Introduction
un être de chair, doué d’intelligence certes, mais guidé d’abord par ses
passions et ses goûts. Les ecclésiastiques de l’époque eux non plus n’ont
pas échappé à cette loi. Ils ne sont pas tous parvenus à l’équilibre qu’un
saint François de Sales, fort de son expérience et de sa prière, a proposé
à tous dans son "Introduction à la vie dévote" : attitude toute de sagesse
et de réalisme - l’"humanisme dévot" - qui invite à donner à la dévotion sa
vraie place au coeur des préoccupations du monde; tous n’ont pas su redécouvrir, comme saint Vincent de Paul, la dimension d’une charité vraiment
chrétienne. La concession est devenue compromission, l’engagement dans le
monde désir de puissance. Le "Siècle des saints" ne compte pas que des
saints !
L’Eglise du Renouveau catholique est héritière d’une longue histoire
faite d’ombres et de lumières : si elle est occupée à restaurer son éclat,
elle porte le poids de ses égarements. De plus, l’application des décrets
tridentins ne fait que commencer et il faudra attendre le milieu du siècle
pour en cueillir les premiers fruits. L’Eglise n’aura jamais ressenti plus
profondément qu’au début du XVIIe siècle la distance qui sépare la théorie
de la pratique, les projets de la réalité, les décrets de leur application
effective. Déchirée entre un lourd passé et un avenir radieux, elle vit un
présent nourri d’amertume et riche de promesses. Elle pleure ses morts,
mais l’élan du renouveau l’habite déjà : né du Concile de Trente, il sera
l’âme de cette Eglise qui se cherche et qui retrouvera dans les intuitions
du passé les bases d’un nouvel avenir.