Israël: rapport sévère d’un délégation belge (270592)
Bruxelles, 27mai(APIC) Une délégation belge de six personnes présidée par
l’ancien sénateur Jean-E. Humblet, s’est rendue en Israël et dans les territoires occupés du 15 au 21 mai pour enquêter sur la situation des Palestiniens. La délégation dont faisait partie le Père Guy de Marneffe, ancien
directeur des Collèges jésuites de Charleroi et de Bruxelles, a présenté
mardi à Bruxelles son rapport sur les droit de l’homme, la santé, l’éducation, la condition féminine et la situation économique et sociale. Après 25
ans d’occupation, les Palestiniens vivent plus que jamais dans une situation dramatique et pénible.
En six jours, la délégation a pu avoir des contacts tant avec des Palestiniens qu’avec des Israéliens. En revanche les autorités leur ont déclaré
inexistantes ou introuvables les informations relatives aux dépenses de
l’Etat d’Israël dans les territoires occupés, comparativement aux taxes
payées par les Palestiniens, tout comme les chiffres relatifs aux dépenses
pour le réseau routier et les implatations juives et à leur superficie.
Un pouvoir militaire
Dans les territoires occupés par l’armée israélienne la situation a peu
changé. Les autorités militaires ont gardé les pleins pouvoirs. Elles organisent des procès expéditifs cumulant jusqu’à 50 affaires par séance. Quelque 250 Palestiniens soupçonnés d’activisme sont actuellement en détention
administrative sur la base de dossiers établis par les services secrets.
Ces détenus sont sous l’autorité d’un juge militaire qui décide seul et
souverainement. De nombreux témoignages rapportent que des Palestiniens
"suspects" recherchés sont régulièrement abattus par des soldats israéliens
déguisés en arabes. Un haut responsable militaire n’a pas nié ces "bavures"
mais a parlé "d’accidents" tels qu’il en arrive partout.
Santé en déclin
La mortalité infantile atteint dans les territoires occupés des taux records allant de 55 à 80 pour mille, alors qu’en Israël ce taux est de 10
pour mille. De même l’espérance de vie d’un Palestinien est de 60 ans alors
qu’elle est de 78 ans en Israël. Le camp de réfugiés de Jabaliya, dans la
Bande de Gaza, regroupe plus de 80’000 Palestiniens sur 9 km2. Il ne compte
que six médecins et aucun nouveau lit d’hôpital n’a été installé depuis 25
ans.
Le réseau gouvernemental d’hôpitaux, le mieux équipé, n’est accessible
qu’à 20 à 30% de la population: ceux qui ont les moyens de s’assurer. L’essentiel des services de santé est asssuré par les Centres de santé placés
sous l’égide des Nations Unies. Un travail capital vu la surpopulation, la
pollution des rues (plus de ramassage d’ordures depuis 1981) et le manque
d’eau. 800’000 Palestiniens de la Bande de Gaza n’ont droit qu’aux deux
tiers de l’eau disponible, le tiers restant étant réservé aux 4’500 colons
juifs. On constate une recrudesence des maladies infectieuses, psychologiques et cardio-vasculaires. Les camps du point de vue de la propreté sont
de "véritables cloaques à ciel ouvert".
Jeunes traumatisés
80% des enfants sont déjà passés par la prison, ne fut-ce que quelques
heures. Ce fait et les tensions avec les autorités militaires israéliennes
risquent de marquer gravement toute une partie de la jeunesse. Dans la Bande de Gaza, le réseau d’éducation de l’ONU touche 100’000 enfants, mais les
conditions de travail sont, à cause de l’occupation, souvent déplorables.
En Cisjordanie, l’Université de Bir Zeit a pu rouvrir ses portes, mais la
Faculté de droit est resté fermée. Les étudiants sont souvent victimes de
nombreuses tracasseries qui allongent et bouleversent leurs études.
Seule une minorité des femmes peut trouver du travail dans les domaines
de la santé et de l’éducation. La plupart sont au chômage ou bien travaillent au noir et sont tenues de laisser la moitié de leur salaire à ceux qui
les recrutent et l’autre moitié à leur mari ou à leur frère. Les charges
familiales s’ajoutent encore à cette exploitation. Les familles comptent
encore en moyenne 7 enfants. De nombreuses organisations soutiennent cependant les femmes dans leur lutte pour l’égalité des droits.
La situtation socio-économique a empiré ces dernières années dans les
territoires occupés. Puisqu’il s’agit d’une occupation, et non de l’organisation d’un Etat, il n’y a pas de politique sociale, ni économique ni sanitaire. Avant le déclenchement de l’Intifada, 127’000 Palestiniens se rendaient chaque jour en Israël pour travailler. Ils ne sont aujourd’hui plus
que 25’000. Le taux de chômage atteint 40% dans la Bande de Gaza et la Cisjordanie.
Artisans de paix
Un des aspects positifs observé par la délégation concerne la liberté
d’expression plus grande laissée aux mouvements pour la paix en Israël,
notamment "Peace Now" (la paix maintenant). Du côté des religions, la délégation n’a pu rencontrer que Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, qui leur a laissé une forte impression. Il souhaite que Jérusalem reste la Ville Sainte de toutes les religions et réclame un statut d’autonomie pour la vieille ville et ses Lieux saints. La délégation regrette toutefois que dialogue interreligieux reste impossible "car l’intransigeance
actuelle de l’Etat d’Israël bloque vraiment le rapprochement". (apic/cipmp)