l’orthodoxie n’est
certes pas facile à résoudre.
Reprise du dialogue catholique-orthodoxe les 2 et 3 mars à Genève
Quant aux relations difficiles en ce moment avec l’Eglise catholique,
notons que les conversations bilatérales entre l’Eglise orthodoxe russe et
l’Eglise catholique romaine - interrompues en raison du conflit sur
"l’uniatisme" et des accusations portées contre le Vatican de faire du
"prosélytisme" en Russie - devraient reprendre à Genève les 2 et 3 mars.
D’autre part, la Commission internationale mixte de dialogue théologique
entre les Eglises orthodoxes et l’Eglise catholique romaine se réunira en
juin prochain au Liban. Dans une déclaration faite lors de sa dernière session en juin 1990, la Commission mixte déclarait que la question uniate est
"un problème urgent qu’il faut traiter en priorité avant tout autre point
prévu dans le dialogue". Elle a rejeté "l’uniatisme" comme méthode d’unité
et reconnu que les Eglises uniates existantes présentent certains "points
concrets de friction" qui doivent être réglés. (apic/spi/be)