Irak: L’évêque latin de Bagdad dénonce le maintien de l’embargo (290991)
Rome, 29septembre(APIC) L’évêque catholique de rite latin de Bagdad, Mgr
Paul Dahdah, a condamné à nouveau l’embargo qui frappe l’Irak. Dans une interview accordée ce week-end à Radio Vatican, Mgr Dahdah a déclaré qu’il
est incompréhensible que l’embargo économique soit maintenu contre l’Irak
après la guerre du Golfe et l’évacuation du Koweït. En Irak, mais également
dans les milieux humanitaires et religieux de Jordanie, de plus en plus de
voix s’élèvent pour demander la fin de l’embargo contre l’Irak, qui touche
en premier lieu la partie la plus vulnérable de la population, les enfants,
les femmes et les personnes âgées.
La population de l’Irak, affirme Mgr Dahdah, "aspire à une paix basée
sur la justice et la dignité humaine et qui ne cherche pas à obtenir des
avantages pour certains au détriment d’autres". Mgr Dahdah participait ces
jours derniers à Rome à une rencontre des évêques latins du Moyen-Orient.
Dans une interview accordée à l’agence APIC dans sa résidence de Bagdad
- non loin du bâtiment des Forces aériennes détruit par les bombardements
alliés - Mgr Raphaël Bidawid, patriarche de Babylone des Chaldéens, et chef
de la plus importante communauté chrétienne d’Irak, a qualifié l’embargo
d’"inhumain et immoral".
Une émigration qui menace la présence chrétienne en Irak
Des dizaines de milliers d’Irakiens - dont de nombreux chrétiens, d’ordinaire bien formés - ont cherché refuge ces derniers mois à Amman, en Jordanie, où ils reçoivent notamment l’aide de la Caritas dirigée par le Père
Moussa Adeli. Mgr Bidawid déplore cette "perte de substance" dans une des
plus anciennes communautés chrétiennes, une communauté datant des Apôtres,
installée sur la terre de Mésopotamie depuis l’époque où Saint Thomas, en
route vers l’Inde, laissa sur place ses disciples Mar Addaï et Mar Mari
pour continuer son oeuvre d’évangélisation. Il y a aujourd’hui près d’un
million de chrétiens en Mésopotamie, mais nombreux sont ceux qui vendent
tout pour tenter de rejoindre leurs coreligionnaires vivant dans la
diaspora aux Amériques ou en Europe.
Le patriarche de Babylone des Chaldéens explique cette fuite par la fatigue de la population, lassée après huit ans de guerre sanglante avec
l’Iran et qui vient à nouveau de vivre une nouvelle guerre. Les chrétiens
irakiens partent en espérant trouver une vie meilleure, "parce que la vie
est devenue tellement difficile avec cet embargo vraiment immoral et inhumain, avec cette menace qui plane constamment sur la tête de ces pauvres
citoyens".
L’embargo tue quotidiennement des centaines de personnes
La conséquence de cet embargo, lance le chef de l’Eglise chaldéenne,
"c’est la pauvreté, la misère, nous avons des enfants par centaines qui
meurent tous les jours par manque de vivres, de médicaments et à cause de
la cherté consécutive à la guerre". Les aides que l’Irak reçoit des organisation humanitaires de l’Europe ne suffisent pas. "Un ministre m’a dit, relève Mgr Bidawid, que toutes les aides que nous avons reçues jusqu’à maintenant ne peuvent pas suffire pour dix de dix-huit provinces de l’Irak pendant six heures. Pensez à la gravité de la situation!."
Appel à la solidarité des chrétiens occidentaux
"La première demande que je fais aux chétiens occidentaux, lance le patriarche, c’est de faire pression pour la levée de l’embargo, car la conscience mondiale ne peut pas accepter qu’il soit maintenu alors que la guerre est terminée. Que veut l’Occident ? Tuer tout un peuple ? Parce qu’ici,
c’est la population tout entière qui souffre. Alors je demande à nos frères
de l’Occident de penser un peu à leurs frères ici qui vivent dans la misère, qui ont besoin de tout, spécialement des vivres et des médicaments;
qu’ils fassent de leur mieux pour rehausser le moral de notre peuple et de
notre communauté chrétienne, afin qu’ils aient confiance en l’avenir et
qu’ils puissent continuer à vivre dans ce pays. Car cette immigration n’est
dans l’intérêt ni du pays, ni de l’Eglise, ni même de l’Occident".
(apic/be)