Irak: le président du parlement kurde en visite en Suisse (121192)
Berne, 12novembre(APIC) Jawher Namiq Salem, président du parlement kurde
élu en mai dans le nord de l’Irak, appelle les pays européens et les Etats
-Unis à faire pression sur la Turquie pour faire changer sa politique contre les Kurdes. Les Kurdes du nord de l’Irak sont menacés de mourir de faim
et de froid, si l’acheminement de l’aide continue à être entravé, a-t-il
expliqué récemment à Berne, lors d’un voyage en Suisse, tenu secret par la
police pour des raisons de sécurité .
Le gouvernement de Bagdad a depuis longtemps décrété un embargo contre
la région ’libre’ du nord de l’Irak où vivent 3,5 des 6 millions de Kurdes
que compte le pays. Pour la troisième fois depuis la fin de la guerre du
Golfe, la seule route internationale de liaison avec les Kurdes irakiens,
qui passe par la Turquie, est coupée, cette fois-ci par les membres du Parti des travailleurs kurdes (PKK) pourchassés par l’armée turque. Un convoi
de vivres de Caritas Suisse est bloqué à la frontière. Au siège de l’organisation à Lucerne, on espère cependant une réouverture de la frontière
dans les prochains jours.
Selon Jawher Namiq Salem, "le radicalisme du PKK est un produit de la
pression turque". Cette situation de blocage conduit à une pénurie de nourriture et de médicaments dans le nord de l’Irak. Un sac de farine coûte actuellement un mois de salaire pour un instituteur, un kilo de riz le quart.
Le président du parlement kurde d’Irak se déclare actuellement hors parti, même s’il a été élu sur la liste du parti démocratique des Kurdes
d’Irak (PDK) de Massoud Barzani. Trois parlementaires l’accompagnent durant
son voyage: Francis Yosuf Shabo, un des cinq représentants de la communauté
chrétienne assyro-chaldéenne, Saadi Ahmed Mohamed Pire, membre de l’Union
patriotique du Kurdistan de Jalal Talabani, et Hama Najm Faraj Hassan, un
indépendant.
"L’expérience de liberté" du Kurdistan irakien, protégé des armées de
Saddam Hussein depuis la fin de la guerre du Golfe, est actuellement sérieusement menacée, estime Jawhel Namiq Salem. Le parlement kurde, composé
de 105 membres élus en mai, et le gouvernment formé en juillet doivent faire face à une grave crise économique due au blocus des autorités irakiennes. Cette crise pourrait à nouveau déboucher sur une escalade militaire.
La Syrie, l’Iran et la Turquie, pays dans lesquels vivent d’importantes minorités kurdes ne voient pas non plus d’un bon oeil l’autonomie des Kurdes
d’Irak.
De son côté, le PKK qui n’a pas pris part au parlement de coalition et a
préféré constituer son propre parlement "révolutionnaire", pour poursuivre
le combat armé en Turquie. Sous la menace turque, "les activistes du PKK,
se sont retirés sur notre territoire, donnant ainsi aux Turcs le prétexte
pour attaquer les Kurdes au nord de l’Irak". "Il s’agit d’une violation de
notre souveraineté nationale", explique Namiq Salem.
"De plus les Kurdes, à cause de l’action du PKK, sont victimes du
discrédit de l’opinion publique mondiale", estime-t-il.
Sur le plan intérieur irakien, le parlement kurde souhaite avec d’autres
groupes d’opposition minoritaires (chiites) la création d’un Etat de type
fédéral. Des premiers contacts dans ce sens ont eu lieu cet automme. Le retour des 300’ 000 Kurdes réfugiés en Iran est également une des autres préoccupations de son gouvernement, de même que la libération des 12’000 prisonniers de guerre détenus par les Irakiens. Interrogé sur la possibilté
d’un cavalier seul des Kurdes, le président répond que "les frontières ne
sont pas sacrées, mais qu’elles sont là". "Nous sommes un mouvement réaliste", précise-t-il. Le plus important est de passer l’hiver. "Les Kurdes
auront faim et froid, même s’ils vivent au dessus d’une mer de pétrole",
conclut-il laconiquement. (apic/gs/mp)
Des photos du Kurdistan irakien sont disponibles auprès de l’agence APIC