De graves violences sexuelles sur des enfants ont été perpétrées principalement au sein des communautés ultra-orthodoxes et nationalistes-religieuses juives de Jérusalem, Bnei Brak, Haïfa, Safed et d’ailleurs, selon le journal en ligne édité à Jérusalem The Times of Israël.
Des survivantes ont témoigné devant les députés de la Knesset des années d'abus sexuels commis par des individus se réclamant de la religion dont elles ont été victimes dans leur enfance. Les répercussions de ces «rituels sexuels sadiques», pratiqués de longue date dans le cadre de cérémonies religieuses en Israël, ont encore été aggravées par l'indifférence des autorités, relève la journaliste Ariela Karmel.
Les autorités ont regardé ailleurs
Leurs témoignages, qui font également état de négligences répétées de la part des autorités, s'inscrivent dans un schéma inquiétant documenté par des journalistes, des experts en traumatismes et des dirigeants d'ONG.
La police a ouvert une enquête sur de multiples accusations d’abus sexuels rituels organisés, après que des femmes aient apporté des témoignages poignants de torture, de viol et d’autres horreurs révélés devant les députés de la Knesset lors d’une audience particulière qui a eu lieu le 27 juillet, rapporte Ariela Karmel.
«Ces femmes ont raconté les abus sexuels horribles dont elles ont été victimes à l’âge de l’innocence et de l’insouciance – des abus généralement perpétrés par des groupes qui adoptaient une rhétorique religieuse, avec une iconographie du même type. Ces agressions auraient eu lieu dans des endroits aussi divers que des écoles, des synagogues, des habitations, des entrepôts, des cimetières ou des forêts, ont-elles affirmé».
Des chefs religieux et communautaires ont pris part à ces violences
Des femmes ont effectivement affirmé que des chefs religieux et communautaires avaient pris part à ces violences. L’une d’entre elles, Yael Ariel, a dit avoir entendu des femmes se souvenir que «des médecins, des éducateurs, des policiers et d’anciens et actuels membres de la Knesset» y avaient participé, selon The Times of Israël.
D’autres victimes qui ont raconté leur expérience ont demandé à conserver l’anonymat de manière à pouvoir parler ouvertement des tortures atroces qu’elles ont subies.
Une survivante a raconté qu’elle avait commencé à être victime «d’abus insupportables» quand elle avait l’âge de cinq ans seulement, notamment de la part de chefs religieux et d’éducateurs qui lui avaient dit qu’elle était «défectueuse» et qu’elle devait être «réparée». Certaines victimes ont indiqué qu’un grand nombre de ces incidents avaient été filmés à l’aide de caméras ou de téléphones.
Ils savaient, mais ils n’ont rien fait !
Les victimes qui ont témoigné devant les députés ont accusé les autorités, notamment les éducateurs, les travailleurs sociaux et la police, d’avoir été alertées des crimes commis mais de n’avoir pris aucune mesure pour y mettre un terme. Les procureurs ont été également accusés d’avoir classé les affaires sans suite, les jugeant indignes de leur attention, et, dans certains cas, les responsables communautaires eux-mêmes auraient participé aux abus.
Orit Sulitzeanu, directrice de l’Association des centres d’aide aux victimes de viol en Israël, qui travaille depuis plus d’un an avec les survivantes d’abus sexuels rituels organisés afin de rendre leurs plaintes publiques, a estimé que les communautés ultra-orthodoxes semblaient particulièrement susceptibles de tolérer de tels mauvais traitements, les rabbins et les responsables communautaires bénéficiant d’une grande autorité et les «liens insulaires» créant une loi du silence et la méfiance à l’égard du monde extérieur. «Lorsqu’il y a un agresseur parmi eux, ils préfèrent faire taire la victime et nier ce qui se passe», précise Orit Sulitzeanu citée par Ariela Karmel.
L’enquête «explosive» du journaliste Noam Barkan
Suite à une enquête «explosive» du journaliste Noam Barkan dans le quotidien Israel Hayom du 23 avril 2025 («Bottom of darkness: Children raped in ritual ceremonies expose the horrors»), le magazine juif Alliance parle d’un «séisme moral et institutionnel qui ébranle Israël». «Derrière des portes closes, dans des maisons ordinaires ou des institutions respectées, des enfants auraient été victimes de tortures rituelles, d’abus sexuels organisés, de sévices déguisés sous les oripeaux d’un mysticisme dévoyé».
Ces cérémonies avaient lieu dans des maisons de famille, des synagogues, des yeshivot (centres d'étude de la Torah et du Talmud, ndlr), parfois même dans des établissements publics. Le détail le plus troublant reste la possible implication de figures respectées: éducateurs, enseignants, médecins, officiers de police, voire anciens députés - ou même certains toujours en poste – ont participé à ces rituels, dénonce le magazine juif Alliance. Les témoignages entendus en juin 2025 à la Knesset ont provoqué un électrochoc. Plusieurs députés ont quitté l’hémicycle en pleurs. D’autres ont promis que toute la lumière serait faite sur ces actes. (cath.ch/toi/israelhayom/alliance/be)