Introduction
un être de chair, doué d’intelligence certes, mais guidé d’abord par ses
passions et ses goûts. Les ecclésiastiques de l’époque eux non plus n’ont
pas échappé à cette loi. Ils ne sont pas tous parvenus à l’équilibre qu’un
saint François de Sales, fort de son expérience et de sa prière, a proposé
à tous dans son "Introduction à la vie dévote" : attitude toute de sagesse
et de réalisme - l’"humanisme dévot" - qui invite à donner à la dévotion sa
vraie place au coeur des préoccupations du monde; tous n’ont pas su redécouvrir, comme saint Vincent de Paul, la dimension d’une charité vraiment
chrétienne. La concession est devenue compromission, l’engagement dans le
monde désir de puissance. Le "Siècle des saints" ne compte pas que des
saints !
L’Eglise du Renouveau catholique est héritière d’une longue histoire
faite d’ombres et de lumières : si elle est occupée à restaurer son éclat,
elle porte le poids de ses égarements. De plus, l’application des décrets
tridentins ne fait que commencer et il faudra attendre le milieu du siècle
pour en cueillir les premiers fruits. L’Eglise n’aura jamais ressenti plus
profondément qu’au début du XVIIe siècle la distance qui sépare la théorie
de la pratique, les projets de la réalité, les décrets de leur application
effective. Déchirée entre un lourd passé et un avenir radieux, elle vit un
présent nourri d’amertume et riche de promesses. Elle pleure ses morts,
mais l’élan du renouveau l’habite déjà : né du Concile de Trente, il sera
l’âme de cette Eglise qui se cherche et qui retrouvera dans les intuitions
du passé les bases d’un nouvel avenir.
Le regard du satirique
Les écrivains satiriques, hommes du quotidien, contemporains de cette
Eglise, n’ont pas manqué de remarquer la dichotomie entre ses projets et la
réalité qu’elle offrait à leurs yeux aiguisés. Qu’ils en aient ri de bon
coeur ou qu’ils en aient souffert - ils n’étaient pas tous libertins - ils
en ont saisi la portée littéraire et l’ont exprimée en des vers parfois féroces, toujours tranchés. Poésie de circonstance (de l’instant) et du sentiment, la satire leur a permis de dresser, à partir de personnages typés
(la fausse dévote, le moine, l’ecclésiastique pervers, l’évêque commendataire,...), de véritables tableaux de moeurs de la vie religieuse quotidienne au temps de la Réforme catholique. Elle a produit des textes qui,
malgré leurs longueurs et leurs irrégularités stylistiques, reflètent plus
ou moins fidèlement les habitudes du temps en matière de foi.
Le regard du satirique est sans complaisance. Il corrige celui de l’historien, trop souvent porter à ne relever que le positif d’un époque. Il dévoile l’envers du décor et en dépit des exagérations inhérentes au genre
littéraire, il aide à mieux comprendre la piété populaire à l’aube du XVIIe
siècle et à mieux situer ses manifestations dans la vie des cités et des
campagnes. Il ne craint pas non plus de souligner avec force les excès de
certains ecclésiastiques : pure moquerie ? Mise en garde ? L’analyse des
textes révèlera l’un ou l’autre selon le tempérament de l’auteur et sa vision du monde.