Irak: Les chrétiens de Bagdad dans la tourmente (110191)
Bagdad, 11janvier(APIC) Au lendemain de l’échec de la rencontre de Genève
entre Tarek Aziz et James Baker, les chrétiens de Bagdad vivent - "comme le
reste de la population" - dans la peur de la guerre et demandent aux chrétiens d’Occident de prier encore plus intensément pour la paix. Mais, dans
une interview accordée vendredi à l’agence APIC, un religieux catholique de
Bagdad a déclaré attendre plutôt l’intervention divine : "En effet, qu’ont
fait les chrétiens occidentaux pour le Liban... le Liban est tombé, tout le
monde chrétien parlait, mais dans les faits, les chrétiens libanais sont
perdus!"
"Il y a sûrement de l’amertume chez les chrétiens ici, mais il semble
que ce soit maintenant très tard, et c’est le ciel seul qui peut nous aider", affirme un prêtre de Bagdad qui préfère garder l’anonymat. Il serait
souhaitable que le pape Jean Paul II prenne encore d’autres initiatives,
"mais est-ce que l’on fait ce qu’il veut et ce qu’il dit ?". Le pape Jean
Paul II n’avait-il pas en effet déclaré le jour de Noël que "la guerre est
une aventure sans retour" ?. Quant à l’état d’esprit de la communauté chrétienne d’Irak - un demi-million de fidèles de diverses confessions et rites
- "comme toute la population, elle se sent menacée par la guerre". Après la
dernière journée nationale de prières et de jeûne pour la paix qui a eu
lieu le 5 janvier dans tout le pays (à Bagdad, Mossoul, Basra, Ninive,
Kirkouk, etc.), "on prie tous les jours".
Quant au chef de l’Eglise chaldéenne catholique, le patriarche Raphaël I
Bidawid, il a ordonné 7 nouveaux prêtres vendredi matin, et devrait entreprendre ces prochains jours une tournée internationale pour expliquer la
situation de son pays. Depuis le début de la guerre entre l’Irak et l’Iran,
il y a dix ans, la communauté chrétienne d’Irak a subi une vague d’émigration vers le Canada, les Etats-Unis, l’Australie et l’Europe, mais aujourd’hui les frontières sont fermées. Et, comme l’a précisé un prêtre de
Mossoul, "qu’il y ait la guerre, qu’il y ait la paix, nous sommes solidaires de notre peuple, et nous ne faisons pas de distinction entre confessions religieuses!" (apic/be)
Encadré
Présents depuis les débuts de la chrétienté dans cette région, les chrétiens - aux trois-quarts catholiques, de divers rites - sont certes minoritaires en Irak (3,5 % d’une population de 17 millions d’habitants), mais
leur rôle n’est pas négligeable. Tarek Aziz n’appartient-il pas lui-même à
la communauté catholique de Mossoul ? Dans un pays à très forte majorité
islamique (sunnite et chiite), il est intéressant de noter que le ministre
des Affaires étrangères est un catholique, et que de nombreux gardes du
corps ainsi que les serviteurs de Saddam Hussein sont chrétiens. Selon diverses sources, si les Eglises chrétiennes en tant que telles ne sont pas
persécutées en Irak, elles ont la marge de manoeuvre que leur laisse un
Etat à parti unique qui est loin d’être tendre avec ses adversaires.
(apic/be)